Once I was a teenager – Maxwell

Extrait d’une pièce écrite en classe de première, au Lycée

Maxwell – Et toi Jake, t’as la réponse aux questions qui m’empêchaient de dormir ? T’as un baume à la solitude, à l’abstinence sexuelle forcée par l’isolem social, à tous leurs putains de complexes psychanalytiques à la con? T’as une solution pour devenir un homme, un vrai ? (Pensif) Tu seras un homme, mon fils…

Comment réussir à ne pas rater sa vie, hein? À ne pas la gâcher ? Comment savoir si le bonheur n’est pas dans leurs publicités, dans une vie superficielle, loin de la recherche de soi et des angoisses existentielles en forme de points d’interrogation insolubles ? Comment réussir à faire de leur consommation le but de notre vie, est ce vraiment le modèle que l’on devrait suivre ? Qui sait…?

(A Jake) Dans quelle mesure pouvons nous dire  qu’on l’a ratée, cette vie? (Un silence.) Rolex. Ferrari. Moulinex. Porsche. Samsung. Mont Blanc. Danone. Macintosh. Total. Carrefour. Coca-Cola. Ikea. Tiffany’s. Cheap Monday. Converse. Toutes ces conneries. Comment savoir où se trouve notre idéal de vie, celui qui nous accomplirait pleinement, hors et loin de cette vie de devises et d’argent gagné ?

T’es-t-il déjà arrivé de te sentir dépassé, submergé, écrasé par tes angoisses et tes questions ? Moi oui. Perpétuellement. Je n’ai jamais été et ne serai jamais sûr de rien mais une chose est certaine. J’ai toujours eu peur. Toujours. De tout. Immensément. Peut être est ce pour cela que j’ai tué, que j’ai assassiné, que je suis devenu un monstre. Je ne sais pas. Je n’en sais rien. Peut être est-ce par peur que j’ai tué avant de me tuer. (Encore un instant) Je ne sais pas quel écrivain a publié ces lignes, mais elles me sont restées en tête depuis le moment où je les ai lues:  » Il existe une chose plus abjecte que le meurtre, c’est de pousser au crime celui qui n’était pas fait pour lui. » C’est Camus, je crois. Je…

Maxwell tourne de l’oeil, s’effondre sur sa chaise, inconscient. Ian attrape les poignées et l’emmène vers les coulisses. Jake les arrête.

Jake – Eh! Mais qu’est ce que vous faites ?!

Ian – Les sédatifs ont fait effet.

[NOIR]

Mood – 10/03/2022

Visite de l’incroyable Maison sculptée, 06/03/2022

Bien que l’on ne puisse plus dire que nous vivons encore vrais hivers, la saison sombre s’en va pour laisser place à la lumière. Et dans ce monde qui avance extrêmement vite, je ressens profondément le besoin de ralentir. De faire les choses à mon rythme. Peut être est ce parce que j’ai une famille maintenant ? Je ne sais pas. Mais moi qui ai exercé pendant des années des métiers tournés vers les autres, pour la première fois de ma vie je ressens sans culpabilité aucune l’envie de me consacrer à moi. Mes racines. Mes besoins. Ma famille. Mes amis. Mon entourage. Mon parcours. Mon fils.

Faire l’éloge de la lenteur, c’est étonnamment difficile dans ce monde où tout court à perdre haleine. Et d’ailleurs, je m’apprête à faire de grands changements de vie tout en tenant le choc pour sortir la tête de l’eau financièrement, et ce serait mentir que de dire que je voudrais que tout me tombe cru dans le bec. En un claquement de doigts, tout serait fait. Ma reconversion professionnelle, un petit pécule de côté pour pouvoir voyager à l’envi comme avant, l’harmonie gagnée dans ma famille et mon couple. Je suis fatiguée, après cette année 2021 qui ressembla fort à un grand ouragan au milieu duquel j’ai tenu le choc tant bien que mal. Mais bon.

Le temps des récoltes est proche, je le sens. Et sans écouter l’injonction de la société qui voudrait que tout un chacun soit accompli le plus jeune possible, ma success story à moi est encore à construire. Il faut encore avancer, pas à pas, poser des fondations, et les pierres de ce que l’on va construire ensemble. Ça a été dur, il est vrai. Mais il faut tenir encore. Les grands accomplissements ne se sont pas faits en si peu de temps, et nos rêves valent bien la peine de se battre encore. Le temps des récoltes est proche. Je le sens. De petits miracles nous parviennent déjà, à la faveur de cette lumière timide qui perce à travers les nuages.

Dans ces moments là, je me rappelle toujours de cet épisode de ma série préférée, Scrubs. J’ai toujours adoré cette balance savamment dosée entre un humour enfantin, absurde, et de belles réflexions sur la vie dont la profondeur m’a marquée jusqu’à aujourd’hui. À un moment donné, le Dr Kelso dit ces mots qui me sont restés : « Rien de ce qui vaut la peine en ce monde ne s’obtient sans mérite. » Et il avait raison, le bougre.

La paix intérieure, les rêves, l’harmonie ça se construit. Ça se travaille. Ça se mûrit, ça se patiente. Mon cœur de guerrière a encore à faire quelques pas. Et je ne m’arrêterai pas en si bon chemin.

En attendant, je suis reconnaissante du chemin parcouru. Je suis reconnaissante de ce que la vie m’a offert, de ce que j’ai vu et expérimenté, de ceux que j’ai rencontré et que l’Univers a mis sur ma route. Si je regarde derrière moi, je ne regrette rien. Merci infiniment à la Lumière ! J’ai hâte de voir la suite 🧡

Once I was a teenager – Urit 3/4

***

A quoi bon enfin spéculer sur la valeur d’une existence sans fard faite de tristesse et d’amertume ? A quoi bon disserter sur le prix d’une vie qui à leurs yeux n’aura jamais été que merchandising à exploiter à des fins d’enrichissement ? Je veux dire… tu ne ressens jamais toi, cette sensation étrange, ce sentiment vague qui te noue les entrailles sans rien dire, cette émotion faite à la fois d’angoisse et de regrets ? Comme le cri d’horreur d’un adolescent qui se rend compte pour la première fois à quel point son existence, l’existence humaine est si pleine d’ennui ? Vide ? Fade ?

Tout est question ici bas de fuite en avant, de découverte, de passion, d’expérimentation. Tout est question d’avancer, toujours. Jusqu’à ce que la fatigue nous rattrape. Quelle douleur que de se rendre compte à quel point sa vie est ordinaire, froide, moite…

Je suis vide. Mon cerveau, mes pensées sont comparables à une grande pièce blanche, aux murs resplendissants de propreté. Chaque jour, lorsque je me lève, je sens cette grosse pieuvre aux bras enserrant mon cœur, chaque heure, chaque minute un peu plus fort, et aspirer mes pensées et mes idées dans un grand trou immaculé puant la Javel. Je suis vide. Je suis vide.

Je me sens comme la pluie.

Fugitive, de passage, seule au milieu de la foule. Cette pluie qui tombe aujourd’hui, ce gris, c’est moi. C’est mon spleen, mon mal-être, ces regrets et ces nœuds d’angoisse qui me serrent le ventre.

Once again under citylights…

Je me sens étrangère. Étrangère à tous ces gens. Comme si je n’étais pas du même monde, comme si mes pensées n’étaient pas descriptibles comme les leurs. Je suis différente. Névrosée, cyclothymique. Est-ce que la folie a du charme ?

Fille de rien.

Fleur des Pavés.

Qui ne sait qu’écrire des poèmes et baiser des cœurs brisés.

***

On est passé le voir tout à l’heure. On a détaché ses menottes, on lui a permis de se changer, et de manger. On lui a expliqué ses droits, et on l’a enfermé de nouveau dans sa cellule, en le traitant de meurtrier, et en affirmant qu’on espérait que le juge le punirait de la façon qu’il mérite. L’homme n’est plus couvert de sang, et il est maintenant seul dans sa cellule, seul avec sa tête qui fait battre son sang de façon douloureuse, seul avec les souvenirs de cette nuit dont il voudrait se rappeler. Seul avec le fracas de son cerveau qui se retourne en pensées hétéroclites et hybrides, discordant d’avec son cœur qui chante de la mélodie de celui qui n’a plus besoin d’espérer quoi que ce soit de la vie. D’où aurait pu venir une telle paix ? Comment expliquer que ses entrailles, d’ordinaires si douloureuses, semblent aujourd’hui dormir du sommeil du juste ? Pourquoi une telle paix ?

Ces dernières heures lui reviennent par bribes. Il revoit encore le regard de cette femme, et de ces cheveux roux qui lui tombaient sur les épaules en cascades enflammées. Son regard lui revient, et de l’appel teinté d’amertume qu’elle lui avait lancé. Il se souvient être allé vers elle, et avoir dansé avec elle la danse des cœurs Vides, avoir bu, l’avoir faite boire, et avoir laissé ses mains la rapprocher de lui. Elle n’avait pas résisté. Pas une seule seconde. Et ça avait attisé en lui la frénésie qui naissait chaque soir, à l’entame de cette ritournelle dont il avait tant besoin.

***

  • Monsieur B., vous êtes accusé de quarante et un viols et meurtres, doublés d’actes de barbarie de diverses sortes, et de détention et d’usage de stupéfiants à des fins récréatives. Avant que l’étude de votre cas ne commence, je vous demande, Monsieur, que plaidez-vous ?
  • Coupable, votre Honneur. Sauf pour les viols. Elles étaient toutes consentantes. Je crois.
  • Vous risquez la dose létale ou la chaise électrique, vous le savez ?
  • Oui, votre Honneur.

                                                           ***

Deux corps s’élancent, courent, dévalent les monts et vallées des aspérités d’un matelas usé. Les peaux s’effritent, les chairs se dévorent, les fluides corporels se mêlent au sang, tel un nectar orgasmique. L’air est vicié par l’odeur rance des sueurs mêlées, le silence déchiqueté par la bestiale mélodie des cris de jouissance. Il joue avec elle comme avec une poupée de chiffon, et elle lui rend ses coups avec la même furie. Il sent monter le plaisir en même temps que grandit le sentiment en lui qu’elle n’est rien, juste une masse de chair et de sang, face à la force primitive, machiste qui l’anime. Et il l’empale, de plus en plus fort, et son regard maintient le sien, avec obstination. Il cherche en elle la terreur de la proie, et trouve en elle un terrible mélange de sombre angoisse, lovecraftienne, teintée d’envie. Et les cris vont, crescendo, emplissant la pièce comme autant de convives à un rituel noir. Les morsures ardentes succèdent aux baisers empoisonnés. La toile se tisse, le piège se referme. Il le sent dans son regard, elle le sait. Le point culminant du larsen sexuel approche, et le sommier devient braise, tout comme ses yeux, et il sent monter en lui l’envie de lui faire s’échapper sa vie par la gorge, d’écarteler sa peau blanche pour la voir, entière. Elle l’étreint, et c’est comme s’ils se faisaient une promesse sans échanger de mots. Il la serre entre ses bras, aussi, et saisit un couteau. Sa gorge nue offerte à lui, il plonge la lame en elle, et elle ferme les yeux, et il ferme les yeux, et ensemble ils ont un orgasme, pendant que s’échappe d’elle son sang, qui colore leurs corps d’un nectar passionnel. Et elle meurt, encore agitée des soubresauts de sa blessure, et il a l’impression qu’elle s’endort, contre son corps. Elle est belle, et ce sang colorant sa peau livide lui semble être la plus belle chose qui lui avait jamais été donné de voir.

Tout son corps se consumant encore, il repense à leur promesse. Et lui revient son désir de la connaître entière, dans toute sa beauté humaine. Il plonge de nouveau le couteau, et ouvre la blessure à la gorge pour la faire courir de haut en bas, au milieu de sa poitrine, traversant son ventre, jusqu’à son sexe. Elle est belle. Tellement belle.

Et il se blottit contre elle, et il se nourrit d’elle. Jusqu’à ne plus avoir faim de quoi que ce soit. Et il s’endort, contre le corps de cette femme qui avait accepté de se donner à lui, entière, avec la plus grande confiance du monde.

                                                           ***

« Aujourd’hui, 21 octobre 19**, s’ouvre le procès de Kirk Broadwalk, et s’arrête pour les familles des victimes plus de deux ans d’attente et de douleur. Ayant été pris sur le fait dans une chambre d’hôtel sur les lieux de son dernier crime, où devait s’effectuer une manœuvre policière destinée en premier lieu à plusieurs baronnets d’un réseau de deal de stupéfiants sévissant dans les quartiers de notre ville, l’accusé a été surpris avec le corps d’une jeune fille a qui il avait infligé de multiples sévices. Il a tout de suite été arrêté et mis en garde à vue, et puis en détention préventive en attente de son procès. La jeune femme d’approximativement 25 ans n’a pas encore été identifiée.

S’ouvre donc aujourd’hui un procès qui promet d’être long et de réserver au juge de nombreux rebondissements, le nombre des victimes de celui qu’on a surnommé le Jack L’éventreur des temps modernes n’ayant pu être certifié. On lui a reconnu à ce jour plus d’une vingtaine d’homicides, toujours de jeunes femmes entre 20 et trente ans. Au nombre de ses chefs d’accusation se tiennent aussi diverses agressions, de la détention et usage de stupéfiants, ainsi que les recours réguliers au réseau de prostitution qui gangrène nos quartiers les plus modestes.

Il ne s’est pour l’instant exprimé, et a paru sans émotion à l’annonce de la peine demandée à son encontre. Le procès promet donc d’être riche en rebondissements, toute la lumière n’étant pas encore été faite sur cette affaire. » Le M****, 21 octobre 19**.

***

Once I was a teenager – Urit 2/4

L’homme se réveille, à moitié nu contre un sol de béton, froid comme la mort. Il est menotté, et le goût du sang coule de sa bouche comme le filet d’une rivière qui naît. Son œil droit s’ouvre à peine, et il comprend qu’une matraque avait achevé de le fermer. Sa tête est tellement douloureuse qu’il doit envisager chaque mouvement avec mille précautions. Il n’y a personne dans la cellule, et il comprend qu’il y a été jeté sans plus de ménagement, avec un probable coup de pied au cul. Ses souvenirs de la nuit dernière son flous, et l’alcool qu’a dû imbiber la kétamine et la cocaïne qui accompagnent habituellement ses soirées dans le quartier des putes aident son mal de crâne à effacer tout souvenir de sa mémoire. Qu’est-ce qui s’est passé ? La nuit a-t-elle été à la hauteur de ses attentes ? Kirk entreprend de fouiller sa mémoire. Mais sa tête est tellement douloureuse. A l’autre bout de la pièce, il y a une couchette. Lentement, sans trop savoir comment, il se relève. Ses vêtements sont abondamment tâchés de sang. Est-ce que ce serait le sien ?

Il rampe plus ou moins vers le matelas aussi fin qu’une feuille de papier de riz, et s’y allonge tant bien que mal. Que s’est-il passé. Il ferme de nouveau les yeux, et fouille ses souvenirs. Des sirènes, des voix en pagaille. Des lumières chamarrées qui colorent la nuit de leurs couleurs bleues et rouges. Des voix de femmes, qui hurlent. Des hommes qui se battent, des bruits de bouteilles cassées. Une voiture, encore des sirènes. Et. Des hanches. Des hanches qui dansent. Du sang. Le souffle court d’une femme qui ne hurle pas.

La nuit lui revient par pans, par morceaux démembrés, et il s’endort, à la recherche de ses souvenirs.

***

Marion. Mon nom est Marion. Je suis un être de chair et de sang, au cœur qui bat et aux idées qui fusent telles des gouttes de nitroglycérine.

Je suis un sexe, des hormones, une odeur, un toucher s’évaporant. Je suis des courbes qui se tordent et un souffle fiévreux se muant en un soupir étouffé.

As-tu déjà vu les yeux d’une femme abandonnée au plaisir ? As-tu déjà entendu cette symphonie s’échapper des lèvres de la créature qu’on désire, ce son bestial et voluptueux qu’on nomme gémissement ? As-tu déjà mordu un cou frémissant à ton toucher ? As-tu déjà léché une poitrine généreuse trempée de sueur ?

Toute ma vie je n’ai fait que danser. Toute ma vie je n’ai été qu’un corps, une entité se mouvant au rythme d’une musique; toute ma vie je n’ai été qu’une invitation à la chair. La perversion. L’oubli entouré d’un drap.

Je ne suis qu’un objet sexuel né pour satisfaire l’Envie. Je me sais empoisonnée. Je me sais née pour vous posséder et ensuite vous abandonner, l’esprit troublé et encore plein des impromptus de votre nuit, la plus belle de votre vie. J’aurai empli votre cœur et permis en vous la naissance du manque. Je passe et je disparais, on ne me possède qu’une fois. Seulement une courte et intense étreinte. Je ne suis qu’un objet sexuel né pour satisfaire l’Envie. Celle de l’Acte.

Jouissance. Désir. Cris. Soupirs. Sodomie. Baiser.

Comme un menu habituel. Comme une commande quelconque à un bar anonyme. Toujours un triste sentiment de déjà-vu au regard du visage déjà révulsé par les prémisses de l’orgasme. Je ne sais ce que je recherche chez tous ces hommes. Je ne sais ce qui me pousse à me décevoir dans les bras d’un rond-de-cuir chaque nuit, qui après m’avoir déclaré un amour inconditionnel, la semence adultère en mon sein, m’insulte le lendemain en me jetant un billet. Je ne sais ce que je recherche, pourquoi je laisse le commun des mortels graver sur mon front les lettres du métier le plus déshonorant au monde. Pute, catin, cocotte, prostituée, salope. Fille de rien. Ce que je suis.

Une fille de rien qui rêve de l’Etreinte. Qui rêve d’une seule nuit, faite de drogues, d’amour, de regards en forme de morsure de serpent et d’alcool. La fille de rien rêve de brûler en une seule nuit dans les bras d’un nouveau Candyman pour pouvoir ensuite mourir, et quitter cette perdition qu’on appelle existence.

Quitte à aimer, autant se consumer.

***

Ca y est, la nuit est finie. Peu à peu, les rues s’animent de nouveau, se remplissent de voitures sous amphétamines et de Citoyens qui se Lèvent Tôt, respectable engeance de notre monde.

Les lampadaires, témoins de la nuit passée, semblent s’éteindre soudain, comme une bougie qu’on soufflerait. Les Citoyens qui se Lèvent Tôt se dirigent d’un pas stalinien à leur travail, avec l’assurance sans faille de ceux qui ont trouvé leur place sur cette terre.

Grand bruit, les portes du métro s’ouvrent. Le couperet d’entrée-sortie du moyen de transport facile et citadin par excellence s’ouvre, et vomit la France qui se lève tôt. Et c’est vrai, il est tôt, et le jour qui n’est pas encore levé s’apprête à vivre une autre tranche de vingt-quatre heures, comptant parmi ces phases effrénées de la vie qui vous avale ou vous recrache comme une diarrhée carabinée. Les ménagères de moins de cinquante ans, le top bon marché déjà recouvert du vomi juvénile, courent pour emmener la progéniture vers un haut lieu d’Apprentissage quelconque ; des grappes de VRP cloués à quatre épingles sur du papier glacé, suant à grosses gouttes, se dirigent d’un pas modérément pressé vers un lieu où ils gagneront des sommes considérables d’argent. Ils marchent sur les corps comateux des sdf, cadavériques témoins des débauches nocturnes, dormant du sommeil abyssal de ceux qui ont passé les dernières heures à se griller les neurones à coups de substances illicites.

Ca y est, la France qui se lève tôt est réveillée, et elle explose d’énergie. Et ils sortent tous par grappes de la bouche de métro, gueule de loup moderne et électrique, témoin carnassier de toutes ces âmes vouées à l’économie de marché.

***

Once I was a teenager – Diablogues

Réécriture d’une nouvelle inspirée de « Pauvre petit garçon », de Dino Buzzati

Les lumières de la Ville répandaient leur aura jaunâtre et souffreteuse sur le macadam. L’heure était tardive. La nuit était tombée, et avec elle s’était éteint le tumulte anxieux de la Métropole. La rue s’était nimbée d’un vacarme inaudible de klaxons, de moteurs en marche et d’éclats de voix lointains. L’ensemble évoquerait presque les appels de divinités étranges, inhumaines. Seules subsistaient les ombres des maisons individuelles, épiant les pas des noctambules telles des entités surnaturelles. Le silence des trottoirs pesait comme une chape de plomb, rimant avec la solitude des réverbères fatigués.

Une avenue anonyme. Des pavés écrasants, des maisons en file indienne. Deux silhouettes.

Un homme, grand et efflanqué, vêtu d’un costume de tweed couleur cendre, marchait avec de grandes foulées lunaires. Les deux grandes ailes d’une blancheur de lait qui lui transperçaient le dos tressautaient à chaque pas. Un petit garçon rachitique et malingre le suivait à grand-peine, pendu à sa main droite.

« Où on va ? » La voix criarde du petit garçon avait déchiré le silence contemplatif. Sa distonie glaça le sang de l’Ange, sans qu’il puisse en saisir la raison. Il lança un regard à Rudolf, qui le fixait avec toute l’insolence opiniâtre de ses prunelles sombres. C’était un enfant. Pourtant, le feu de ses yeux lui fit un peu peur, inexplicablement.

« Samaël ? On est bientôt arrivés ?

  • Nous ne sommes plus très loin. »

Ils marchèrent jusqu’au bout de l’avenue, en silence. L’Ange et l’enfant empruntèrent une rue à gauche, une ruelle à droite, puis une autre artère.

Furtivement, la foule envahissait les rues comme une infection. Des prostituées, lascivement collées aux murs de briques, faisaient couler leurs voix mielleuses de leurs haleines putrides, tandis que des ouvriers buvant leur paye du jour plongeaient la tête entre leurs seins trempés de sueur. Les pantalons tombés sur leurs chevilles trempaient dans le caniveau souillé d’alcool, d’ordures et de pisse. Des ronds-de-cuir ivres morts se laissaient aller au coma, laissant des rats se nicher dans leurs costumes rongés par les mites. Des enfants à l’aspect malingre se lançaient des pierres, poursuivis par leurs mères, l’oeil rouge et la voix écorchée, qui tentaient sans succès et à force cris de les ramener à la maison.

La rue pavée aux murs de briques d’un autre âge semblait envahie par les manifestations blasphématoires d’une assemblée de Bacchantes, qui serait occupée à exécuter une Danse Macabre. Le foule était compacte, bruyante, vicieuse, grouillant comme une armée de cafards belliqueux et offensifs. Sa mélopée disharmonieuse semblait suinter des interstices et fissures des murs, s’écoulant entre les immeubles qui manquaient de s’écrouler et la chaussée au pavage édenté. La putréfaction ambiante fleurait bon le vice et les maladies vénériennes. L’ange et son protégé s’y engouffrèrent, comme dans de la vase. Ils se frayèrent un passage entre une pute en plein artisanat et deux biturins qui martelaient du bout de leurs semelles la figure maculée de sang d’un clochard. Le mouvement de la foule ne changea pas. Des regards glissèrent sur eux, sans réaction. Étaient-ils visibles aux yeux du monde ?

Quelques pas plus loin, surgit une porte vermoulue, encadrée par deux jeunes filles dont les guêpières durent être pourpres, il y a longtemps. Samaël donna un coup de pied dans les planches pourries, qui craquèrent et s’ouvrirent.

Un couple de noctambules qui se besognaient l’un-l’autre était affalé dans le hall d’entrée. Samaël et Rudolf enjambèrent les amants ainsi que les monceaux de détritus qui jonchaient le palier de porte, et entamèrent l’ascension des marches.

Premier étage. Les vagissements d’un bambin en furie percèrent les cloisons qui s’effritaient déjà.

Second étage. Une femme hurlait de douleur à intervalles réguliers, comme sous des coups répétés. Les beuglements d’une adolescente qui tentait sans succès de chanter un blues semblaient narguer la victime.

Troisième étage. Une femme simulait un plaisir intense à grands renforts d’onomatopées absurdes et de monosyllabes dédoublées. La deuxième porte était silencieuse. Ils entrèrent dans un tout petit appartement, meublé simplement d’un lit, d’une table et de quelques chaises, cloisonnés par des piles de papiers divers. Le tout était éclairé par les braises d’un feu vieux de quelques heures, qui luisaient doucement dans la cheminée.

Samaël lança de nouveau son pied pour refermer la porte, ce qui eut pour effet d’accroître les cris de jouissance de la voisine en pâmoison.

Le duo s’assit face à face, à la table. Rudolf foudroyait du regard son compagnon, et ce fut après un long silence que le Gardien décida de briser la muette obstination de son protégé : « Si tu m’as appelé, ce doit être pour une raison. » Le petit garçon avait dans les yeux cette insolence maligne qui pousse les enfants à appuyer sur les sonnettes de leurs voisins et tirer la queue des chats, par goût de la confrontation pure et simple.

« Parle quand tu le souhaiteras, j’ai l’éternité devant moi. » Samaël replia ses ailes et s’allongea sur le lit, qui gémit sous son poids. Il s’alluma une cigarette. L’Ange n’était que nonchalance et cela énerva Rudolf.

« A quoi tu me sers ?!

  • A quoi je te sers ? Mais à t’aider, te soutenir, te guider vers la bonne Voie, la Paix intérieure… enfin tu sais.
  • Alors dis moi ce que je fais ici.
  • C’est toi qui as souhaité me voir.
  • Pas dans cet appartement ! Pourquoi je vis ?! »

Samaël se releva, et s’assit face à l’enfant. Il avait un sourire amusé.

« Que veux-tu savoir, gamin ?

  • Je te l’ai dit ! Que fais-je ici ! À quoi je sers, pourquoi je vis !
  • À dix ans, on ne se pose pas ce genre de questions… Tu as le temps.
  • Réponds moi ! Tu es mon Ange Gardien, tu dois le savoir !
  • Comment veux-tu que je réponde à cela, Rudolf ? Tu es le seul écrivain de ton histoire, le seul qui pourras décider de ce qu’il adviendra de toi, et de ce qui donnera un sens à ta vie. Je ne suis pas un bon génie, je n’exauce pas les vœux !
  • Mais Samaël, je sens que je suis voué à faire de grandes choses, tu sais ! Ce corps-là n’est pas le reflet de ce que je suis au fond de moi… Plus tard, je serai aimé et acclamé par des foules entières ! Je serai l’idole d’une nation, je le sais ! Ils verront. »

L’Ange jeta un regard au petit garçon, les yeux brillants, qui lui racontait ses rêves de gloire. Un malaise le reprit.

« Qui verra ? » Rudolf s’arrêta, coupé dans son élan.

« Les autres.

  • Ils verront quoi ?
  • Que je ne suis pas un gringalet, une mauviette, une fiotte ! Ils verront que je suis bien supérieur à eux. Je leur montrerai qu’ils ont eu tort de me traiter ainsi. Je serai aimé, adulé, ils me jalouseront. Ils s’en mordront les doigts de jalousie.
  • La vengeance ne sert à rien, gamin.
  • Non, tu ne comprends rien ! Je veux montrer au monde que je suis fort ! Malin, intelligent, beau ; je veux leur montrer qu’ils ont eu tort de rire de moi parce que je suis bien supérieur à eux.
  • Rudolf, entretenir ce fiel dans ton cœur ne te servira à rien. La haine appelle la haine, et elle rend malheureux. En faisant ton chemin et malgré les difficultés tu rayonneras, et tu n’auras plus besoin de les voir diminués. À ce moment-là, tout le monde la verra, ta beauté. Parce que ta richesse intérieure ressurgira sur les autres. À vouloir te comporter comme les petites frappes qui te tourmentent, tu ne récolteras rien de bien.
  • Et qu’est-ce que ça peut bien faire, que je veuille faire comme eux ? – Samaël eut un soupir.
  • Si tu ne m’entends pas essaie au moins de m’écouter, Rudolf.
  • Non, c’est toi qui vas m’écouter ! Tu peux sûrement me dire comment accomplir mon destin, et ce le plus rapidement possible. – L’Ange leva les yeux au ciel avec agacement.
  • Non.
  • Tu me laisserais endurer ce qu’ils m’infligent ?
  • Encore une fois, je ne suis pas un génie qui exauce les vœux.
  • Mais tu ne sais pas ce que c’est ! Tu ne sais pas ce que c’est que de voir le dégoût dans les yeux des gens, tu ne sais pas ce que c’est que de subir des coups, des brimades, des insultes, et de sentir qui personne au monde ne ressent de compassion pour toi, pas même ta propre mère ! Tu ne peux pas comprendre ! Dis-moi, Samaël ! Dis-moi comment je peux les écraser ! – Le Gardien eut un nouveau sourire amusé.
  • Je suis ici pour te faire suivre des principes moraux, te faire accéder à la sagesse… Pas au pouvoir despotique.
  • C’est un Ange qui vit dans un quartier aux putes qui me parle de principes moraux ? – Rudolf avait piqué Samaël au vif.
  • Je n’ai pas de leçons à recevoir de toi! Les gens d’ici ne voient que ce qu’ils veulent voir, ou ce qu’ils sont venus chercher. C’est pour cela que je peux évoluer ici à l’abri des regards. Et si tu es le seul ici à pouvoir me voir et me parler, c’est parce que je le veux bien, et que tu es mon protégé ! Si tu continues à me manquer de respect ainsi, tu retourneras dehors, à prendre du recul tout seul sur tes envies de meurtre !
  • Tu ne sers à rien Samaël ! – L’Ange eut un geste de lassitude, qu’il réprima.
  • Comment peux-tu être autant aveuglé à ton âge ? Pendant mon incarnation sur terre, j’ai essuyé trois révolutions et six pandémies, et je n’ai que très rarement vu autant de colère en un seul être, encore moins chez un enfant… La nature humaine m’étonnera toujours.
  • Mais que diable puis-je faire pour que tu réagisses… » Rudolf s’interrompit.

Un grondement se faisait entendre depuis le plancher.

Les meubles se mirent à trembler, les murs à se lézarder, les piles de papiers s’écroulèrent les unes sur les autres.

Samaël et Rudolf se regardèrent, sans parler. Ils ne bougeaient pas. Toute rancune avait disparu.

Le duo semblait être le seul à pouvoir assister à ce qui se passait, car on pouvait encore entendre les hurlements de satisfaction de la voisine au bord de l’accident vasculaire cérébral, ainsi que les cris d’un autre couple qui se disputait au-dessus d’eux.

Soudain, les braises de la cheminée s’ébranlèrent. Un tas se forma dans l’âtre, qui devint une montagne, et prit la forme d’un corps pourvu de deux yeux rouges flamboyants. Une fumée emplit la pièce, qui empestait atrocement le soufre. Enfin, une voix grave, profonde, puissante, sépulcrale et millénaire se mit à parler.

« En vérité je vous le dis, j’espère n’avoir pas été dérangé pour rien. » Aucun des deux ne répondit. Rudolf était terrorisé, et Samaël sur ses gardes. Il y eut un temps, hors du décompte des secondes, où personne ne dit mot. L’apparition prit finalement la parole.

« Viens à moi, Rudolf. » L’enfant n’osait pas refuser. Bizarrement fasciné, il s’approcha.

  • Sais-tu qui je suis ? Je suis la flamme, le brasier rougeoyant et tourmenteur, je suis la noirceur et le vice, je suis légion abominable, monstruosité formidable, je suis Lucifer, prince des enfers, chevalier de l’ordre de la Mouche. Que puis-je faire pour toi, Rudolf ? Pourquoi m’as-tu appelé ?
  • Il ne t’a pas appelé, horrible créature ! Retourne d’où tu viens ! Ne l’écoute pas, Rudolf. C’est ton âme qu’il veut.

L’enfant détourna le regard des braises, un profond dilemme dans le cœur. D’un regard qui contenait la dernière parcelle de toute l’innocence et la beauté de son être, il considéra l’Ange et le diable avec toute la crainte de l’enfant de dix ans qu’il était encore.

  • Que souhaites-tu, Rudolf ? Bonheur, grandeur, pouvoir, réussite, amour ? Je peux tout pour toi. Il me faut juste ton âme, et une autre offerte en tribut de ton allégeance à mon pouvoir.
  • Ne fais pas ça gamin, tu vaux mieux que ça ! Il se sert de toi… Si tu lui dis oui, tu ne pourras plus jamais revenir en arrière ! Tu auras beau te repentir, tu seras coincé du mauvais côté pour l’éternité !
  • Je ne demande pas grand-chose, en échange de tes plus chers désirs. Tout ce que tu as à faire, c’est signer de ton sang le contrat que je te donnerai. Et tout ce que tu as toujours souhaité au plus profond de toi sera réalisé.
  • Si tu lui dis oui, ton âme sera damnée, tu iras en enfer quand tu mourras ! Tu souffriras pour des siècles et des siècles… ! Je t’aiderai à devenir quelqu’un, ne lui dis pas oui. Je suis là pour ça. Je t’apporterai la Lumière, fais-moi confiance. Ne l’écoute pas !
  • Réfléchis bien, Rudolf. Je peux tout rendre réel. Absolument tout ce que tu veux.
  • Ce ne sera pas réel, gamin ! Il te propose une illusion qui gâchera ta vie et l’impact que tu pourras avoir sur le monde, ne l’écoute pas, dis-lui de repartir !
  • Réfléchis bien à tes plus chers désirs, Rudolf. Tout ce que tu veux.

Le petit garçon hurla de toute la force de ses poumons. L’ange et le démon se turent. Le regard de l’enfant, qui s’était fait profond, se porta sur Samaël.

  • Je t’aiderai à réaliser ce que tu as en toi. Je t’aiderai à devenir quelqu’un. Quelqu’un de bien. Je suis là pour ça. Je te le demande, gamin. Ne te vends pas. Ne lui dis pas oui.

L’enfant se tourna vers le démon.

  • Tu peux tout exaucer ? » Lucifer laissa échapper un petit rire caverneux.
  • Rien ne m’est impossible, si tu acceptes les termes du contrat que je te propose. » Une lueur ironique naquit dans le regard fait de braises. Il avait déjà gagné. Samaël resta interdit, horrifié par ce qui se préparait.
  • Tu peux me rendre beau, fort, puissant, aimé de tout le pays ?
  • Je peux te rendre beau et charismatique aux yeux des hommes. Je peux te donner le pouvoir d’étendre ta domination sur la terre. Les femmes seront à tes pieds, les hommes te jalouseront… des foules entières hurleront ton nom. » Une lueur de convoitise s’alluma dans les yeux du garçon, qui semblait déjà voir ce que le prince des enfers lui proposait.
  • Tout ce qu’il me faut, c’est ton âme. Et une autre offerte en sacrifice. Et la promesse que tu m’appartiendras quand tu mourras.
  • C’est d’accord. » A l’instant même où il prononça ces mots, son bras se stria d’une écorchure profondément marquée, qui lui arracha une grimace. L’abomination le regardait avec un semblant de sourire de satisfaction, tandis qu’un papier apparaissait dans sa main gauche.
  • Quelle âme m’offriras-tu ? – Avec le regard vide de sentiments d’un enfant qui condamne ses anciens jouets à la poubelle, Rudolf étendit un bras vers Samaël.
  • Celle-là. » Le démon partit d’un grand rire, et ponctua ironiquement la signature de ces mots :
  • Ainsi soit-il. » Et l’Ange hurla d’horreur, aussi fort qu’il put.

Lucifer allongea le bras gauche, et une giclée de flammes sortit de sa paume, volant vers Samaël, qui s’embrasa. L’Ange ne fut bientôt plus qu’une masse enflammée hurlant de douleur, s’agitant et tentant par tous les moyens d’effacer les flammes qui dévoraient ses membres. Rudolf resta figé, son sourire narquois s’effaçant de son visage. Il regretta pendant un instant son geste. Mais lorsqu’il se retourna vers le malin, il eut juste le temps d’apercevoir un rai de lumière aveuglante s’ouvrir depuis le corps du supplicié vers le ciel, sans pouvoir pousser plus loin la teneur de ses pensées repentantes. Le démon tendait le même bras vers lui… Son cœur manqua un battement, et avant qu’il n’ait pu réaliser ce qui lui arrivait, l’univers autour de lui se distordit.

Lumières. Couleurs. Temps. Espace. Tout n’était plus qu’une bouillie de sons et d’images désarticulés, se liant les uns aux autres en une espèce de vortex strident et incompréhensible. Le petit garçon tournoyait sur lui-même à une vitesse folle, la tête prête à éclater sous la pression, n’ayant plus prise sur quoi que ce soit.

Finalement, il se sentit projeté hors de l’oeil du cyclone. Il retomba sur la terre ferme, propulsé si fort qu’il manqua de tomber. Rudolf était sur un podium. Reprenant ses esprits, il vit qu’il était dans une grande ville inconnue, sur une place à l’architecture bourgeoise pourvue de maisons cossues et majestueuses. Face à lui, un microphone grésillait un peu. Une foule l’acclamait à force cris. Il se retourna pour regarder derrière lui, et vit qu’une dizaine de généraux le regardaient, rangés au garde-à-vous devant un grand drapeau noir, rouge et blanc.

Son corps avait grandi d’un coup. Ses mains aussi. Des poils étaient apparus. Ses pieds avaient doublé de volume, son corps était plus fort et moins rachitique.

Rudolf considéra la foule, et compris que tout cela était pour lui. Il eut une brève pensée pour son Ange Gardien, se dit qu’il ne saurait jamais où Samaël avait atterri.

Le petit garçon qui n’en était plus un prit une grande inspiration. Sa poitrine se gonfla démesurément, comme si elle restait trop petite pour le contenir.

Et il se laissa porter par les slogans que la foule scandait :

« Heil Hitler ! Heil Hitler ! Heil Hitler ! Heil Hitler ! »

Ma grossesse et mon accouchement 1/3

Depuis quelques années, les langues se délient sur notre condition. Que ce soit les violences faites aux femmes, sexuelles ou non, l’endométriose, le plaisir féminin, le clitoris, beaucoup de sujets ont trouvé une lumière qui leur était refusée auparavant. Et il est sain, tellement libérateur de pouvoir s’exprimer librement sur notre intimité, et permettre à tout un pan de la population de mieux comprendre de quoi sont faites nos vies. Car l’essence du vivre ensemble n’est-il pas une mutuelle et totale compréhension?

De grand pas sont faits chaque jour, même en ces temps troublés, vers une plus grande égalité. Et il est un sujet dont j’aimerais parler, puisque je viens de le vivre intimement. Être enceinte, et accoucher. Car sur cet événement majeur de la vie d’une femme (pas indispensable au fait d’être une femme accomplie, j’entends, mais majeur dans l’importance qu’il prend dans la vie d’une femme lorsqu’elle fait ce choix), il plane aussi beaucoup de tabous dont on commence à percer la bulle idéalisée. Et je voudrais participer à briser cette image d’Epinal.

Pour commencer, ce n’est pas un bonheur de chaque instant, d’être enceinte. En tous cas, je ne l’ai pas vécu comme tel. Que ce soit le regard que l’entourage de la personne concernée pose sur elle, ou encore dans les (très) nombreux changements que cet état inflige au corps, le fait d’être enceinte n’est pas le bonheur absolu que l’on m’avait décrit lorsque j’étais petite. Vous savez, je pense à ces femmes qui parlent de leur accouchement comme étant un peu douloureux hein, mais bon on oublie tout lorsqu’on nous met le bébé sur le ventre. Ou encore qui affirment s’être senties rayonnantes, et plus belles qu’à l’accoutumée. Ces phrases, que tout le monde a entendu au moins une fois, sont pour moi symptomatiques du tabou qui subsiste concernant l’accouchement et la grossesse. Puisque faire un enfant est une joie immense, indescriptible, transcendante d’amour, il est mal vu de jeter une quelconque ombre au tableau. Et c’est bien dommage, car on se sent souvent perdue lorsqu’on vit tout cela pour la première fois.

Physiquement parlant, ça fait quoi d’être enceinte? C’est dur à décrire, mais il y a quelques petites choses dont on peut parler. La sensation que j’ai préféré, c’est celle de sentir mon enfant dans mon ventre. Les coups qu’il donne, le fait de le sentir bouger, réagir à ma voix, à mes gestes, à ceux de son père… C’est la plus belle sensation, le plus beau sentiment que j’ai vécu pendant ces neuf mois. Et de très loin.
En revanche, physiquement parlant, il m’a été difficile de vivre un certain nombre de choses. La prise de poids, même si elle est normale, m’a faite angoisser. Vais-je réussir à tout perdre? Est-ce que je prends normalement du poids? Est ce que je peux me permettre de manger plus que d’habitude? On ne se sent pas légitime à en parler d’ailleurs, de ces questionnements. Car être enceinte va avec un certain nombre de jugements, mais je vais y revenir.
Je me suis sentie particulièrement fragile en étant enceinte, et c’est une sensation que je n’ai pas du tout appréciée. C’est lié à ma psyché, mais je ne supporte pas d’être vulnérable. Et cet état met le corps à rude épreuve. Plus le terme approche, et plus le corps est douloureux, les jambes lourdes, il devient difficile de se baisser, d’accomplir un certain nombre de gestes du quotidien… Même manger et respirer, vers la fin, devient compliqué dans certaines positions, les poumons et l’estomac ayant moins de place pour se déployer entre le ventre distendu, et les seins alourdis. Tout cela m’a fait attendre impatiemment la fin de ma grossesse, car on a peu à peu cet étrange désir de « retrouver son corps » comme s’il ne nous appartenait plus vraiment, mais au bébé à naître. Mon corps me pesait, m’encombrait. Je me suis sentie empâtée, de plus en plus mal dans ma peau. Pataude. Et cette sensation accentuait la hâte que je ressentais d’arriver à mon accouchement.

Une chose que je peux dire pourtant, c’est que ma grossesse s’est plutôt bien passée, car je n’ai pas eu beaucoup de problèmes de santé. Pas d’oedème, de cystite, pas de diabète gestationnel, pas de toxoplasmose, pas de varices… Le plus gros problème auquel j’ai dû faire face, ce sont des crises hormonales. On rit souvent des femmes enceintes en disant qu’elles sont émotives, et c’est peu dire dans mon cas. Une chose à laquelle je ne m’attendais pas, c’est au fait que les hormones de grossesse rendent idiote. Plus le terme approchait, plus je planais, et parfois tellement que je ne comprenais pas tout de suite ce que l’on me disait lorsqu’on me demandait quelque chose. Réfléchir devenait parfois compliqué, j’avais des difficultés à me concentrer longtemps sur quelque chose, et je suis effectivement devenue extrêmement émotive le dernier mois. Et dire émotive serait un euphémisme. J’ai fait mes premières crises d’angoisse en étant enceinte. Je manquais d’énergie, de plus en plus, j’avais perpétuellement envie de dormir, et la moindre contrariété me faisait pleurer. Et lorsque je m’angoissais, je perdais le contrôle de mes émotions et je finissais par hyperventiler, pleurer, et enchaîner les quintes de toux jusqu’à en vomir. Ces crises, je mettais plusieurs heures à m’en remettre. C’était à la fois épuisant physiquement et émotionnellement. <br>Pour finir, une chose difficile à gérer avec la grossesse, c’est le regard de l’entourage. Sans le vouloir forcément, on devient l’objet de beaucoup de jugement, et c’en devient lourd. Il y a d’abord ces femmes qui se sentent légitimes à nous raconter comment elles, elles ont vécu la chose. Sans que forcément on ait envie de connaître leur expérience. Il y a ceux qui s’inquiètent perpétuellement de notre fatigue, comme si nous étions des petites choses fragiles, ou tout simplement incapables de formuler nos besoins. Enfin, il y a tous ceux qui ont des idées arrêtées sur la grossesse, et qui remettent en question notre manière de la vivre. Cigarette, repos, alimentation, habitudes de vie… Tout cela part de bonnes intentions, mais toutes ces petites choses m’ont faite me sentir perdue, illégitime, fragile dans cette idée que je menais correctement ces neuf mois dans l’intérêt de mon petit bonhomme à naître.

Être enceinte, ce n’est ni facile, ni agréable. Ce n’est ni sécurisant, ni drôle, ni léger. C’est lourd de sens, et de responsabilités. Ca éveille beaucoup de choses, et force à en mettre beaucoup d’autres de côté. On pourrait croire que je regrette d’avoir conçu mon fils, après toute cette négativité. Pourtant, et pour reprendre la phrase toute faite que j’avais entendu sur les douleurs que l’on oublie après l’accouchement, j’ai compris ceci : non, on oublie pas toutes ces difficultés. Non, on oublie pas les douleurs après l’accouchement. En tous cas, je ne les ai pas oubliées. Mais tout cela en vaut la peine, tellement la joie et l’amour qui s’ensuivent sont immenses.

[A Suivre…]

Voyage en terres contées – publication associative, le rêve se réalise!

Il y a un an, nous partions sur les routes, un projet dans notre besace. Ce projet, c’était celui d’écrire un livre sur le voyage. Munis d’un pass Interrail, nous avons fait le tour de l’Europe dans le but de récolter des contes populaires, tout en écrivant un journal. L’idée était de retranscrire ces notes prises au jour le jour, tout en y incorporant ces morceaux d’extraordinaire. Nous avons donc traversé la France, l’Allemagne, la Pologne, la Lituanie, l’Ukraine, la Roumanie, la Hongrie, la Slovaquie, la République tchèque, et la Suisse pendant les deux mois de l’été 2019. Et une fois de retour, nous nous sommes mis au travail.

Un an et beaucoup, beaucoup, beaucoup d’heures d’écriture, de dessin, de réunions, de mises au point et en page, je suis fière de vous presenter le fruit de ce long et passionnant labeur, qui sera le premier livre d’une collection consacrée au voyage et aux mythes et légendes.
Notre ouvrage, « Voyage en terres contées, De la foret noire aux collines de Bucovina » est désormais disponible à la vente sur le lien ci dessous.
Notre rêve est enfin sur le point de se réaliser : dans un mois, on pourra enfin lire le récit de nos aventures dans un livre qui est déjà disponible en prévente pour la modique somme de 15€, imprimé sur du joli papier recyclé!
La majorité des ventes se fera sur internet, alors si vous le souhaitez, c’est le moment !

A tous ceux qui se procureront notre livre, un grand merci du fond du coeur ❤️ nous espérons que cette lecture vous plaira!


Emma, Stélan, Antonin et Aya, alias Fabre Minuit https://tirage-de-tetes.fr/produit/voyage-en-terres-contees-de-la-foret-noire-aux-collines-de-bucovina-stelan-darras-aya-gerard-et-antonin-briand-ill/

Cimetière de Sapanta, Roumanie

Monster – micronouvelle

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Il y a du sang, par terre. C’est beau, sur le carrelage blanc.

J’y ai repensé, tout à l’heure, en allant voir ma Grand-mère. Quand j’étais p’tit, il y avait un bonbon que j’adorais manger, c’était les Monster. C’était gros, blanc, sucré, ça mettait un temps fou à être fini et ça devenait rapidement sale de tous les déchets qui traînaient dans mon cartable, mais j’aimais bien ça. Principalement parce que ma mère m’interdisait d’en manger. Trop de sucre, qu’elle disait, trop de produits chimiques. M’en foutais, j’aimais ça. Et ma Grand-mère, en cachette, elle m’en payait.

Aujourd’hui, Mamie est malade. Et moi je suis grand. J’y ai repensé en allant chez elle parce que son teint avait presque la couleur de mon plaisir coupable enfantin. Sa peau était blanchâtre, ses veines apparentes avaient ces couleurs roses et bleutées si caractéristiques.

Alors j’ai eu envie d’y goûter, à sa tête. Je me suis imaginé la couper, la réduire et la garder dans ma poche pour la lécher de temps en temps. Peut-être aurait-elle ce goût cancérigène que j’aime tant ?

Du coup, j’ai essayé. J’ai pris un grand et long couteau à viande qu’elle garde dans sa cuisine. Je lui ai planté profondément dans le cou, près de la carotide. Le sang a giclé tout de suite comme un geyser furieux, et elle n’a émis qu’un vague hoquet gargouillant avant de laisser ses yeux devenir vitreux. J’ai agrippé ses cheveux pour me donner une prise, faisant rougeoyer au passage sa choucroute hollywoodienne décolorée. J’ai entrepris ensuite de la décapiter, en ramenant la lame vers sa gorge. J’ai dû y mettre beaucoup de force, mais les tendons ont lâché comme des cordes de guitare. Regrettant de n’avoir pas choisi un couteau avec des dents, j’ai tout de même réussi à faire faire un tour complet à ma lame dans le cou de Mamie vers sa colonne vertébrale, détachant presque sa tête de ses épaules. Précisons que ses yeux sans expression me faisaient me sentir coupable, je les ai donc crevés avec des piques à bigorneaux. J’espère que l’humeur vitreuse qui en découla n’est pas salissante.

C’est dur, un os. J’ai tenté par tous les moyens de le scier, de le découper, rien à faire. Sa colonne vertébrale me résistait. Je décidai donc de la casser. L’un de mes pieds se cala contre un barreau de sa chaise pour assurer encore ma prise, et je lançai l’autre contre son crâne, en espérant le faire sauter en l’air comme un bouchon de champagne. Mais ma semelle fracassa son encéphale, et c’est avec sa matière grise que je fis connaissance. Elle était rose, cette substance-là. Rose avec des reflets rouges, mais tout de même. Alors, j’en goûtai un peu.

Ma Mamie n’a pas goût de bonbon. Dommage, elle ne m’offrira plus de Monster.

En tous cas c’est beau, ce sang par terre, sur le carrelage blanc.

Once I was a teenager – Silly Poetry

Ainsi s’égrène la chanson de celles qui marchent sur la route 

Vie ballotée de néant à néant
Vie dispersée au gré des quatre vents
J’ai l’âme d’un vagabond qui s’en va en voyage
En quête de la magnificence de nouveaux paysages
La douleur sourde des muscles courbaturés est mon lot
La courbe de ma vie file telle l’eau d’un ruisseau

Longue l’onde des pensées qui abondent
Prairies vertes et doux sous-bois!
Je m’en vais vers la mer et vers l’écume blonde
M’enivrer du doux, du chaud parfum du chez-soi.

Ô amant de toujours! Ô amis de beuverie!
Ô véritable famille! Ô rues dépourvues de gris!
Comme votre présence m’enchante et me réjouit
Au sein de ce train dont les rails chantent l’infini…
Âme expatriée, n’oublie jamais d’où tu viens!

Epilogue-Monologue 

Où est ce qu’ils courent, tous ces gens,
La mine froide, et le coeur absent?
Accrochés à leurs horaires comme à la vie futile;
L’esprit tout plein de chiffres et d’argent;
Eh, passant! Qu’as-tu laissé là bas?
Sur le quai de la gare et sur ton bureau blanc?
Une envie, un rêve, un sourire d’enfant;
Ta vie?

Délaissée au profit d’un travail éreintant?
De quoi as tu peur, passant?
Quelles sont tes angoisses étouffées,
Pourquoi cours-tu ainsi?
Qu’est-ce que tu fuis,
La vie?

N’as-tu rien oublié?
Penses-y, essaie du moins;
Ramène un sourire sur ce visage éteint.
Quels étaient tes rêves, dis-moi?
Qu’as-tu donné au Dieu-Système,
Divinité Suprême?
Ne regrettes-tu rien?
Raconte-le moi,
Raconte-le moi, de Rien…

Citylights poetry 

La nuit radioactive scintille de mille lumières
Horoscope linéaire de nos vies consumées
Je sens ce « feu sous mes pas qui décalquent les pavés »
Nuance inutile de ces amours stellaires
Cette nuit sera la dernière, je le sens dans mes veines
Equation-bilan aux éléments éternels
Dernier poème
Dernière Utopie
Face au Montre soufflant sur nos esprits de paille
Sur cette mélodie acide racontée chaque soir
Au sein d’un Tout désincarné, physiquement ineffable.
Nous sommes au bord du Gouffre, mes Amis!
Dansons encore jusqu’aux dernières forces,
Embrassons-nous, aimons-nous d’Apocalypse,
Et ainsi les poètes auront raison de l’Être.