Un mois à Jérusalem #9 L’épopée de la douane israélienne

31/07/2017

J’ai 25 ans, ça y est. Je suis heureuse de les fêter à Jérusalem…!
Jour de départ, cependant. Je me lève à 5h30, mon genou me fait souffrir et je suis trop exaltée pour dormir. On discute 1h30 avec Jeannette, face à la vue qui s’embrase peu à peu du soleil matinal. J’écris un peu. Petit déjeûner, début du ménage, messe. Elle est donnée à notre intention. Discussion et échanges d’adresses avec Amin, Anaan, Youssef. Invitations, promesses de retour. Distribution aux Soeurs, aux Petites Soeurs, au personnel. Adieux émus aux Soeurs Bernadette, Véréna et Christine. Ménage, sacs, sandwichs. Il est l’heure.

Au-revoir ému aux bénévoles, que j’espère revoir. Aux Soeurs, de chaleureuses embrassades. Au réfectoire, les personnes âgées nous saluent. « Keep singing! » me dit Sereina. Le regard de Nuzha s’illumine, Manushaq m’offre un lumineux sourire, pour laisser ensuite son expression se charger peu à peu de tristesse.
Allah Ma’ak, Ma’a Salaama. « Au revoir! » ; « On se reverra! » ; « Ca a été un plaisir! » ; « Merci pour tout ». Soeur Marina, comme à son habitude, nous couvre d’une avalanche de compliments. Nous les lui rendons, avec coeur. Les larmes me montent aux yeux. Un dernier salut à tout le monde, et on part avant que je me mette à pleurer. Au revoir, le Home NDD. Je reviendrai. A bientôt.

On prend le bus de Ras-Al-Hamud jusqu’à la porte de Damas, puis le tram jusqu’à la gare centrale. Au revoir, la Palestine. Bus pour l’aéroport Ben Gurion. Au revoir, Jérusalem. Tu vas me manquer.
A l’aéroport, après deux heures d’attente, nous nous présentons à l’enregistrement des bagages, pour le fameux passage à la douane. Israël impose les contrôles les plus draconiens au monde, c’est donc un moment à ne pas prendre à la légère lorsqu’on voyage en Terre Sainte.

En premier lieu, les voyageurs sont interrogés avant d’enregistrer leurs bagages. On nous demande ce que nous faisions là, pourquoi nous sommes venus, comment nous avons financé notre voyage, quel est notre métier, ce que nous avons visité, où nous avons dormi. Tico est mal à l’aise, et la pression la déstabilise. Nous sommes suspectes aux yeux des douaniers. Nous sommes interrogées par une responsable, qui nous demande des preuves de ce que nous avançons. Puisque nous ne pouvons lui en présenter qui soient satisfaisantes pour elles, nous sommes interrogées par son chef, séparément cette fois. Avant ce dernier interrogatoire, ils emmènent nos passeports et nous font attendre une heure devant le guichet sans explication. Une fois l’interview passée, la femme nous emmène enregistrer nos bagages, et y appose une étiquette rouge. Cette étiquette me rend folle: quelle est sa signification?!

Nous passons au contrôle des passeports, scan facial. Nos bagages sont passés aux rayons X, puis nous sommes emmenés dans un box à l’écart pour qu’ils soient fouillés. Mon coeur bat à cent à l’heure. Je tombe face à une jeune femme très dure, qui me parle comme à un chien. Je vide mes poches, elle me fait passer un scanner corporel, une fouille au corps, regarde la plante de mes pieds, noircis par la poussière et par le fait que je viens de marcher un mois en tongs. Moue de dégoût. Elle en profite pour faire une remarque à sa collègue discrètement sur mon physique, en hébreu. Mon cerveau turbine à cent à l’heure, j’angoisse. J’ai peur.

Fouille des bagages. La femme m’interdit de toucher mes affaires, les vide, considère mes huiles essentielles, mes produits naturels, mes habits avec la même moue de dégoût. Nouvel interrogatoire, les questions sont toujours les mêmes. Je réponds mécaniquement. Elle tombe sur mon carnet de voyage, et là, je manque de tourner de l’oeil tellement je stresse. J’ai la manie de coller des étiquettes, des billets, des tickets de bus, pour me souvenir de ce qu’on a fait. Elle va forcément trouver des raisons de m’emmerder avec ce que j’ai collé. Bingo, elle tombe sur un ticket de bus arabe :
« This is written in arabic! What is it!
This is a bus ticket, we took the arabic bus lines in Jerusalem because they are cheaper... » Nouvelle expression de colère : elle vient de tomber sur le ticket relatif à notre visite à Tel El Sultan, un site archéologique situé en territoire palestinien.

« This is written « Palestinian Authority »! Can you explain this?!
This is an archeological place we visited, look… » Je lui pointe un endroit du ticket pour confirmer mes dires, elle a un violent mouvement de recul.

« Don’t touch this. » La douanière entreprend d’essayer de lire ce que j’ai écrit, et cesse alors qu’elle se rend compte que j’ai écrit en français. A cet instant, j’ai remercié le Ciel d’écrire comme un cochon. J’ai hâte que ça se termine, je me sens de plus en plus humiliée, les autres personnes interrogées autour de moi ne subissent manifestement pas la même considération… Merci Seigneur, de m’avoir octroyé une écriture digne d’un médecin parkinsonien!

Elle continue de tourner les pages. J’espère une question du type « Que pensez-vous du conflit israélo-palestinien? » pour que je puisse lui développer mon point de vue pacifiste et consistant à ne pas diaboliser un camp pour angéliser l’autre, mais cela ne vient pas. Je pense à parler. C’est une très, très mauvaise idée si elle ne me pose pas de questions, je crains sa réaction. Mieux vaut fermer sa gueule. C’est frustrant, elle est clairement en train de chercher la petite bête pour prouver que je suis engagée politiquement. A la place, elle reprend les questions qu’on nous a posé lors de notre arrivée à l’aéroport. Combien de temps suis-je restée ici? Pourquoi suis-je venue? Ai-je déjà effectué des voyages en Israël? Comment mon voyage a-t-il été financé?
« What is your job?
– I’m a social worker.
– (ton très ironique) Social worker? Oh waaaaaaw…! Tell me about the persons you are taking care of.
 » J’énumère mécaniquement les publics avec lesquels un éducateur spécialisé travaille, et elle me coupe soudainement, sans me dire au revoir.

 » Ok. Pack your belongings and leave. » Je m’exécute, sans regarder personne. Je pense que je ne me suis jamais sentie aussi humiliée depuis ma pré-adolescence. Une des collègues de ma douanière vient me voir (peut-être se sentait-elle coupable du ton de sa collègue?) : «  Do you want some help? » Un non poli mais ferme sort de ma bouche, et j’évite de la regarder. Ne me parlez pas. Ne venez pas me voir. Je n’en peux plus, je veux juste m’en aller. J’ai la tête qui tourne.

Dehors, je me répète que les israéliens ne sont pas tous comme ça. Après une émotion pareille, il est facile de tomber dans le piège de la partialité. Des cons, il y en a partout. Mais chez les israéliens aussi, il y  a des militants pacifistes, des gens engagés pour la cause de la Paix. Des artistes, des gens normaux. Qui ne font de mal à personne. Le gouvernement israélien est assimilable à une droite radicale. Leur loi permet le profilage racial et sociétal à l’aéroport, ce qui explique le traitement dont j’ai été victime. Mais pour une pomme pourrie, il ne faut pas que je range toutes les autres dans le même panier. IL Y A DES GENS BIEN. DES DEUX CÔTES.

Nous buvons une bière, pour nous remettre de nos émotions. Notre voyage se termine.

Deux heures après, notre avion s’envole pour Paris. Ca y est, c’est fini. Au-revoir, la Terre Sainte.

J’ai hâte de revenir te voir.

Un mois à Jérusalem #8 Grenades, blindés et foule en prière

27/07/2017

Service, le matin. C’est dur de travailler en étant aussi crevée. L’après-midi, Tico et moi partons finir nos achats de cadeaux à Jérusalem. Nous retournons à la boutique de Malek, un jeune vendeur avec qui j’avais discuté quelques jours plus tôt. Il nous accueille chaleureusement, et finit par nous vendre une taie d’oreiller palestinienne. On échange longuement, pour finir par se tomber dans les bras avant de se dire au-revoir:

« Ne m’oubliez pas, nous oubliez pas! Et racontez autour de vous comment sont réellement les palestiniens! Les médias racontent des mensonges. Et priez pour la paix, on en a besoin.  » Allah Ma’ak. To the next year, Insha’Allah!

Une fois nos achats finis, on va boire un thé et manger un baklava vers la Via Dolorosa. Beaucoup de gens ont l’air de partir pour Al-Aqsa avec leurs tapis de prière et c’est tant mieux, maintenant que les israéliens ont enlevé les portiques et les caméras.
En sortant, on trouve la Damascus Gate bloqués par des militaires, des dizaines de palestiniens massés derrière des barrières. Lorsqu’on demande ce qui se passe à un soldat, on nous répond « Emergency in the town« . Ca craint.

A la gare routière, un palestinien nous dit que tous les bus sont bloqués. On entame donc le retour à pied, pour environ quarante minutes de marche. Ca ira.
En arrivant au rond-point vers la Lion’s Gate, on est sidérées. Il y a de plus en plus de monde, la police montée, l’armée, partout, des véhicules blindés, un autre qui ressemble à un petit tank… Ca pue! On avance, jusqu’à un barrage. Trois françaises sont bloquées là, et nous disent que les militaires ne laissent passer personne. J’essaie de négocier avec une israélienne, qui tient fermement son fusil des deux mains. Elle ne veut pas me parler, et me dirige vers un soldat qui parle anglais. Je joue maladroitement la touriste effarouchée, et il nous laisse finalement passer.

En arrivant au bas de la colline, vers le jardin de Gethsémani, on entend des explosions à cent mètres derrière nous. D’un commun accord, on presse le pas. En remontant le Mont des Oliviers, je discute avec l’une des trois françaises qui m’apprend qu’elles sont volontaires dans un orphelinat à Ramallah. On tente de respirer toutes les deux, elle a l’air aussi touchée que moi par cette tension.
Mon regard se tourne vers le dôme doré de la Mosquée d’Omar, visible derrière les remparts blancs à environ quinze kilomètres à vol d’oiseau. Soudain, nous nous stoppons. Mon coeur manque un battement.
Une grande clameur monte de l’Esplanade. Plusieurs centaines, peut-être mille ou deux mille personnes crient, hurlent en même temps. Et alors. Boom. Boom-Boom. Des explosions encore, par dessus les cris de la foule. Mon sang se glace, littéralement, à cet instant. J’ai froid, alors qu’il fait trente degrés. Pauvres gens. Je pense au voeu de paix de Malek, et une douloureuse sensation d’absurdité m’envahit. On se remet à marcher, malgré tout, et quittons les françaises à l’entrée de Ras-Al-Hamud.

Dans le quartier, tout est normal. On entend des enfants rire aux éclats dans la cour d’une maison. Après autant de tension, ça fait du bien.
La soirée donne du baume au coeur. Repas, et puis jeux de cartes entre bénévoles autour de quelques bières. Youssef se joint à nous. C’est le fils de Labibeh, une résidente. Il nous raconte des histoires de la guerre civile qui eut lieu après la création de l’état d’Israël, lors de la fin du protectorat anglais. Il avait quatorze ans lorsqu’elle éclata.
Lors d’une bataille, les soldats demandèrent aux jeunes de ramasser les morts dans Jérusalem. Youssef en fit partie. Lors de l’expédition, il trouva le cadavre d’un ami. Sa famille l’enveloppa dans des linges, pour le garder trois jours. Le quatrième jour, Youssef fut chargé de sortir dehors pour prévenir la famille du défunt, alors que les palestiniens étaient consignés chez eux. Au détour d’une rue, il croisa un bataillon de soldats israéliens, qui tirèrent et le manquèrent de peu. Le gamin se cacha une rue plus loin, attendit qu’ils passent, prit soin de prévenir les proches du mort et rentra chez lui par les toits. Quatre jours plus tard, le corps « commençait à puer ». Youssef et sa famille l’enterrèrent.

Plus tard, nous apprendrons l’origine de la clameur sur l’Esplanade. Suite au retrait des caméras et portiques de sécurité, les palestiniens étaient retournés prier sur l’Esplanade des Mosquées. Mais un groupe de militaires israéliens s’invitèrent parmi eux, sans vergogne. La foule en colère entreprit de leur jeter des pierres et des bouteilles pour les chasser. En réponse, c’est l’armée qui entra dans l’Esplanade. Les explosions que nous avons entendues étaient dues à l’utilisation de grenades sonores et lacrymogènes. Le tout a dégénéré jusqu’à la porte des Lions, où nous étions coincées, et a fait une centaine de blessés. Quelques minutes de plus, et nous étions dedans.

Un mois à Jérusalem #7 Randonnée dans le désert

26/07/2017

Jour de congé. On part avec Marie et Marilou pour visiter la réserve naturelle d’Ein Gedi, et se baigner dans la mer Morte.

Le matin, on randonne dans la réserve désertique, absolument sublime. Le soleil est écrasant, je crois avoir bu l’équivalent de trois litres d’eau en une heure et demie de randonnée…! Ein Gedi se trouve à l’emplacement d’une oasis du désert de Judée, constituée par une immense chute d’eau à plusieurs étages. Après avoir atteint le premier point de vue intéressant, nous empruntons le chemin balisé qui contourne l’un des versants de la gorge. Après trente minutes d’efforts qui me parurent deux heures, nous arrivons à un ensemble de bassins naturels… Une piscine naturelle!
L’eau est fraîche… c’est un bonheur!
Baignade, photos, pique-nique. Il n’y a personne, on pourrait presque se baigner nues!

Après une longue pause, la suite de notre excursion nous emmène vers la Dodim’s cave. C’est une grotte, avec un petit bassin naturel. De l’eau goutte des plantes qui habillent son entrée, on se croirait dans un film. Ou une pub Ushuaïa.

On se repose un peu là, pour redescendre ensuite par le même chemin. Le soleil est toujours aussi lourd, je ne sais plus si je suis moite de sueur ou si je sèche de l’eau dans laquelle je me suis baignée. A la sortie de la réserve, nous rencontrons deux français avec qui nous discutons du conflit. Ils nous conseillent de gruger l’entrée d’un hôtel de luxe, pour profiter gratuitement d’une plage privée à Ein Bokkek. Sinon, les plages de la Mer Morte sont soit payantes (5€/10€ l’entrée), soit à l’abandon (donc potentiellement dangereuses pour les baigneurs).

Leur plan s’avèrera être une très bonne idée. On va donc nager, flotter, découvrir pour certaines l’expérience unique que constitue un bain dans cette mer.
En revanche, la plage est tristement aseptisée. Déchets dans l’eau, vue sur un Mc Do et les résidences de luxe qui la jouxtent. L’ensemble est bien différent de la plage préservée où j’avais pu nager sept ans auparavant…

Des cristaux de sel dans la poche, on finit par reprendre le bus pour Jérusalem, épuisées mais ravies de cette merveilleuse journée.

Un mois à Jérusalem – #6 Bethlehem, city of peace

22/07/2017

Service, le matin. Après le repas, nous décidons de partir à Bethléhem avec Marie et Elisa. Après un court trajet en bus, nous arrivons au milieu d’une armée de taximen, qui tentent de négocier un trajet (de 5mn en voiture) vers le centre historique, pour 30 shekels par personne (7,5€ environ). Sans leur dire que nous ne sommes pas complètement idiotes non plus, on refuse courageusement leurs tentatives de business! Ils finissent par céder au bout d’un quart d’heure de négociations, en apprenant que nous sommes françaises: « On aime la France parce qu’on sait que vous êtes avec les palestiniens. Si vous étiez originaires de Russie, ou des américaines, on vous aurait traites comme des vaches à lait!« 
On se met en route vers la vieille ville, en traversant un souk animé et haut en couleurs. En passant devant un mémorial couvert de photos, on demande à des jeunes ce qu’il commémore. Ce sont des prisonniers encore enfermés dans les centres pénitentiaires israéliens, certains depuis 1987…


On continue, avec l’idée de faire quelques achats. Plus loin, on entre dans la boutique d’un quadra survolté qui parle couramment français. A des prix très corrects, on lui achète des boucles d’oreilles en forme de copies de pièces palestiniennes d’avant l’occupation. Il nous montre sa collection de monnaies originales, très rares. Il est bien sûr hors de question pour lui de les vendre. Il m’apprend aussi que certains vendeurs font passer de l’artisanat indien pour palestinien. Je me suis faite avoir il y a 7 ans…! On repart avec un tapis fait main à Gaza, en poils de chameau. Suite de la balade. On visite la Grotte du Lait, et l’Eglise de la Nativité, passage obligé pour les touristes. La chapelle de la Nativité est bondée de russes venus se recueillir. On prend en photo un moine orthodoxe qui a une tronche de métalleux, et c’est reparti. A la sortie, on achète deux falafels avant de s’attabler pour boire quatre thés dans le restau de Saïmon, le tout pour 20 shekels. (5€) « Je vous fais une réduction, vous êtes des touristes. » Il refuse même mon pourboire, c’est le monde à l’envers…

Avant de partir, on décide de rechercher un point de vue panoramique que nous avait indiqué Jeannette, à ne pas louper apparemment. On demande notre chemin à un café: « C’est fermé… » Le gérant et un serveur se concertent, avant de inviter à les suivre. On nous emmène dans la mairie voisine, avant de demander à un gardien si nous pouvons monter sur le toit. On refuse, par politesse.
« Eh quoi! Pas de problème à Bethlehem! » Les filles rient et moi aussi, sa réponse détend un peu. On décide de laisser les choses se faire.
« SAÏD! » Une voix, venue du premier étage, lui répond :
« Ha? 
 – Passe moi les clés du toit! » Elles tombent mystérieusement du premier étage, et notre interlocuteur nous les remet.


« Allez-y, prenez l’ascenceur! » On se dirige donc vers le dernier étage, seules. Une fois en haut, derrière une porte métallique on découvre une terrasse ensoleillée, des fauteuils, et un patio avec une vue panoramique sur la ville…! On prend des photos, ravies.

Peu après, Tico remarque une échelle permettant d’aller sur le toit de l’immeuble voisin. On s’y aventure, pour un moment magique. Ma vue se perd dans les collines nues qui entourent Bethléhem, je m’assois les pieds au dessus du vide. Qu’elle est belle, la Palestine…!

Après une nouvelle séance photo, Tico découvre un vieux drapeau palestinien défraîchi abandonné par terre. Ni une ni deux, nous nous improvisons guérilleros, le foulard sur la tête : l’étoffe claque au vent, et on hurle « FREE PALESTINE!« . Eternité.

Un employé de la mairie vient finalement nous demander de descendre. On s’exécute, à contrecoeur. En bas, le gardien est toujours assis sur sa chaise:
« Vous voyez? Pas de soucis dans la ville de la paix!
– Allah Ma’ak! » (Dieu te garde)
Le coeur léger, on se met sur le chemin du retour.

Assauts des taximen repoussés une nouvelle fois. Car. Porte de Damas. Le bus pour Ras-Al-Hamud est bloqué par les israéliens, on doit attendre 20h30. Une fois sur le trajet, on aperçoit la police montée israélienne, des ambulances sont partout. Le chauffeur doit faire un détour par le Mont des Oliviers, dans un trafic intense. On apprend par Rachid, assis à côté de nous, que des musulmans en prière dans la rue se sont fait tirer dessus par des militaires. A ce qu’il en dit, le gouvernement a interdit cette pratique. Le grand mufti de la Mosquée Al Aqsa aussi, s’est fait tirer dessus, et trois personnes sont apparemment mortes dans les affrontements d’aujourd’hui. Merde.

A notre arrêt, on trace pour arriver au Home à 21h. Puis c’est le rituel habituel. Repas, clope, bière et au lit.

Un mois à Jérusalem – #5 – Gaz lacrymogène et paroles de civils

17/07/2017
Ce matin, Charlie reste au lit. Elle a dormi quatre heures, et a besoin de se reposer. Je pars me perdre dans la vieille ville de Jérusalem.
Après une demie heure de marche, j’envisage de boire un coup dans le quartier du Saint Sépulcre. Un vendeur arabe m’interpelle.
« Tu veux un café? Je te l’offre! » J’accepte avec plaisir, et il me ramène un café à la cardamome. Hassan est très agréable, et j’apprécie le fait qu’il n’essaie pas de me vendre quelque chose. Nous parlons une heure environ, en fumant des cigarettes. Evidemment, la Palestine, le conflit et l’attaque récente reviennent souvent dans la conversation.
« C’est de la politique, tu vois? Qu’est ce qu’on peut faire! A part vivre, bien sûr. Je ne suis pas  anti-israélien, je suis un être humain comme eux. Je comprends que les militaires doivent checker la sécurité, mais ils sont tellement rudes… Je vous respecte, alors soyez poli! » L’échange est sincère, et la rencontre est belle. J’achète un veston orné de broderies palestiniennes à Hassan, et décide de ne pas marchander le prix, pour le remercier. J’apprendrai après que le vêtement a été fabriqué en Jordanie à la machine à coudre, mais je ne regrette pas mon geste. Le salaire moyen d’un palestinien est de 300€, et la vie à Jérusalem est chère…

Plus tard, au détour d’une rue, j’engage la conversation avec un vendeur d’origine israélienne, qui doit avoir mon âge. Il est assis devant son échoppe aux produits religieux, un thé à la main.
« Les gens ont deux visages, ici. Celui pour les touristes, et celui qui est sincère. Ils se battent tout le temps, mais au fond ce sont de bonnes personnes. » A Jérusalem, la politique est synonyme de violence. Pourtant, le coeur des gens est pacifiste, lui.

Je repasse par le Mur des Lamentations, et je repars par la porte de Damas avec du zatar, de la myrrhe et du frank incense pour reprendre mon service. L’après-midi, je nettoie la tonnelle avec Charlie à grandes eaux pour pouvoir y dîner.
Douche, et service du soir. Je discute un peu avec Mulu, une résidente d’origine éthiopienne. Une soeur la complimente sur sa coiffure et lui dit qu’elle devrait me faire la même. Alors qu’elle part, la vieille dame me parle de ses six enfants, qu’elle a tous perdus, pour mentionner le fait que sa fille avait de très beaux cheveux. Mulu se tait, les larmes lui montent aux yeux. Elle me regarde, et ses pupilles me disent « puisque tu vas partir comme tous les autres, ne m’oublie pas s’il te plaît. »
« Quand tu reviendras en France, tu n’oublieras pas de m’écrire une lettre? » Je promets, et l’embrasse très fort. J’ai le coeur brisé. Mulu prend un temps pour souffler, et repart avec son sourire habituel, comme si rien ne s’était passé…

Le soir, nous mangeons dehors. Arack, bières, cartes, cigarettes, et rires. De quoi s’endormir le coeur léger…

21/07/2017
Ce matin, on ne travaille pas. On ne sortira pas non plus, par mesure de sécurité. C’est vendredi, et les palestiniens vont sûrement profiter du jour de prière musulman pour manifester. Les militaires s’en doutent d’ailleurs, les voitures de police et les hélicoptères quadrillent la ville depuis hier soir, et des barrages routiers ont fleuri un peu partout. Apparemment, des musulmans en prière ont été blessés Porte des Lions, et un autre a été abattu à Bethléem. Je n’en sais pas plus. L’information me vient du fils d’une de nos résidentes, Youssef, et de notre collègue Xavier. Toujours est-il qu’apparemment la prière de midi promet de nouvelles violences. Fait chier.
Du coup écriture, lecture, rédaction de cartes postales sous le figuier en attendant le repas de midi. J’espère que la situation va se tasser.

11h40 – Les hauts-parleurs des muezzin diffusent un message qui ressemble plus à un appel à la révolte qu’à la prière.
Et merde.

Au repas, des explosions se font entendre. Nous sortons dehors pour constater que des feux sont allumés aux alentours de Jérusalem, on peut voir une épaisse fumée noire s’élever à trois endroits. J’essaie de ne pas imaginer ce qui se passe dehors.
Je travaille au jardin avec Elisa cet après-midi. En allant chercher les outils, nous sommes prises toutes les deux d’une quinte de toux: un nuage de gaz lacrymogène provenant du quartier de Ras-Al-Hamud a atteint le jardin. Pourtant, aucune manifestation ne se fait entendre dans les alentours du Home… D’où vient le gaz? La quantité pulvérisée sur les manifestants doit être énorme, pour que le nuage ait pu voyager jusqu’à nous… Quelle horreur.

Au service du soir, nous apprenons que des manifestations se sont soldées par trois morts, dont un jeune de dix-sept ans tué à Ras-Al-Hamud, et plus de deux cent blessés. J’ai le coeur déchiré. A la télévision du salon, les images des journaux arabes passent en boucle. Trois palestiniens soulèvent un corps emmailloté dans un linge blanc pour le porter au-dessus de la foule, en signe de protestation. Il y a une grande tache rouge sur le drap blanc. Une femme voilée pleure à chaudes larmes devant l’entrée des urgences, alors qu’on transporte quelqu’un sur une civière. J’ai le coeur arraché. L’ambiance est lourde au Home. Les personnes âgées ont peur. D’autres prient pour la paix. Personne en tous cas n’a le coeur à rire. Je me sens mal. On aurait pu y être, on pourrait être à leur place. Et les familles des victimes… C’est atroce.

Etrangement, la soirée donne du baume au coeur. Nous mangeons avec l’ordre des Petites Soeurs de Jésus, et celles du Home. Je prends le temps de discuter avec plusieurs d’entre elles, ainsi que Soeur Christine, une Petite Soeur. Elle me raconte vingt-cinq ans de travail dans la Bande de Gaza avec son ordre. Au fil des récits de rencontres, d’expériences magnifiques et atroces à la fois, je vois des étoiles s’allumer dans ses yeux.

Nous mangeons, faisons des jeux pour accueillir deux nouvelles bénévoles. Soeur Marina anime la soirée, avec drôlerie et bienveillance. Chaque convive repart le sourire aux lèvres, des petits cadeaux pleins les poches. Lorsque les soeurs partent se coucher, mon coeur est apaisé. Quelques bénévoles traînent encore un peu, et nous discutons autour d’une cigarette avant d’aller donner des nouvelles à nos proches sur facebook. Les bruits de la Ville Sainte endormie, meurtrie me bercent. Comme si la journée n’avait connu aucnue violence.

A suivre… 

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Pour aller plus loin :

Un mois à Jérusalem – #4 – Rues vides et militaires armés

16/07/2017:
Service, le matin. Comme d’habitude, nous nous occupons du petit-déjeuner, faisons des massages des mains aux résidents qui le souhaitent, et passons du temps à échanger avec les personnes âgées. Le midi, nous mangeons avec le Père espagnol, qui accompagne les trois séminaristes. Il est très gentil, et ouvert au contact bien qu’il ne parle que le catalan. Les séminaristes m’ont surprise à leur arrivée, ils sont très jeunes pour des gens qui se destinent à devenir prêtres, en tous cas à mon sens. (le plus jeune a 20 ans, et le plus vieux 26 ans…!)

L’après-midi, nous décidons de partir avec Elisa au Museum on the Seam. Le lieu est intéressant, c’est un musée socio-politique israélien, situé sur l’ancienne ligne verte, soit la démarcation entre les anciens territoires israéliens et palestiniens pré-colonisation. Le musée se revendique neutre, et propose des expositions temporaires sur des thématiques religieuses, politiques, ou sociales. Je l’avais déjà visité une fois, durant mon premier voyage. On y proposait une exposition de photos de heurts entre israéliens et palestiniens, selon mon souvenir. Je ne sais plus, en revanche, la thématique précise de l’installation que j’avais pu voir.

Pour y aller, nous prenons le bus pour la gare routière de la porte de Damas. Aujourd’hui, le chauffeur profite de ses temps de battement pour apprendre l’anglais dans un manuel qui semble dater des années 50.
Arrivées aux remparts, nous nous dirigeons vers Jérusalem-Ouest. A côté de la gare routière, un petit garçon d’environ huit ans est en train de vendre des cartouches de Marlboro. Comme à l’accoutumée, bien sûr, il fait très chaud. J’ai pris l’habitude de porter un foulard sur la tête. Notre marche nous emmène à travers le quartier laïc de Jérusalem, au sein duquel nous nous devons de trouver notre objectif du jour. Je ne connais pas la direction exacte pour y retourner.
Nous tournons trois fois autour d’un pâté de maisons, et demandons notre chemin à un commerçant qui nous renvoie vers la porte de Damas. En revenant sur nos pas, nous passons un checkpoint et remontons le long de la voie de tramway pour ensuite montrer notre carte à un autre palestinien. Il passe environ dix minutes à la scruter. Je comprends qu’il ne connaît pas du tout le musée, mais qu’il a vraiment envie de nous aider. Après un laps de temps très long, que nous n’osons pas interrompre par politesse, il nous avoue qu’il ne connaît pas le Museum on the Seam, mais qu’il doit se trouver dans le quartier de Mea Shearim, qui est tout près. Nous suivons ses indications, et continuons à marcher.

Mea Shearim est le quartier juif ultra-orthodoxe. Les rues sont propres, ordonnées, pourvues d’arbres et comptant même des poubelles de recyclage du plastique. Les gens que l’on y croise sont habillés de manière très stricte. Les hommes portent le costume noir, le grand chapeau, la barbe et les peot, ces espèces de boucles qui jouxtent leur barbe. Les femmes sont voilées, portent des vêtements cachant leurs formes, les les petits garçons portent la kippa et le châle de prière que l’on voit dépasser de dessous leur chemise (Talit). Je ne connais pas bien leurs coutumes, mais on m’a toujours présenté cette branche de la religion juive comme étant la plus radicale. Une chose est sûre, le niveau de vie est loin d’être le même que dans les quartiers palestiniens. Deux rues plus tard, j’aperçois trois israéliens à l’air roots, portant des amplis. Je les interpelle, et leur demande la direction du musée en me disant qu’ils ont l’air d’être des musiciens: peut-être le connaîtront-ils? Et effectivement, ils nous disent de suivre les rails du tramway, car le Museum serait deux stations plus loin de là où nous sommes. Parfois, les a-priori ont du bon.

Malheureusement, le musée est fermé lorsque nous y arrivons! Peut-être aurions-nous dû vérifier les horaires avant d’y aller… Tant pis, on le visitera une autre fois. Nous décidons de pousser notre excursion jusqu’à la vieille ville pour boire un coup avant de rentrer, apparemment les contrôles sont moins stricts.

Les portes sont tout de même barrées par des militaires israéliens, mitrailleuse en bandoulière, grenades sonores sur leur gilet pare-balles. Lorsqu’on rentre, l’ambiance me glace le sang. La plupart des magasins sont fermés, les rues du souk habituellement noires de monde sont vides. Nous sommes quasiment les seuls touristes, et les rares palestiniens que nous croisons résident très probablement dans l’enceinte du vieux Jérusalem. La ville est barrée de partout, les israéliens ne doivent pas laisser passer grand-monde… C’est presque une ambiance de mort.
Nous buvons tout de même un thé dans un café miteux pourvu de tables de jardin, pendant que des pré-adolescents jouent à des jeux de fête foraine pour repartir avec des bières et des cigarettes.
On rentre, ensuite. Je demande à un israélien s’il sait quand la vieille ville sera réouverte à tout le monde. Il pense que ça le sera dans quelques jours. On le remercie. « God bless you. » A côté de l’endroit où un gamin vendait des clopes, deux autres font les poubelles.

A dix-neuf heures, Soeur Marina a organisé un chapelet où elle a tenu à rassembler tous les bénévoles, le Padre, ainsi que Soeur Camille (d’origine espagnole). Une résidente, Angela, se joindra à nous. La petite cérémonie se tiendra au pied d’une statue de la Vierge située dans le jardin. Nous allons égrener un chapelet en disant la prière de l’ordre des Filles de Notre-Dame-des-Douleurs. Pour Charlie et moi, ce fut un temps de méditation bien choisi, et puis un moment de partage agréable après ce sentiment glaçant vécu entre les murs de la Ville Sainte. Lors de la prière, le français côtoie l’arabe, l’espagnol, le latin et le catalan. C’est joli…

Après cette demie-heure hors du temps, repas entre bénévoles. Ensuite, cigarette, bière, air du soir chargé de musiques populaires arabes, de chants du muezzin et de poussière, et dodo…

A suivre… 

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Pour aller plus loin :

Un mois à Jérusalem – #3 – Tirs sur l’Esplanade des Mosquées

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14/07/2017 :
J’écris ces lignes sous le figuier de la terrasse du Home, avec un café, en fumant des Kent (mes cigarettes israéliennes favorites). Nous sommes le 14 juillet 2017. Pour la fête Nationale, le consulat français ainsi que plusieurs ordres chrétiens assisteront à une messe spéciale, dans une église dont j’ai oublié le nom. J’aurais bien aimé que les bénévoles y soient aussi invités, je suis curieuse de voir à quoi ressemble cette célébration! On ne peut pas dire que la Révolution française ait été l’événement le plus religieux de notre histoire… En attendant, la journée se déroule comme d’habitude. Petit-déjeûner, messe, discussions. Trois séminaristes catalans sont censés arriver cet après-midi, pour se joindre à notre équipe de bénévoles. Distribution de boissons, discussions. Nous apprenons par les nouvelles sur une chaîne d’information arabe que des palestiniens ont attaqué des flics israéliens ce matin.

Boom.
La nouvelle me fait l’effet d’un coup de massue. Dans le Home, les personnes âgées sont paniquées, tristes, inquiètes. Le personnel palestinien est mortifié, abattu. Certains réagissent à peine, mais semblent encore plus fatigués qu’à l’ordinaire. Je parle avec une infirmière pour qu’elle me traduise les nouvelles. Apparemment, un policier israélien a été tué, je suppose que c’est à l’arme blanche. Les deux jeunes se sont échappés dans les rues jusqu’à l’Esplanade des Mosquées, au milieu de croyants en prière. Ils étaient poursuivis par des militaires, qui n’ont pas hésité à tirer sur la foule présente sur l’Esplanade. J’ai cru comprendre qu’ils ont été tués, ainsi que deux autres personnes.
« It happens every day, we are used to it. It’s not a life, but it’s our life.« 
Je parle avec des Soeurs de l’ordre des Petites Soeurs de Jésus, très en colère. Jérusalem est complètement fermée, les israéliens ne laissent plus entrer personne dans la vieille ville. On a les informations au compte-goutte, c’est rageant. Les militaires israéliens ne donnent que très peu d’informations à la télévision palestinienne. La messe est annulée, ou reportée. Les chrétiens ne souhaitent pas faire de ce jour une célébration, vu les événements qui viennent de se passer. Les Soeurs restent donc au Home, et nous conseillent très fortement de ne pas sortir de la maison aujourd’hui. Nous ne mettons pas de difficultés à accepter, ce doit être le chaos dehors.

Lors du repas, l’ambiance est étrange. Les personnes âgées ne cessent de nous poser des questions, et nous tentons de les rassurer du mieux que nous pouvons. Je me sens ailleurs. J’interroge à mon tour le personnel, pour avoir des nouvelles. On en sait pas beaucoup plus, Jérusalem sera probablement bloquée pour quelques jours. Deux membres du personnel vont dormir sur place ce soir, par sécurité. On s’inquiète pour les séminaristes qui doivent arriver aujourd’hui, pourvu que leur route ne leur réserve pas trop de difficultés…

On entend des détonations autour du Home de temps en temps. J’espère que ce sont des célébrations du 14 juillet ou du vendredi.
Au service du soir, une question tourne sans cesse dans ma tête :  » Comment peut-on tuer quelqu’un sur un site sacré? »

On aura probablement plus d’informations sur l’attaque dans le journal de demain. Le soir, l’habituelle cigarette accompagnée d’une bière sur la terrasse apaise un peu mes inquiétudes.

« Alors, tout à coup, du haut de la petite citadelle solitaire, la voix du Muezzin s’élève, une voix haute et claire, qui a le mordant triste et doux des hautbois, qui fait frissonner et qui fait prier, qui plane dans l’air d’un grand vol et comme avec un tremblement d’ailes […]. Devant ces magnificences de la terre et du ciel, dont l’homme est confondu, la voix chante, chante, psalmodie au Dieu de l’Islam, qui est aussi le Dieu des grands déserts. » Pierre Loti

15/07/2017 :

Pas de service le matin. Nous sommes assez de bénévoles dans l’équipe, nos emplois du temps seront organisés en demi-journées désormais. Charlie et moi prenons notre petit-déjeûner et partons marcher dans Ras Al-Hamud jusqu’à l’Eglise de Toutes-Les-Nations.

L’Eglise se situe en dehors des remparts de la vieille ville, et donc loin des barrages militaires les plus problématiques. Les rues sont calmes en effet, et on pourrait presque penser que l’attaque d’hier n’a pas eu lieu, si nous n’avions pas passé un checkpoint gardé par un fourgon blindé et une dizaine de militaires aimables comme des portes de prison. Le soleil est écrasant sur la route, et l’air charrie de la poussière. Un peu partout, des morceaux de pita abandonnés sèchent à l’air libre. Est-ce pour nourrir les oiseaux ou les chats errants?

L’église est construite sur l’emplacement où Jésus aurait passé sa dernière nuit avant d’être arrêté. Juste à côté, nous visitons le jardin de Gethsémani (pressoir à huile en araméen) et ses oliviers. Ils sont vieux de 2000 ans environ, et donnent encore des olives…!

Nous faisons ensuite escale à l’Eglise russe orthodoxe de Marie-Madeleine, au milieu d’un jardin tenu par des soeurs qui ont fait voeu de silence. Elle a été construite sur ordre du tsar Alexandre III de Russie en hommage à sa mère, l’impératrice Maria Alexandrovna. Nous y rentrons. Je la trouve plutôt sobre pour une église orthodoxe: dans mon imaginaire je me représente toujours les lieux de culte orthodoxes très chargés en décorations. Autour de l’autel, les enfants du tsar sont exposés dans des tombeaux ouverts… Brrr.

Avant de rentrer, nous buvons une limonada au café de Toutes-les-nations. Cette boisson est un peu un passage obligé pour un touriste qui se respecte, et elle est plutôt bienvenue. Certains cafés en font une espèce de smoothie citron-sucre-glace-menthe et franchement, c’est délicieux.
Au retour, service à 14h et entretien du jardin.

Le soir, après le service, nous mangeons entre bénévoles et accueillons deux nouvelles venues. Pas plus de nouvelles qu’hier, Jérusalem est encore fermée. J’espère que les choses vont se tasser.

A suivre… 

Pour aller plus loin :

  • Fête au Home Notre Dame des Douleurs 1/03/2008
  • Adhan (appel à la prière musulman) : 
  • Article de Libération sur l’attaque
  • Article du Monde sur l’attaque

Un mois en Palestine – #2 – Une journée au Home

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13/07/2017

Sept heures du matin, quartier de Ras Al Hamud. L’appel à la prière a déjà résonné sur la colline, Charlie et moi avons bu notre café. Dans les couloirs du Home Notre Dame des Douleurs, les aides-soignants et infirmiers ont réveillé les résidents les uns après les autres, pour l’heure de la toilette et de l’habillement avant le petit-déjeuner. Sereina, une dame en fauteuil d’origine arménienne, chante à tue-tête des airs des années cinquante avec des accents de chanteuse d’opéra. La maison s’anime, doucement.

C’est l’heure de manger. Autour des tables, les personnes âgées sont installées à leurs places habituelles. Les Soeurs s’affairent à leur servir leur repas avec le personnel soignant, en fonction des régimes particuliers. Je m’installe à la table de Faisal et Nuzha. Le premier est un homme d’origine arabe, atteint de démence. Il est perpétuellement souriant, et prompt à rire de tout. La deuxième est une ancienne professeur d’anglais, coincée dans un fauteuil roulant par la dégénérescence progressive de ses facultés motrices. On dirait un petit oiseau fragile, avec qui il est difficile de communiquer car elle ne parle plus. Cette femme m’émeut, ses yeux sont perçants, criants de vie dans un corps qui s’éteint. J’essaie de comprendre ce qu’elle veut bien me transmettre, par le regard.
Soeur Marina chante le bénédicité en arabe, et souhaite à tous un bon appétit. Je salue mes protégés dans leur langue. Je m’occuperai de les aider à manger tous les deux en même temps. Il me faut faire attention à la déglutition difficile de Faisal, qui a tendance à s’étouffer. Nuzha mange très lentement et très peu, on sent par ses gestes qu’elle essaie de se tenir droit et de se débrouiller seule, j’essaie donc de l’accompagner tout en étant attentive aux premiers signes de satiété. Car si on la fait manger trop, elle peut vomir. Tant bien que mal, on arrive au bout du repas. Petit à petit, les personnes âgées quittent le réfectoire, ou sont emmenées par les infirmiers. Les retardataires, ou les résidents qui ont le plus besoin d’accompagnement aux gestes du quotidien, finissent à leur tour de se restaurer.

Des pétards résonnent autour de la maison, toujours pour célébrer les résultats du baccalauréat palestinien.

Des bénévoles s’affairent à débarrasser les tables et nettoyer les stigmates du repas. D’autres emmènent les résidents chrétiens qui souhaitent assister à la messe. Pendant une heure, la maison résonnera de chants religieux et de musiques liturgiques. Pendant ce temps, ceux qui ne vont pas à la chapelle discutent entre eux, prennent une pause cigarette, ou regardent les informations sur une chaîne arabe.
Après l’heure de cérémonie, les bénévoles aident les résidents à revenir dans le Home. La chaleur est déjà écrasante. Luis est perdu, il regarde dans le vide en souriant et répète « Abu-na Samanda, bukra » soit « Père Samanda, demain« , du nom d’un curé qui venait souvent le voir avant d’être hospitalisé. Je lui prends la main et le ramène dans la salle commune. Alors que je viens vers elle, Sereina m’interpelle avec un grand sourire et me demande « Hello, what’s your name? » je me présente, et lui demande comment elle va. « Are you a christian? » je lui réponds que non, mais que je crois en Dieu. « So we shall not talk together. » Elle se ferme brusquement, et refuse de continuer la conversation. Tant pis. Le rapport à la religion est un aspect de la vie à Jérusalem qui m’avait marquée lors de mes derniers voyages en Palestine. Sur la Terre Sainte, on est musulman, juif ou chrétien. Le fait de se revendiquer d’une spiritualité différente est très compliqué à comprendre pour les gens d’ici.

Les personnes âgées sont rassemblées dans la salle de télévision. Un ordre de Soeurs voisin du Home, les Petites Soeurs de Jésus, vient souvent prêter main-forte au personnel. Aujourd’hui, elles aideront pour les transferts, les repas, ainsi qu’à la distribution des boissons fraîches aux personnes âgées. Pour ceux qui ne peuvent plus se nourrir seuls, il faut leur donner à manger de la gelée sucrée.

Pour le reste de la matinée, Soeur Marina a réparti les tâches entre les bénévoles. Certains effectueront des tâches ménagères, d’autres travailleront à l’entretien du jardin, pendant que les derniers resteront faire des massages des mains aux résidents qui le souhaitent, et animer le temps qu’il reste avant le repas.

A l’heure de midi, le rituel se répète. Les fauteuils sont installés autour des tables, on chante le bénédicité, le personnel soignant et les bénévoles aident à manger ceux qui ont du mal à se nourrir seuls. Je m’occuperai de Labibeh, cette fois. C’est une native de Jérusalem, dont les pensées se sont perdues à cause de son âge. Elle passe son temps à pleurer, s’arracher les cheveux, se lamenter en frappant ses mains. Personne ne sait ce qui la tourmente. Tout ce que j’ai pu apprendre plus tard, c’est qu’elle a été témoin de la Guerre des Six Jours de 1967. Ses souvenirs reviendraient-ils la hanter?
A sa table sont assises Marie-Antoinette, une adorable fugueuse aux manières d’un autre âge, et Rose. C’est une ancienne speakerine de la télévision israélienne, désormais incohérente. Elle parle un imbroglio d’anglais, arabe et hébreu, le regard dans le vague.

Après le repas, les personnes âgées se reposent pour la plupart. Les bénévoles sont libres pour environ cinq heures. Nous décidons d’aller nous perdre dans la vieille ville de Jérusalem.
Au sortir du Home, après avoir longé le mur de séparation Israël-Palestine et ses neuf mètres de hauteur, Charlie Marilou et moi prenons le bus pour la porte de Damas. Il roule la porte ouverte, et s’arrête aléatoirement pour prendre des passants qui l’interpellent dans la rue. La plage avant est recouverte de photos, imageries religieuses et textes imprimés sur des feuilles A4.

Une fois passée la Porte, les rues se font sinueuses et étroites. Le souk est noir de monde. Partout, des échoppes vendent des souvenirs, bijoux, fruits et légumes et autres objets d’art en un bric à brac divers qui accroche les yeux de ses couleurs chamarrées. On sent l’odeur des épices, des pâtisseries arabes, du café à la cardamome. Les vendeurs nous haranguent les uns après les autres, nous saluent en anglais, en français, nous invitent à juste « venir voir » ce qu’ils proposent. J’adore cette cohue, les facilités que les gens ont à parler entre eux. Ce bordel m’avait manqué. A Jérusalem intra-muros, on peut se balader dans le quartier arabe, juif, arménien, chrétien, et même laïc, mais à mes yeux c’est le premier qui restera le plus intéressant à vivre.

Nous tentons d’aller visiter l’Esplanade des Mosquées, mais on nous dit qu’elle est fermée pour les touristes à cette heure. Pas grave, le Mur des Lamentations n’est pas loin.

Ce vestige datant du temps du Temple d’Hérode est toujours noir de monde. Les touristes y sont les bienvenus, mais doivent respecter quelques règles : les hommes et les femmes sont séparés, les femmes doivent se couvrir les épaules, et les hommes doivent porter une kippa. On se pliera à ces règles avant de s’approcher du Mur.
Chacun dans sa section, les croyants font la queue pour aller glisser des prières dans les anfractuosités de la pierre, et rester un temps à y méditer. Nous faisons de même. A côté de nous, une femme s’évanouit et est prise en charge par une équipe médicale. Est-ce la chaleur ou la foi fervente qui a causé son malaise?
Avant de sortir, on prendra soin de marcher à reculons afin de ne pas tourner le dos au Mur. En signe de respect. Et soi dit en passant, on fera attention à ne pas se prendre les pieds dans les chaises en plastique disséminées partout sur notre chemin.

De retour au Home, c’est le repas du soir. Le rituel se répète pour la troisième fois de la journée. Service, répartition des tables, bénédicité. « Msartén! » (Bon appétit)
Marie-Antoinette m’interpelle: « Vous êtes mal coiffée! Avant de se présenter devant les autres, il faut se laver, mettre de l’eau sur ses cheveux, et les peigner pour faire une raie sur le côté! Sinon ce n’est pas beau!  » Nonobstant donc quelques considérations capillaires, le dîner se déroulera sans encombre. Nettoyage du réfectoire de nouveau, transfert des personnes âgées vers la salle de télévision ou vers leurs chambres. La journée se termine.

Dix neuf heures, repas des bénévoles. Le soleil se couche, il fera nuit à vingt heures. Le chant du muezzin résonne de nouveau dans la vallée. Partout, de la musique, des pétards. Les gens font la fête. Nous, on se contentera d’une bière, de quelques cigarettes et de la vue incroyable de la terrasse, habillée par la poussière du désert et de cette symphonie de vie dont seule Jérusalem a le secret.

Demain, une nouvelle journée bien remplie nous attend.

A suivre… 

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Pour aller plus loin:

Un mois en Palestine – #1 – Syndrome de Jérusalem

« Parmi la foule des voyageurs, pèlerins ou touristes qui se pressent à Jérusalem depuis des siècles, un petit nombre est victime de ce que les spécialistes appellent le syndrome de Jérusalem, sorte de bouffée délirante issue d’un choc émotionnel non maîtrisable lié à la proximité des Lieux saints. Chaque année, une quarantaine de personnes seraient hospitalisés à Jérusalem pour ce type de symptômes. Certains se prennent pour le Messie ou pour des personnages bibliques, haranguent les foules ou adoptent des comportements peu conventionnels, comme cette Anglaise qui, dans les années 1930, était convaincue du retour imminent du Christ et qui montait régulièrement sur le mont Scopus pour accueillir sa venue avec une tasse de thé. »

10 Juillet 2017. Retour à Jérusalem.
La première fois que j’ai posé le pied sur la Terre Sainte, j’avais 18 ans. J’ai toujours été persuadée que certains endroits dans le monde nous « attendent », en quelque sorte, comme si nous étions prédestinés à y aller. Et ce premier contact avec le Moyen-Orient fut un véritable électrochoc pour moi, qui a bouleversé ma vie. Sans me prendre pour la réincarnation de la Vierge Marie, tout là bas me fascinait. Les remparts blancs de la ville de toutes les religions m’ont émue, la première fois que j’ai pu les observer. Je me suis sentie écrasée par le poids de l’histoire, de la civilisation et de la foi qui y règnent, mêlés à ce conflit qui m’a heurtée de plein fouet. J’admirais la façon dont les gens pouvaient y être extravertis, ouverts aux autres, habitués à la débrouille et au système D. Je trouvais tout magnifique, le la Mosquée d’Omar aux sables du désert, en passant par les sourires des enfants.
Deux semaines, c’était trop peu de temps passé en Israël. J’y suis retournée une deuxième fois l’année d’après pour y faire du bénévolat dans une maison de retraite, le Home Notre Dame des Douleurs. (Documentaire Arte – Le Jardin de Jad )

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L’expérience fut bouleversante. Bercée par les chants du muezzin, la Maison est coincée entre la vallée de Jérusalem et le Mur de démarcation que les israéliens ont construit. Le Mur en lui-même, recouvert d’appels à l’aide, au secours, à la paix, est à la fois terrifiant et bouleversant. La Maison, elle, est un havre d’humanité et de paix, où se battent des Soeurs de l’ordre des Filles de Notre Dame des Douleurs pour offrir un peu de dignité à des personnes vieillissantes, majoritairement d’origine arabe. Les moyens y manquent, mais ce qui y prime, c’est la vérité qui vient du coeur. Et c’est tout ce qui compte.
J’y travaillerai un mois. Je découvre que j’aime aider les autres, travailler au contact de mon prochain. Je voyage et découvre le pays au fil des jours. Le même sentiment de plénitude et de découverte m’habite. J’y reviendrai, c’est sûr. En attendant, je décide de me lancer dans des études pour devenir éducatrice spécialisée.

Six ans ont passé. J’ai presque 25 ans, et je retourne à Jérusalem. Cette fois, j’ai envie de partager l’aura de ce pays qui m’a vue grandir par deux fois avec quelqu’un que j’aime. Je pars donc avec Charlie, vers ce qui constitue pour moi d’une certaine manière un terrain initiatique.
Retour à moi-même, donc.

Train, Orly, décollage.
Le voyage se passe à côté d’un israélien ventripotent, en costume. Probablement un ultra-orthodoxe. Il est peu loquace, dommage.

A l’atterrissage, la première chose qui me marque de nouveau, c’est la densité de l’air. D’un coup, la température augmente de plusieurs degrés, et l’air se charge de poussière, de sable et de pollution.
Arrivée à Tel-Aviv, on cherche un taxi. Un israélien sexagénaire nous propose de nous emmener où on le souhaite pour un tarif réduit, on accepte. « On va au Home Notre Dame des Douleurs sur le Mont des Oliviers, vous connaissez? » « Oui oui, bien sûr! Ne vous inquiétez pas, je connais Jérusalem comme ma poche, c’est ma ville! » Lorsque notre chauffeur découvre que nous sommes françaises, son expression s’éclaire: « Je parle français! ». Aaron nous parle de sa famille, d’Israël. Il est en retraite, et continue son activité de conducteur de taxi pour s’occuper: « Ca fait un extra, pour faire des cadeaux à mes petits enfants! ». Il nous raconte les moeurs des israéliens: selon lui il est important d’avoir un bon niveau de vie pour pouvoir trouver un ou une compagne ici. « La vie est chère! ».

Notre chauffeur roule à tombeau ouvert sur l’autoroute, slalome entre les voitures qu’il double à l’envi. « Je sais que je roule vite, c’est normal ici. Regardez ce bus, il roule vite aussi, vous savez pourquoi? C’est parce que les compagnies ici nous donnent un quota d’heures à faire par jour, sans prendre en compte les pauses. Si on ne roule pas à cette vitesse, on a pas le temps de faire de pause! » Bon, je suppose qu’on a pas le choix de la vitesse de croisière…! On traverse des paysages désertiques. De temps, sur les dunes, on peut apercevoir des villes qui y sont perchées.

« Vous voyez, là bas? C’est Ramallah. Pour les palestiniens, c’est leur capitale. J’imagine que vous connaissez les actualités…? Alors vous savez que partout où il y a des arabes dans le monde il y a des problèmes. Nous les israéliens, sommes les seuls qui savons les tenir. Avec nous, ils se tiennent tranquilles. C’est pour ça que c’est bien qu’on soit là. »
On échange un regard avec Charlie. Ce n’est pas la peine de débattre avec lui, on se tait.

Finalement, Jérusalem se dessine au bout de la route.

Mêmes remparts blancs, même effervescence qu’il y a sept ans. La ville de toutes les religions est toujours aussi belle à mes yeux.
Notre taxi se dirige vers l’opposé de notre destination. J’espère qu’il a compris ce qu’on lui a dit. « Nous allons au Home Notre Dame des Douleurs, sur le Mont des Oliviers, vous vous souvenez? Vous savez où c’est? » « Oui-oui! »
La circulation est très dense, nous sommes pris dans des bouchons. Notre chauffeur peste contre sa climatisation qui marche mal, coupe la route à plusieurs voitures, mais roule au moins à une vitesse décente. En revanche, il ne se dirige toujours pas vers lbon endroit.

 » – Voilà, nous sommes arrivés!
– Non, là c’est Notre Dame Center, un hôtel. Nous, nous voulons aller au Home Notre Dame des Douleurs, sur le Mont des Oliviers.
– Ah bon? Mais il fallait me le dire! Où c’est, votre truc? Je ne connais pas, il va falloir me guider. » Aaron opère un virage dangereux en plein bouchon en coupant la route à deux autres voitures, et repart dans la direction opposée. En voulant trouver un raccourci pour éviter les bouchons, il nous perd au sommet du Mont des Oliviers, rentre dans un cimetière et y reste bloqué, klaxonne comme un fou pour qu’on vienne dégager la route, ressort en marche arrière, repart à grande vitesse sur la route principale maintenant dégagée avant d’arriver dans le quartier de Ras Al Hamud, puis au bon endroit.
Je reconnais la station essence, le Mur, qu’il faut suivre pour arriver au Home. Enfin. Nous y sommes.

Le Home a l’air d’être le même qu’il y a sept ans. Même temporalité, même résidents. J’en reconnais quelques-uns. C’est merveilleux, j’ai l’impression de revenir dans le passé, dans un bon souvenir.
Retrouvailles chaleureuses. Rencontres. Que c’est bon d’être de retour.

Après le repas du soir entre bénévoles, je retrouve le rituel du petit verre face à la vue incroyable de la terrasse du Home, avec une cigarette. Jérusalem et sa vallée résonnent de musique, de feux d’artifice, de pétards. Les palestiniens fêteront ainsi toute la nuit les résultats du Baccalauréat.

Nous nous endormons bercés par toutes ces explosions de joie.

A suivre… 

Plus de voyage :

– Allahu Akbar – Ave Maria – Tania Kassis live  

Documentaire Arte sur le Home Notre Dame des Douleurs

– Page facebook du Home Notre Dame des Douleurs