Mood – 10/03/2022

Visite de l’incroyable Maison sculptée, 06/03/2022

Bien que l’on ne puisse plus dire que nous vivons encore vrais hivers, la saison sombre s’en va pour laisser place à la lumière. Et dans ce monde qui avance extrêmement vite, je ressens profondément le besoin de ralentir. De faire les choses à mon rythme. Peut être est ce parce que j’ai une famille maintenant ? Je ne sais pas. Mais moi qui ai exercé pendant des années des métiers tournés vers les autres, pour la première fois de ma vie je ressens sans culpabilité aucune l’envie de me consacrer à moi. Mes racines. Mes besoins. Ma famille. Mes amis. Mon entourage. Mon parcours. Mon fils.

Faire l’éloge de la lenteur, c’est étonnamment difficile dans ce monde où tout court à perdre haleine. Et d’ailleurs, je m’apprête à faire de grands changements de vie tout en tenant le choc pour sortir la tête de l’eau financièrement, et ce serait mentir que de dire que je voudrais que tout me tombe cru dans le bec. En un claquement de doigts, tout serait fait. Ma reconversion professionnelle, un petit pécule de côté pour pouvoir voyager à l’envi comme avant, l’harmonie gagnée dans ma famille et mon couple. Je suis fatiguée, après cette année 2021 qui ressembla fort à un grand ouragan au milieu duquel j’ai tenu le choc tant bien que mal. Mais bon.

Le temps des récoltes est proche, je le sens. Et sans écouter l’injonction de la société qui voudrait que tout un chacun soit accompli le plus jeune possible, ma success story à moi est encore à construire. Il faut encore avancer, pas à pas, poser des fondations, et les pierres de ce que l’on va construire ensemble. Ça a été dur, il est vrai. Mais il faut tenir encore. Les grands accomplissements ne se sont pas faits en si peu de temps, et nos rêves valent bien la peine de se battre encore. Le temps des récoltes est proche. Je le sens. De petits miracles nous parviennent déjà, à la faveur de cette lumière timide qui perce à travers les nuages.

Dans ces moments là, je me rappelle toujours de cet épisode de ma série préférée, Scrubs. J’ai toujours adoré cette balance savamment dosée entre un humour enfantin, absurde, et de belles réflexions sur la vie dont la profondeur m’a marquée jusqu’à aujourd’hui. À un moment donné, le Dr Kelso dit ces mots qui me sont restés : « Rien de ce qui vaut la peine en ce monde ne s’obtient sans mérite. » Et il avait raison, le bougre.

La paix intérieure, les rêves, l’harmonie ça se construit. Ça se travaille. Ça se mûrit, ça se patiente. Mon cœur de guerrière a encore à faire quelques pas. Et je ne m’arrêterai pas en si bon chemin.

En attendant, je suis reconnaissante du chemin parcouru. Je suis reconnaissante de ce que la vie m’a offert, de ce que j’ai vu et expérimenté, de ceux que j’ai rencontré et que l’Univers a mis sur ma route. Si je regarde derrière moi, je ne regrette rien. Merci infiniment à la Lumière ! J’ai hâte de voir la suite 🧡

Critique publiée sur Culture Metal ! 17/06/2021 – Sélection de jeux mobile : Redungeon, Cards fall et Reigns

Redungeon, développé par Nitrome

Redungeon est un jeu de plateforme en pixel art, qui propose un univers médiéval fantastique à l’atmosphère type dungeon crawler. Au moyen de douze personnages déblocables et améliorables contre des pièces ramassées au fil des parties, le joueur tentera d’avancer le plus loin possible dans un donjon rempli de pièges générés aléatoirement. Bien évidemment, la difficulté augmentera avec la distance parcourue. Chaque héros dispose de capacités spéciales qui permettent de varier le gameplay : par exemple, Kazhan peut voleter pendant une durée déterminée, Aether peut ralentir le temps pendant cinq secondes…
Le jeu de Nitrome a plutôt bien été reçu à sa sortie, avec une note de 4.5/5 sur le Play store et environ un million de téléchargements. Mais bien que l’esthétique et la difficulté joliment travaillées rendent l’expérience de jeu agréable, la répétitivité des parties font drastiquement baisser le potentiel de rejouabilité après avoir débloqué tous les personnages. J’y ai personnellement très peu rejoué par la suite! Un chouette petit jeu pour passer le temps dans les transports ou la salle d’attente du médecin, qui cependant ne durera pas longtemps dans votre bibliothèque.

Reigns, développé par Nerial

Reigns est un jeu vidéo de stratégie/puzzle sorti en 2016, développé par Nerial et édité par Devolver digital. Il est disponible sur Windows, Mac, Linux et noté 4.6/5 sur le Play store. Le joueur y incarne les rois d’une lignée, les uns après les autres. Ceux-ci devront tenter de rester le plus longtemps possible sur le trône en maintenant un équilibre entre les quatre contre-pouvoirs.
Le déroulé de la partie consiste en une succession de cartes représentant une interaction avec un personnage du jeu qui mettra le roi face à un choix. Pour y répondre, le joueur devra swiper à droite ou à gauche : chacune des décisions aura un impact sur les quatre contre-pouvoirs (trésor, armée, peuple et église) entre lesquels il faudra s’efforcer de maintenir un équilibre. Si une jauge se remplir ou se vide complètement, cela mènera à l’une des très nombreuses morts possibles du roi (consultables dans le menu principal) et donc à la fin de la partie. Plusieurs objectifs sont à remplir au fil des parties, et certaines décisions mèneront à la rencontre de nouveaux personnages (le Voyant, la Princesse Etrangère, le Médecin…) qui débloqueront de nouvelles cartes.

François Alliot a déclaré en interview avoir voulu « se moquer de la manière dont nos sociétés modernes gèrent la complexité » notamment vis à vis de la politique actuelle : le joueur est mis face à un choix binaire, et les conséquences souvent désastreuses, voire catastrophiques de ses décisions créent un sentiment d’absurdité face à la réalité de la vie du royaume qu’il dirige.

A sa sortie, Reigns a été salué par la critique (Canard pc – 8/10; Touch Arcade 5/5; Pocket gamer 8/10) et je dois dire que c’est de loin mon favori de cette sélection, que je vous recommande chaudement ! Le titre demandera un minimum de stratégie et de réflexion pour pouvoir avancer, la narration et le système de jeu sont plutôt originaux. L’histoire et l’univers sont assez fouillés pour proposer un potentiel de rejouabilité élevé. En revanche, plusieurs critiques dénotent un certain côté répétitif, 400 cartes uniques revenant souvent au cours des parties.

En 2017, le studio a sorti un second jeu. Reigns : Her Majesty permet d’incarner une reine, et apporte de nouveaux éléments de gameplay. Enfin, en 2018, Reigns : Game of Thrones permet d’incarner les personnages de la série éponyme.

Cards fall, par 717 Pixels

Cards fall est un jeu de puzzle mélangeant réflexion et inspiration roguelike. Développé par 717 Pixels, le studio nous propose un deal tout simple : tuer des monstres aux capacités différentes et interagir avec des cartes qui tombent sur le joueur. On pourra déplacer une carte par tour, et utiliser jusqu’à trois cartes d’armes et d’objets spéciaux en stock. Le personnage dispose d’un nombre de points de vie améliorables avec le leveling, et la partie se terminera lorsque la jauge de vie arrive à zéro…

Cards fall demande un minimum de réflexion pour pouvoir atteindre un score élevé, et constitue pour cela un challenge intéressant pour les méninges! En revanche, la courbe de difficulté n’est pas très bien gérée, et il devient rapidement difficile de débloquer les niveaux suivants, cartes spéciales et personnages disponibles (qui ne seront accessibles qu’après avoir atteint certains scores). Et ce défaut est bien dommage! Malgré un potentiel de rejouabilité élevé, cette difficulté croissant trop rapidement risque de décourager un certain nombre de joueurs malgré la qualité certaine de ce petit jeu de réflexion sans prétention.

A vous tous qui ne savez pas comment occuper vos séances de méditation sur le trône, vos insomnies intempestives ou encore le temps passé dans la file d’attente à la CAF, à bientôt pour une nouvelle sélection de jeux!

Fabre Minuit

Mon Instagram (partages et souvenirs de voyage) : http://instagram.com/fabreminuit

Mon journal de reconversion #2

D’aussi loin que je me souvienne, je me suis sentie différente de la masse. Très, peut-être trop sensible, animée par des choses différentes, toujours plus prompte à rêver que de m’occuper de choses concrètes, ou qui intéressaient les autres. Pendant longtemps d’ailleurs, ce fut une grande peur pour moi que celle de devoir grandir, et devenir adulte. Plus encore, le fait de me conformer à la masse m’a toujours inspirée plus de répulsion qu’autre chose. Ce monde ne m’intéressait pas, la productivité ne m’intéressait pas, et j’aspirais plus à faire de mon monde intérieur une réalité palpable que de trouver ma place dans cette société. Je suis passée par une phase de grande fragilité, de transgression, d’angoisses, et ai fait un long chemin pour trouver un semblant d’équilibre et de confiance en moi. Mais cette grande sensibilité émotionnelle, bien évidemment, reste toujours constitutive de mon identité.

On pourrait résumer l’équilibre de ma vie en trois aspects : la création, le voyage, et le rapport à l’Autre. Pour être heureuse, j’ai besoin de créer, de voyager et d’être en lien avec mes semblables. Les deux premiers éléments, jusqu’ici j’ai pu les retrouver dans ma vie personnelle. Pour ce qui est du troisième, outre ma vie sociale et familiale, il est probablement à l’origine de mon choix de faire des études pour travailler dans le social. Tout a commencé lors de mon deuxième voyage à Jérusalem à ma majorité. J’étais partie travailler en tant que bénévole, dans une maison de retraite tenue par des religieuses catholiques. Cette maison s’appelle le Home Notre Dame des Douleurs, situé à Jérusalem-Est, en plein cœur des quartiers palestiniens.

J’ai beaucoup aimé travailler avec ces bonnes sœurs. C’était un peu étrange pour moi de me retrouver dans un cadre aussi strict (même si cette rigidité est à relativiser, par rapport à d’autres congrégations) mais j’ai pourtant beaucoup apprécié vivre là-bas. Je me sentais bien au sein du Home, apaisée, ressourcée, à l’aise. Et c’est dans cet environnement spirituel lumineux que j’ai découvert que j’aimais beaucoup aider les autres. A l’époque, comme tout jeune adulte en quête de soi, j’étais un peu paumée, et ne savais pas trop bien ce que je voulais faire de ma vie. Je savais trois choses. Je n’aimais pas l’école, le théâtre me faisait vibrer et mon orientation dans une prépa littéraire à option théâtre avait échoué. Mon dossier n’était pas assez bon, et il faut le dire, heureusement que mon entrée dans cette formation a été refusée. La dureté de la prépa aurait été très violente à vivre pour moi. Mes parents, de plus, me poussaient à chercher une formation qui me permette de trouver un job alimentaire, privilégier la sécurité plutôt que de me lancer dans une voie aléatoire comme celle des arts. Moi, je rêvais de devenir comédienne, mais n’osais pas m’opposer totalement à mes parents. Alors j’avais commencé une licence de lettres modernes, sans savoir vraiment pourquoi. Et comme je ne peux pas m’impliquer dans quelque chose sans y voir un sens, je travaillais très peu et avais des résultats moyens.

Et vint donc ce bénévolat en Terre Sainte. Ces voyages ont changé ma vie, de bien des aspects, mais c’est de mon orientation professionnelle dont je souhaiterais parler ici. J’ai découvert que j’appréciais la relation d’aide, que j’aimais accompagner mon prochain en difficulté, et que j’aimais construire des solutions à la hauteur des personnes à ma charge pour arriver à leur apporter cette assistance. Soit trois aspects intrinsèques au travail social.

[A suivre…]

Educ spé’ – Récits de terrain #5

Dessin de Pavo

Educatrice spécialisée. Mon métier. Sujet à la fois de critiques et d’idées reçues, et finalement méconnu. C’est vrai ça, spécialisée en quoi ? On nous imagine altruistes, atteints d’un syndrome de super héros, on comprend mal à la fois la violence et la beauté de ces petits moments qui font notre journée de travail.
Hé oui, c’est quoi être éduc?

Avant même d’être diplômée, j’ai toujours considéré les travailleurs sociaux comme des passeurs d’histoires de vie, des mémoires à vif de la réalité de notre société actuelle. Je m’en rends compte maintenant, notre vécu sur le terrain, constitue bien plus qu’un quotidien professionnel. Que ces journées soient bouleversantes, douloureuses ou drôles, touchantes ou absurdes, elles sont bien plus que de simples journées: elles restent bien souvent gravées en nous, et deviennent constitutives de notre identité professionnelle. Et si je me livre ici, c’est que depuis ma première véritable expérience de profonde peur à mon travail, je ressens le besoin de prendre du recul sur ces tranches de vie qui font désormais partie de moi. Et pour ce faire, les partager avec qui souhaitera entendre ce que j’ai à raconter.

Pour des raisons évidentes de confidentialité, tous les noms des structures, professionnels et usagers concernés ont tous été modifiés.

Le travail social auprès de personnes en situation de grande précarité comporte à la fois de fabuleux échanges empreints d’humanité, mais aussi beaucoup de violence, qu’elle soit liée au quotidien des usagers ou à diverses situations rencontrées. Ce qui m’a marquée, c’est cette ambivalence, au plus près de la réalité de ce qu’est un être humain. J’ai souvent pensé à cette citation d’Antonin Artaud, en travaillant en stage dans ce foyer : « Là où ça sent la merde, ça sent l’Être. »

Une nouvelle journée d’effervescence dans ce foyer rouennais. Ce matin, Monsieur D a besoin d’un accompagnement à la douche, pour préparer son admission dans un nouveau foyer cet après-midi. Un des professionnels me demande de venir l’aider. J’emprunte un couloir pour me rendre à la salle de bain du rez-de-chaussée : des matières fécales sont sur le sol, visiblement quelqu’un s’est soulagé là. Il faudra prévenir le personnel d’entretien. Une fois avec Monsieur, mon collègue lui demande si ma présence ne le gêne pas. Il se tourne vers moi : « Boh, elle en a vu d’autres, hein ? ». Je le rassure : « Pas de soucis! ». L’accord est passé.

Régis, comme d’autres résidents, prend très peu soin de lui. Outre son hygiène relative, il a attrapé des poux. Laissant s’aggraver l’infestation de ces parasites dans ces cheveux pendant trois jours, il s’est gratté jusqu’au sang. Nous tentons de lui faire un shampoing, mais ses cheveux se sont collés à son crâne. Pour des raisons évidentes, et afin de ne pas le laisser ainsi, nous n’avons pas d’autre choix que de le raser à blanc.

Il refuse catégoriquement tout d’abord, ce qui est compréhensible. C’est une sacrée atteinte à son intimité, quelle qu’elle soit. Pour lui faire comprendre la nécessité d’une telle intervention, nous passons une serviette sur son dos et la lui donnons à regarder : elle est couverte de parasites. Régis consent finalement à se faire raser. Le professionnel s’exécute, et me charge de lui faire un shampoing préventif par la suite. Je me retrouve seule avec lui, pour finir le soin et lui laver la tête. Afin de le détendre et prendre un temps pour discuter avec lui de son orientation dans une autre structure d’hébergement, je lui masse le cuir chevelu. Nous discutons un peu, mon interlocuteur semble se détendre. Soudainement, mes doigts passent sur un enfoncement dans son crâne, un trou de forme angulaire. Je m’en étonne, et l’interpelle sans réfléchir :

« –C’est bizarre Régis, tu as un trou là !

Oh c’est normal, on m’a frappé avec un marteau. » Je ne dis rien, mais suis heurtée par la désinvolture dans sa voix. À l’entendre, on dirait que c’est évident, que se faire enfoncer le crâne par un coup de marteau arrive tous les jours… Je me sens attristée par le quotidien qui dut être le sien, et qui rendit cette violence normale, et acceptable. Je détourne la conversation en tentant de rester naturelle, moi aussi. Je me sens choquée, et désolée pour lui.