Journal des émotions : l’importance du lâcher prise

Comme beaucoup de gens, j’ai longtemps vécu dans le passé, ou dans le futur. Soit dans la nostalgie et l’anticipation, d’un point de vue positif, soit dans le regret et l’attente, d’un point de vue négatif. Et pendant longtemps j’ai entendu cette affirmation, sans arriver à la concevoir réellement : il est important de savoir lâcher prise.

Qu’est ce que ça veut dire, lâcher prise? Sur quoi? Et surtout comment? Ca n’est pas facile à entendre réellement. Et j’ai mis des années avant d’arriver à le travailler, et je n’ai pas fini! Car bien sûr, on met tout une vie à arriver à travailler sur soi.
Toute cette affirmation, elle repose sur une certitude : le passé est derrière nous, et le futur ne peut pas être contrôlé. On est jamais maître de ce qui peut arriver. Et ce n’est pas grave. Il faut savoir se détacher de ce qui peut être douloureux dans ce qu’on a vécu, pour pouvoir Être. Car la seule chose qui est réelle, sur laquelle on a prise, c’est l’instant présent. Et c’est dans l’instant présent que l’on peut agir, se construire, évoluer comme on le souhaite et selon ce à quoi on aspire. Grandir, dans le sens le plus beau de ce verbe.

Le passé est passé. Et s’y attacher n’aide pas à avoir confiance en soi, et se créer un mental libre, léger, libéré de toute pensée parasitante. Et c’est bien ça le but du lâcher prise : arriver à se faire confiance, être soi pour pouvoir continuer de grandir. Et il faut le comprendre : il n’y a rien à regretter dans ce que nous avons vécu, car nous sommes tous des personnes admirables, belles, et aimables aujourd’hui. Et c’est ce parcours, qui est peut-être douloureux et difficile, qui nous a mené à ce qu’on est aujourd’hui. C’est la somme de nos actes passés et de notre vécu qui fait la personne que l’on est aujourd’hui. Alors il n’y a rien à regretter, et il faut avancer.

L’instant présent, c’est une promesse. On peut tout y inscrire. On peut agir, changer, construire l’édifice de la personne que l’on souhaite devenir. Et il n’est jamais trop tard pour s’y mettre, une fois qu’on a réussi à lâcher prise.

Journal des émotions : l’angoisse (1/2)

L’angoisse. Encore un fardeau que j’ai trop bien connu pendant des années. Associée à la peur, c’est un terrible kaléidoscope qui déforme la moindre parcelle de réalité pour la rendre terrifiante et douloureuse. Toute la vie prend un tour compliqué, il faut envisager chaque situation rencontrée, chaque petite action avec la plus grande prudence du monde. Sinon, si on se laisse aller à ses griffes, à ce monstre qui habite nos entrailles, c’est foutu…

Mon monstre à moi, il est fait d’acide et de dents acérées. Je connais par cœur son mode opératoire. En général, il se réveillait avec ma peur de l’abandon, du jugement, ou de la trahison. Et lorsque je rencontrais un déclencheur, c’était d’abord mon mental qui le réveillait : les pensées se réveillent, s’agitent, se débattent de plus en plus vite jusqu’à créer un brouhaha qui envahit ma tête entière et ne laisse la place pour rien d’autre. Ensuite, lorsque le bourdonnement est revenu, ma gorge se serre, ma poitrine devient lourde et mon estomac se tord, s’acidifie, comme s’il y s’écoulait de l’acide sulfurique. Dans mes vieux textes, j’imaginais qu’une lame de scie sauteuse tournait dans ma tête et qu’un bidon d’acide se vidait dans mon estomac. Cette métaphore est toujours très adaptée à mes yeux. Et cet état physique global fait monter une tension émotionnelle en moi qui finit par serrer mon cœur, de plus en plus, jusqu’à ce que je pleure. Jusqu’à ce qu’arrive le point culminant de la crise, en fait.

Le processus pour arriver à ce point culminant me prenait plusieurs heures, voire une journée entière. Et lorsque j’arrivais à calmer tout ça, avec le soulagement venait à chaque fois la fatigue, et la culpabilité d’avoir perdu une journée à gérer mon angoisse. En général, je parlais à quelqu’un de ce que je ressentais, soit mon conjoint de l’époque ou ma mère, ou encore quelques amis très proches. Si cela ne m’aidait pas, je jouais à un jeu vidéo (un média basé sur une interaction permanente entre le support et le joueur constitue un parfait outil de blocage des pensées), ou dormais. Chacun ses petites techniques pour calmer les crises, jusqu’à l’apparition du prochain déclencheur.

Pour commencer à vraiment travailler sur moi-même et me sentir mieux, il m’a fallu apprendre à gérer cet état récurrent qui me pourrissait la vie. Apprendre à contrer les symptômes, écouter mon corps et mes émotions, mieux les comprendre et apaiser mon angoisse plutôt que de la refouler.

Le livre « Le pouvoir de l’instant présent » de Eckhart Tolle m’a aidée à faire le premier pas.

[A suivre…]