Mon journal de reconversion #17

Sans titre

Chapitre 2: écrire une nouvelle vie

C’est avec beaucoup d’émotions partagées que je quittai le foyer pour mineurs isolés étrangers, après dix huit mois d’une intensité folle. Je m’étais indubitablement attachée à mes jeunes. J’ai même décidé de parrainer l’un d’entre eux. Mes collègues, eux aussi, allaient me manquer. J’avais rarement croisé une équipe comme celle ci, et tous sont attachants chacun à leur manière. Eh oui ! Malgré un contexte, des moyens, des conditions de travail scandaleuses sur beaucoup de points, il y a toujours du bon à retirer d’une histoire… Et c’ est clair que j’aurai grandi encore, vécu une expérience humaine d’une sacrée richesse. Il me faut bien le dire, quitter cet établissement m’aura enlevé un sacré poids des épaules. J’ai retrouvé une sérénité que j’avais perdue depuis un moment.

Je restai une semaine à me reposer, et recommençai à chercher du travail. J’avais envie de découvrir complètement autre chose, alors je me décidai à postuler dans un Ehpad rennais. J’avais déjà de l’expérience dans le service à la personne, travaillé en Palestine auprès de personnes âgées, et beaucoup apprécié ce public. J’étais aussi curieuse de voir la réalité de ces structures en France, autour desquelles il se raconte beaucoup de choses. J’ai donc envoyé mon CV, pour voir.

On m’a rappelée vingt quatre heures plus tard, et le jour qui suivit j’obtins un entretien d’embauche. Il fut concluant. Je démarrai donc un contrat en tant qu’agente d’hébergement auprès du CCAS, pour une nouvelle expérience riche mais non moins harassante.

Que dire sur les maisons de retraite ? Au début, j’y ai retrouvé ce que j’appréciais dans le service à la personne, et ma fonction m’a apporté ce que je recherchais : à ma prise de poste, une liste de tâches à accomplir, que je menais à bien. Et puis je rentrais chez moi. Pas de stress, pas de travail en retard, plus de nuits sans sommeil à checker mes listes de choses à faire pour être sûre de n’avoir rien oublié. L’esprit libre à la sortie de mon travail. Je commençais à formuler mon souhait de réfléchir à construire ma vie professionnelle autrement, et ce job allait me le permettre. J’appréciais le rythme soutenu des journées de travail, qui passaient très vite. Et encore une fois, quelques collègues constituèrent de fabuleuses rencontres.

Passons malgré tout aux bémols… Mon Ehpad est à considérer comme étant un bon établissement. Les moyens sont là, chaque résident qui avait besoin d’un appareillage spécifique (verticalisateur, lève personne…) était équipé dans son logement, par exemple. L’équipe était dans l’ensemble bienveillante et à l’écoute des personnes accompagnées. Sans aucun doute. Le problème tenait surtout au manque de personnel, aux difficultés de recrutement rencontrées par la direction (il faut dire que le travail en Ehpad n’est pas très attractif) et à la taille de plus en plus imposante des tâches à effectuer pendant le service. Cet état de fait demandait un sens très aigu de l’organisation, et nous faisait courir des kilomètres tous les jours. J’ai marché plusieurs fois entre sept et huit kilomètres en une journée de travail (podomètre à l’appui). Si on ajoute à cela la manutention de personnes, les lits à faire, le ménage, les postures à prendre de nombreuses fois par jour… Forcément ça épuise. Ça use le corps. On est moins disponible.

Car les premiers à pâtir de cette situation, ce sont bien évidemment les résidents.