Once I was a teenager – Maxwell

Extrait d’une pièce écrite en classe de première, au Lycée

Maxwell – Et toi Jake, t’as la réponse aux questions qui m’empêchaient de dormir ? T’as un baume à la solitude, à l’abstinence sexuelle forcée par l’isolem social, à tous leurs putains de complexes psychanalytiques à la con? T’as une solution pour devenir un homme, un vrai ? (Pensif) Tu seras un homme, mon fils…

Comment réussir à ne pas rater sa vie, hein? À ne pas la gâcher ? Comment savoir si le bonheur n’est pas dans leurs publicités, dans une vie superficielle, loin de la recherche de soi et des angoisses existentielles en forme de points d’interrogation insolubles ? Comment réussir à faire de leur consommation le but de notre vie, est ce vraiment le modèle que l’on devrait suivre ? Qui sait…?

(A Jake) Dans quelle mesure pouvons nous dire  qu’on l’a ratée, cette vie? (Un silence.) Rolex. Ferrari. Moulinex. Porsche. Samsung. Mont Blanc. Danone. Macintosh. Total. Carrefour. Coca-Cola. Ikea. Tiffany’s. Cheap Monday. Converse. Toutes ces conneries. Comment savoir où se trouve notre idéal de vie, celui qui nous accomplirait pleinement, hors et loin de cette vie de devises et d’argent gagné ?

T’es-t-il déjà arrivé de te sentir dépassé, submergé, écrasé par tes angoisses et tes questions ? Moi oui. Perpétuellement. Je n’ai jamais été et ne serai jamais sûr de rien mais une chose est certaine. J’ai toujours eu peur. Toujours. De tout. Immensément. Peut être est ce pour cela que j’ai tué, que j’ai assassiné, que je suis devenu un monstre. Je ne sais pas. Je n’en sais rien. Peut être est-ce par peur que j’ai tué avant de me tuer. (Encore un instant) Je ne sais pas quel écrivain a publié ces lignes, mais elles me sont restées en tête depuis le moment où je les ai lues:  » Il existe une chose plus abjecte que le meurtre, c’est de pousser au crime celui qui n’était pas fait pour lui. » C’est Camus, je crois. Je…

Maxwell tourne de l’oeil, s’effondre sur sa chaise, inconscient. Ian attrape les poignées et l’emmène vers les coulisses. Jake les arrête.

Jake – Eh! Mais qu’est ce que vous faites ?!

Ian – Les sédatifs ont fait effet.

[NOIR]

Critique publiée sur Culture Metal ! 17/06/2021 – Sélection de jeux mobile : Redungeon, Cards fall et Reigns

Redungeon, développé par Nitrome

Redungeon est un jeu de plateforme en pixel art, qui propose un univers médiéval fantastique à l’atmosphère type dungeon crawler. Au moyen de douze personnages déblocables et améliorables contre des pièces ramassées au fil des parties, le joueur tentera d’avancer le plus loin possible dans un donjon rempli de pièges générés aléatoirement. Bien évidemment, la difficulté augmentera avec la distance parcourue. Chaque héros dispose de capacités spéciales qui permettent de varier le gameplay : par exemple, Kazhan peut voleter pendant une durée déterminée, Aether peut ralentir le temps pendant cinq secondes…
Le jeu de Nitrome a plutôt bien été reçu à sa sortie, avec une note de 4.5/5 sur le Play store et environ un million de téléchargements. Mais bien que l’esthétique et la difficulté joliment travaillées rendent l’expérience de jeu agréable, la répétitivité des parties font drastiquement baisser le potentiel de rejouabilité après avoir débloqué tous les personnages. J’y ai personnellement très peu rejoué par la suite! Un chouette petit jeu pour passer le temps dans les transports ou la salle d’attente du médecin, qui cependant ne durera pas longtemps dans votre bibliothèque.

Reigns, développé par Nerial

Reigns est un jeu vidéo de stratégie/puzzle sorti en 2016, développé par Nerial et édité par Devolver digital. Il est disponible sur Windows, Mac, Linux et noté 4.6/5 sur le Play store. Le joueur y incarne les rois d’une lignée, les uns après les autres. Ceux-ci devront tenter de rester le plus longtemps possible sur le trône en maintenant un équilibre entre les quatre contre-pouvoirs.
Le déroulé de la partie consiste en une succession de cartes représentant une interaction avec un personnage du jeu qui mettra le roi face à un choix. Pour y répondre, le joueur devra swiper à droite ou à gauche : chacune des décisions aura un impact sur les quatre contre-pouvoirs (trésor, armée, peuple et église) entre lesquels il faudra s’efforcer de maintenir un équilibre. Si une jauge se remplir ou se vide complètement, cela mènera à l’une des très nombreuses morts possibles du roi (consultables dans le menu principal) et donc à la fin de la partie. Plusieurs objectifs sont à remplir au fil des parties, et certaines décisions mèneront à la rencontre de nouveaux personnages (le Voyant, la Princesse Etrangère, le Médecin…) qui débloqueront de nouvelles cartes.

François Alliot a déclaré en interview avoir voulu « se moquer de la manière dont nos sociétés modernes gèrent la complexité » notamment vis à vis de la politique actuelle : le joueur est mis face à un choix binaire, et les conséquences souvent désastreuses, voire catastrophiques de ses décisions créent un sentiment d’absurdité face à la réalité de la vie du royaume qu’il dirige.

A sa sortie, Reigns a été salué par la critique (Canard pc – 8/10; Touch Arcade 5/5; Pocket gamer 8/10) et je dois dire que c’est de loin mon favori de cette sélection, que je vous recommande chaudement ! Le titre demandera un minimum de stratégie et de réflexion pour pouvoir avancer, la narration et le système de jeu sont plutôt originaux. L’histoire et l’univers sont assez fouillés pour proposer un potentiel de rejouabilité élevé. En revanche, plusieurs critiques dénotent un certain côté répétitif, 400 cartes uniques revenant souvent au cours des parties.

En 2017, le studio a sorti un second jeu. Reigns : Her Majesty permet d’incarner une reine, et apporte de nouveaux éléments de gameplay. Enfin, en 2018, Reigns : Game of Thrones permet d’incarner les personnages de la série éponyme.

Cards fall, par 717 Pixels

Cards fall est un jeu de puzzle mélangeant réflexion et inspiration roguelike. Développé par 717 Pixels, le studio nous propose un deal tout simple : tuer des monstres aux capacités différentes et interagir avec des cartes qui tombent sur le joueur. On pourra déplacer une carte par tour, et utiliser jusqu’à trois cartes d’armes et d’objets spéciaux en stock. Le personnage dispose d’un nombre de points de vie améliorables avec le leveling, et la partie se terminera lorsque la jauge de vie arrive à zéro…

Cards fall demande un minimum de réflexion pour pouvoir atteindre un score élevé, et constitue pour cela un challenge intéressant pour les méninges! En revanche, la courbe de difficulté n’est pas très bien gérée, et il devient rapidement difficile de débloquer les niveaux suivants, cartes spéciales et personnages disponibles (qui ne seront accessibles qu’après avoir atteint certains scores). Et ce défaut est bien dommage! Malgré un potentiel de rejouabilité élevé, cette difficulté croissant trop rapidement risque de décourager un certain nombre de joueurs malgré la qualité certaine de ce petit jeu de réflexion sans prétention.

A vous tous qui ne savez pas comment occuper vos séances de méditation sur le trône, vos insomnies intempestives ou encore le temps passé dans la file d’attente à la CAF, à bientôt pour une nouvelle sélection de jeux!

Fabre Minuit

Mon Instagram (partages et souvenirs de voyage) : http://instagram.com/fabreminuit

Educ spé’ – Récits de terrain #9

Dessin de Pavo

Educatrice spécialisée. Mon métier. Sujet à la fois de critiques et d’idées reçues, et finalement méconnu. On nous imagine altruistes, atteints d’un syndrome de super héros, on comprend mal à la fois la violence et la beauté de ces petits moments qui font notre journée de travail. C’est quoi être éduc?

J’ai toujours considéré les travailleurs sociaux comme des passeurs d’histoires, des mémoires à vif de la réalité de notre société actuelle. Je m’en rends compte, notre vécu sur le terrain constitue bien plus qu’un quotidien professionnel. Que ces journées soient bouleversantes, douloureuses ou drôles, touchantes ou absurdes, elles sont bien plus que cela et restent bien souvent gravées en nous, devenant constitutives de notre identité professionnelle. Et si je me livre ici, c’est que depuis ma première véritable expérience de peur à mon travail, je ressens le besoin de prendre du recul sur ces tranches de vie qui font partie de moi. Et pour ce faire, les partager avec qui souhaitera entendre ce que j’ai à raconter.

Pour des raisons de confidentialité, tous les noms des structures, professionnels et usagers ont été modifiés.

***

Une chaude après midi d’été dans ce foyer pour mineurs isolés. Une tablée a été dressée dans la cour, autour de laquelle sont assis travailleurs sociaux et jeunes pour partager un repas. Aujourd’hui, des artistes son venus pour présenter leur travail, en parallèle de leurs représentations qui se tiennent en ce moment dans les alentours. Leur projet est basé sur un enregistreur de leur cru, qui ressemble à un vieux gramophone. Ils l’ont emmené en voyage un peu partout, et ont demandé à des gens de leur chanter des chansons traditionnelles. Cette banque sonore multiculturelle constitue la base de leur spectacle.

Une femme chante pour les jeunes, puis un autre artiste leur présente quelques enregistrements en leur expliquant d’où viennent les chants avant de les faire entendre. Est-ce la chaleur écrasante? Les jeunes paraissent peu intéressés, peu réactifs au travail des deux artistes. Je discute avec T., qui me dit comprendre le dialecte d’une chanson, même si elle ne vient pas de son pays. Nous entamons un échange sur les différentes ethnies présentes dans la partie d’Afrique dont il est originaire, mais soudain il s’interrompt alors qu’un chant guinéen commence à retentir.

On a soudain l’impression qu’on a rallumé la lumière dans les yeux des jeunes. Ils se regardent entre eux, l’air de dire « oh! mais je comprends cette langue? »! Spontanément, les mains se mettent à battre le rythme, et F., un jeune expansif, se lève d’un bond et commence à entamer des pas de danse improvisés. Les autres l’accompagnent de sifflements pour l’encourager, galvanisés par le plaisir d’entendre une langue qui vienne de leur pays. L’émulsion dure le temps de la chanson, et met un sourire sur toutes les lèvres. Puis le silence revient, les clappements cessent et F. se rassoit. J’aurais aimé que ce moment dure plus longtemps…!

Ce sont des moments comme celui-ci qui me font aimer mon travail. Ces instants fugaces, empreints d’éternité, de complicité, d’humour, de liens qui se créent entre usagers et professionnels sans que rien ne soit prévu, au hasard de la vie, des moments dont l’humanité constitue le fil rouge. Après ces journées-là, je prends bien soin de garder par devers moi ces instants qui subliment la couleur de la vie comme des petites lumières magnifiques. Grâce à eux, je trouve de la force pour affronter les difficultés professionnelles à venir.
Qu’y a-t-il de plus beau que le partage?

Voyage en terres contées – publication associative, le rêve se réalise!

Il y a un an, nous partions sur les routes, un projet dans notre besace. Ce projet, c’était celui d’écrire un livre sur le voyage. Munis d’un pass Interrail, nous avons fait le tour de l’Europe dans le but de récolter des contes populaires, tout en écrivant un journal. L’idée était de retranscrire ces notes prises au jour le jour, tout en y incorporant ces morceaux d’extraordinaire. Nous avons donc traversé la France, l’Allemagne, la Pologne, la Lituanie, l’Ukraine, la Roumanie, la Hongrie, la Slovaquie, la République tchèque, et la Suisse pendant les deux mois de l’été 2019. Et une fois de retour, nous nous sommes mis au travail.

Un an et beaucoup, beaucoup, beaucoup d’heures d’écriture, de dessin, de réunions, de mises au point et en page, je suis fière de vous presenter le fruit de ce long et passionnant labeur, qui sera le premier livre d’une collection consacrée au voyage et aux mythes et légendes.
Notre ouvrage, « Voyage en terres contées, De la foret noire aux collines de Bucovina » est désormais disponible à la vente sur le lien ci dessous.
Notre rêve est enfin sur le point de se réaliser : dans un mois, on pourra enfin lire le récit de nos aventures dans un livre qui est déjà disponible en prévente pour la modique somme de 15€, imprimé sur du joli papier recyclé!
La majorité des ventes se fera sur internet, alors si vous le souhaitez, c’est le moment !

A tous ceux qui se procureront notre livre, un grand merci du fond du coeur ❤️ nous espérons que cette lecture vous plaira!


Emma, Stélan, Antonin et Aya, alias Fabre Minuit https://tirage-de-tetes.fr/produit/voyage-en-terres-contees-de-la-foret-noire-aux-collines-de-bucovina-stelan-darras-aya-gerard-et-antonin-briand-ill/

Cimetière de Sapanta, Roumanie

The Haunted World of El Superbeasto – chronique culturelle sur Nofrag (8/04/2018)

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Ce mois-ci, je vous propose de vous munir de bières pour une soirée film. On va parler d’un dessin animé bien particulier. Et puisque je n’ai pas envie de me fouler pour introduire cette chronique, je commencerai par une petite question. Vous-êtes vous déjà demandés ce que pourraient donner des zombies nazis, des stripteaseuses, satan, des catcheurs mexicains et un robot érotomane rassemblés dans un film ? Moi non plus. Mais Rob Zombie a tout de même la réponse.

Vous connaissez Rob Zombie ? Allez, on va dire que non. Derrière ce nom digne d’un chasseur de monstres tout droit sorti d’un film Z, il y a un chanteur/compositeur de métal, issu de la scène indus américaine. Il a créé le groupe White Zombie, pour ensuite se faire connaître avec le groupe qui porte son nom. Mais l’artiste est aussi connu pour son attrait plutôt prononcé pour le cinéma de genre, les slashers et autres films de monstres. Il compte aussi une carrière de réalisateur, scénariste, acteur de doublage, réalise ses clips et de temps en temps des pubs. Il compte sept longs-métrages à son actif. Il a réalisé notamment un remake d’Halloween (le classique de John Carpenter), des slashers sympathiques (31La Maison des 1000 Morts), dépeint des univers plutôt sombres (Lords of Salem) et aime globalement nous offrir des longs-métrages volontairement gore et transgressifs. Son film culte s’appelle The Devil’s Rejects (2005), et fait suite à La Maison des 1000 morts. Dans une ambiance très road-movie, il raconte la cavale meurtrière de la famille Firefly, une bande de tueurs psychopathes dégénérés. Là où le film a marqué les fans de Robbie, c’est dans sa narration. Le point de vue d’identification du spectateur est inversé pendant le déroulement de l’histoire, et nous amène à nous attacher à des personnages abjects. Le réalisateur le fait d’une manière très subtile, en jouant avec l’imagerie d’identification normalement réservée aux héros au cinéma.
Mais je ne suis pas là pour faire une review de la filmographie de Rob Zombie ! Si vous ne connaissez pas son univers, je vous invite à le découvrir Toutes ses réalisations valent le coup d’oeil, et comptent parmi elles quelques petites surprises un peu moins connues.
Si j’aime beaucoup Rob Zombie, c’est en grande partie pour sa liberté de ton. Qu’on aime ou pas sa musique et ses films, le réal s’est toujours débrouillé pour raconter ce qu’il voulait, quelles que soient les circonstances. Tous ses films font la part belle à l’ultraviolence, au sexe explicite et globalement à un bon nombre de transgressions morales tout en rendant hommage à un large pan du cinéma de genre, à un tel point qu’on pourrait se dire que son véritable art a toujours été d’arriver à raconter ce qu’il voulait en passant outre les barrières des bonnes moeurs. Peut-être faudrait-il rappeler qu’il s’est coupé de beaucoup de producteurs hollywoodiens en se fâchant avec les frères Weinstein ? A l’époque pré #metoo, il fallait en avoir dans le caleçon.
Auprès du grand public, ses réalisations ne font pas l’unanimité. Et c’est souvent cette violence décomplexée qui lui est reprochée. Mais cantonner l’artiste au genre du torture porn serait une erreur, et The Devil’s Rejects en est un exemple type par son concept osé et malaisant. Il est un peu plus qu’une espèce de sadique visant à choquer son audience par tous les moyens. Qu’on aime ou pas les histoires de psychopathes dégénérés et de sorcières sataniques, son univers reste sans concession mais sincère. A prendre ou à laisser !

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The Haunted World of El Superbeasto (2009) est un dessin animé scénarisé par Rob Zombie et Mr Lawrence, acteur de doublage sur le dessin animé Bob l’Eponge. Il est basé sur un comics écrit par le chanteur. A sa sortie aux USA, il a été interdit en salles aux mineurs, pour son contenu violent et sexuellement explicite. Sa recette est en effet très simple : du sexe, des filles, des zombies nazi, du sang, des références cinématographiques au quintal, un singe libidineux, des scénaristes qui assument le délire jusqu’au bout, et une bonne grosse dose d’humour débile. Personnellement, il n’en faut pas plus pour me plaire !

“Il était une fois, dans le monde des films d’horreur, un catcheur mexicain star du X, nommé El Superbeasto. Il manie aussi bien ses poings que la drague lourdaude, qu’il pratique tous les soirs dans son club de striptease préféré. Suzy X, sa soeur, est une espionne internationale “tueuse de sacs à merde”, excellant dans l’art de la décapitation de zombies nazi. Elle est la créatrice de Murray, un robot érotomane.
Tout bascule le soir où ‘Beasto assiste à une danse de la stripteaseuse Velvet von Black. Elle qui “est plus addictive qu’une montagne de crack”, et qui “vous rend plus dur qu’un cours de maths”, fait un effet boeuf au catcheur qui (a soudain furieusement envie de se la faire) en tombe amoureux. Mais le Dr Satan la fait kidnapper par son singe domestique: la belle possède LA marque impie (un tatouage 666 sur la fesse droite), qui lui permettra d’accomplir une prophétie censée le rendre surpuissant. Il doit pour cela s’unir avec elle, et en faire sa femme. Notre duo héroïque se lance alors à la poursuite des ravisseurs, pour tenter de sauver le monde ! ”

Comme d’habitude avec le réalisateur, le dessin animé n’est pas apprécié de tous, même parmi ses fans. Les principales critiques pointent un humour lourdaud et gratuit, tant dans son côté érotique que dans son univers inspiré du cinéma de genre. Et c’est vrai qu’on peut admettre que Robbie s’est lâché. Dès les cinq premières minutes, on a droit à une scène de sexe à la sauce tomate pour le moins étrange, qui donne le ton pour le reste du film ! Du coup, point de sous-texte philosophique sur la noirceur de l’âme humaine ici : il ne faut pas chercher un sens, il n’y en a pas ! Le film est un délire du réal qui en assume complètement la vacuité, et va jusqu’à prévenir son spectateur : dans une scène d’ouverture reprise quasiment mot pour mot de celle du Frankenstein de 1931, on met le spectateur au parfum. Ce qu’il s’apprête à visionner est violent, idiot, gore et salace. « Mr Rob Zombie pense qu’il serait un peu méchant de présenter ce film sans un léger avertissement. ». Le spectateur est prévenu, à lui de choisir s’il suit les conneries du réal, ou pas.

Mais plus qu’un délire/défouloir érotico-horrifique, The Haunted World of El Superbeasto reste attachant et hilarant à mes yeux. Outre sa multitude de gags, ce qui me plaît le plus dans ce film tient à sa réalisation. Le rythme est trépidant, ne laisse aucun répit au spectateur, défonçant le quatrième mur un nombre incalculable de fois jusqu’à en devenir imprévisible, sauvant par la même occasion ses vannes des écueils graveleux dans lesquels il aurait pu tomber en créant une surprise sans cesse renouvelée. Superbeasto s’assume complètement de A à Z (peut-être devrait-on dire de X à Z), et recherche en permanence l’interactivité avec son spectateur à la manière d’un Bugs Bunny sous amphétamines. Que ce soit dans les chansons ou les dialogues, les scénaristes prennent sans cesse du recul sur ce qu’ils ont écrit pour entrer en connivence avec le public : dans une scène très fortement inspirée de Carrie de Stephen King, une voix off dénonce le plagiat “Depuis que le film a commencé, cette partie est la plus débile”. C’est facile, mais on t’avait prévenu ! Peut-être que c’est cette honnêteté qui fait que la recette du film marche ? Toujours est-il que j’ai pris un plaisir mi-nanardesque mi-défouloir à regarder The Haunted World of El Superbeasto, qui m’a fait passer un excellent moment. Et j’ai ri. Beaucoup.

Pour ceux qui connaissent Zombie, on retrouve son univers et ses références dans ce film, de son amour pour les loups-garous au culte qu’il voue au postérieur de sa femme. Puisqu’il est un énorme fan de films de genre, le réalisateur a surchargé Superbeasto d’une mégatonne de références. Le style graphique est très cartoonesque, l’animation largement inspirée du style Nickelodeon, et le film grouille de caméos plus ou moins gratuits. Entre autres, on aura droit à Jack Torrance qui donne un coup de hache à la mouche de Cronenberg, la Créature du Lagon Noir en train de faire un cunilingus à la Fiancée de Frankenstein, Captain Spaulding pelotant les fesses de Suzy X, Edward aux Mains d’Argent qui fait la queue pour entrer en boîte, Michael Myers en victime d’accident de la route… De quoi remarquer des petits détails à chaque visionnage.

Les acteurs se mettent au diapason du délire avec un plaisir très manifeste. Ils sont tous excellents, et la muse Sheri Moon (sa femme, donc) ne fait pas exception. La BO du film comporte elle aussi quelques perles : mention spéciale à la chanson qui accompagne le combat entre Suzy X et Velvet, durant laquelle on apprend que se lustrer le champignon sur un animé c’est ok, les japonais le font tous les jours. L’ensemble est d’ailleurs agréable à écouter, et accompagne très bien le rythme du film.

Passé le premier abord d’humour gras, c’est donc un dessin animé trépidant, drôle et bien fait que je vous propose de regarder ce mois-ci. J’y mettrai un bémol : si vous n’aimez pas le cinéma de genre, je ne pense pas que ce film vous plaira. Mais de mon point de vue, il est à voir au moins une fois ! Pour être tout à fait franche, l’écriture de cette suggestion a été compliquée. C’est difficile d’expliquer pourquoi un film aussi borderline est génial, mais je l’ai personnellement adoré. The Haunted World of El Superbeasto est très peu connu en France, même pour les fans de Rob Zombie. Et je pense qu’il gagnerait à l’être.
Que vous dire de plus ? Si toutefois vous aimez le cinéma de genre, l’humour gras, les zombies nazi, les pin-up capables d’assommer un importun d’un coup de sein bien placé, le jeu Twister, trouver mille et unes manières de qualifier un vagin, les châteaux gothiques, Dr Jekyll et la famille Firefly, Goldorak, les ailes de poulet épicées et les catcheurs mexicains, procurez-vous le film ! (promis, on ne dira rien si vous le téléchargez…) Quitte à avoir une indigestion de références pop-culturelles, ce sera toujours mieux que Ready Player One !

Le Corps Exquis – chronique culturelle sur Nofrag (4/02/2018)

Ce mois-ci, pour reprendre ce qui fut la Suggestion de la Semaine, on va parler meurtre, sexe, cannibalisme et relations homosexuelles ! Parce qu’on aime le sang et la violence, mais aussi parce que le bouquin que je vais vous conseiller n’est pas à mettre entre toutes les mains. Il faut certainement être un peu sociopathe pour apprécier ce livre (ce qui doit être mon cas), car l’auteur nous y offre ce qui constitue, à ma connaissance, l’une des plongées dans la psyché d’un serial-killer parmi les plus réalistes jamais écrites. Ceci dit, si vous êtes amateur de fantastique/horreur/trash et que vous ne savez pas quoi lire, procurez-vous ce chef-d’œuvre de perversion. Si vous avez le cœur accroché, vous ne le regretterez pas. J’ai découvert Le Corps Exquis par le conseil d’un ami, avec qui je partage la passion de lire et écrire des dégueulasseries. Dieu sait que j’en ai lu des choses bizarres, dans ma vie! Mais ce qui m’a intriguée dans le cas de ce livre, c’était surtout le fait qu’il avait réussi à donner envie de vomir à des gens. Et il ne m’a pas déçue…

Le Corps Exquis est donc un ouvrage de Poppy Z. Brite (qu’il faut désormais appeler Billy Martin), un auteur américain de bouquins qui oscillent entre gothique, underground, fantastique et splatterpunk (en gros l’art et la manière de raconter les mœurs de gens pas tout à fait nets qui aiment pratiquer la violence sadique sans aucune justification). Sa bibliographie est aujourd’hui classée parmi celles des plus grands auteurs du genre, avec Stephen King et Lovecraft. Ses œuvres traitent de perversion, d’horreur sous beaucoup de formes, de sexe, souvent gay, et d’ultraviolence, souvent décrite avec une froideur chirurgicale. Le Corps Exquis est son livre le plus connu, et non sans raison. Très marquant par sa violence gore et sa froideur psychopathique, je ne connais personne que sa lecture a laissé indifférent. Moi la première. Même son auteur a fini par renier son travail, pour prendre sa retraite !

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Poppy Z. Brite

Pour commencer, quelques citations d’avis de lecteurs tirées du site Babelio :

« J’ai failli vomir à chaque phrase. C’est insoutenable d’horreur, de torture, de cruauté, de sang et de boyaux… Le tout en description détaillées. »
« On se retrouve au milieu d’une histoire morbide et malsaine, éprouvante et violente. Les mots employés par l’auteur son crus, durs, dérangeants. Ils sont sales. »
« J’ai dû reposer le roman à plusieurs reprises, à la limite du haut-le-coeur. »
« Je ne peux pas dire que je n’ai ressenti aucun dégoût, ma lecture m’a bien arraché un ou deux beurk, mais rien ne m’a fait poser ce livre. Jusqu’à la dernière page j’ai vécu dans cette ambiance glauque, repoussant toujours plus loin mon seuil de tolérance. »

Le Corps Exquis raconte en gros l’histoire d’amour d’un couple de tueurs en série homosexuels. Andrew Compton est un psychopathe nécrophile, et Jay Byrne est cannibale et nécrophage. Le premier est inspiré de Ted Bundy, un tueur en série américain qui violait, tuait, maquillait et démembrait des jeunes filles (pas forcément dans cet ordre) et le second de Jeffrey Dahmer, dont les hauts faits incluent le viol et démembrement de jeunes garçons, à partir desquels il se fabriquait des casse-croûtes.
Le récit commence avec l’évasion d’Andrew, incarcéré pour 23 meurtres. Dans le but de se reconstruire une nouvelle vie, il s’envole pour la Nouvelle Orléans des années 1990, pour atterrir dans le quartier du Vieux Carré en proie aux prémisses de l’épidémie du sida. Les deux tarés se rencontrent, s’aiment, et découvrent les joies de la vivisection humaine pratiquée à deux. On suit à côté le parcours de Tran et Luke, un second couple gay sulfureux (mais pas autant que le premier) qui deviendra bientôt la victime des hobbys un peu inavouables de nos deux protagonistes.

Ted Bundy / Jeffrey Dahmer

Pourquoi ce livre est-il si dérangeant ? Parce que Poppy/Billy choisit d’adopter un point de vue objectif quant à sa narration, entrant sans distinction morale dans la tête de Luke comme dans celle d’Andrew, dans l’intimité de Jay comme dans celle de Tran. On devient témoin de leurs angoisses, ambitions et autres pensées les plus secrètes, jusqu’à être amenés à s’identifier à des personnages capables des pires horreurs. D’autre part, qualifier l’histoire de malsaine, glauque, ou de dégueulasse serait un sacré euphémisme. Je parlais plus haut du côté chirurgical du style de l’auteur: en plus de raconter des scènes de meurtres particulièrement sadiques, il les dépeint avec une précision qui fait ressentir au lecteur la texture du sang qui gicle, le son d’un os qu’on brise, la couleur des tendons mis à nu, l’odeur de la mort, et autres colchiques dans les prés. Oh, et je vous ai parlé des scènes de sexe explicites ?

Pourquoi c’est génial ? Parce que la plongée dans la psyché de ces personnages atroces et fascinante, tant elle est bien écrite. Décrits par Poppy, les milieux marginaux deviennent criants de vie, l’horreur réaliste devient quasiment poétique, l’anatomie humaine devient dentelle, les monstres réalistes deviennent humains, la déviance et son appétit insatiable resplendissent magistralement. L’histoire entrecroise psychose et milieux underground, jazz Dixieland et culture gothique, cannibalisme et gastronomie (coucou Hannibal), pour nous repousser sans cesse dans nos retranchements. Poppy se charge pour nous d’exploser sans vergogne un sacré nombre de tabous que seul un sociopathe pourrait assumer : mort, sexe, drogues, meurtre, et déviance n’ont jamais été aussi jouissifs que sous sa plume, à mon sens. En bref, j’ai dévoré ce livre il y a 6 ans (déjà), et j’en ai un souvenir marqué au fer rouge !

Si vous êtes comme moi un peu pervers et que vous voulez vous procurer Le Corps Exquis, sachez cependant qu’il n’est plus édité et qu’il peut se négocier à 20€ en poche si vous l’achetez en librairie. Heureusement, beaucoup d’ignorants revendent leur exemplaire à cinq ou six euros sur internet.

Double Détente – chronique culturelle sur Nofrag (13/05/2018)

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Ce mois ci, back to the eighties ! Double Détente est un buddy movie, soit un film consistant à associer deux héros très différents dans le cadre d’une enquête, qui deviendront amis à la fin. (Vous avez vu l’Arme Fatale ?) Tout l’intérêt de ce genre consistait à renouveler les films policiers de l’époque, par la dynamique de couple créée avec les deux protagonistes. Le film qui nous intéresse aujourd’hui est sorti le 6 juillet 1988, et constitue pour moi l’archétype de ces films qu’on louait au vidéoclub, il fut un temps. Il est réalisé par Walter Hill, à qui l’on doit Les Guerriers de la Nuit, ou encore la comédie Comment claquer un million de dollars par jour. Il a aussi produit la saga Alien, et participé à la création de la série Les Contes de la Crypte, dont il a réalisé quelques épisodes. Pas n’importe qui, donc.

Il me faut être franche, Double Détente est un film assez feignant si l’on prend en compte le potentiel de son réalisateur. Il reprend consciencieusement la recette du buddy, ses codes et ses clichés, sans sublimer la formule. Mais il constitue tout de même un divertissement tout à fait honorable, et une curiosité intéressante si on le lie à son contexte. Tourné pendant la Guerre Froide en période de détente en URSS et aux USA, c’était l’une des premières productions qui évitait le cliché russe = vilain pas beau (coucou Code Uncle). Le prologue dégoulinant de testostérone comporte d’ailleurs des scènes tournées à Moscou, faisant de Walter Hill le premier réalisateur à pouvoir tourner une scène sur la Place Rouge après la guerre. Malgré la période plus propice à ce genre de rapprochements entre les deux blocs, il est sorti avant la Chute du Mur… Ce qui dut être une performance administrative, ne serait-ce qu’en termes d’autorisations de tourner !

« Ivan Danko est un flic exemplaire, exerçant son métier dans le Moscou pré-chute du bloc soviétique. Lors d’une descente dans un rade miteux pour arrêter Viktor Rostiashvili (un dangereux trafiquant de drogue géorgien), son coéquipier se fait tuer et leur cible s’échappe aux Etats-Unis. Suite à un accord entre Moscou et Chicago, Ivan Danko fera équipe avec Art Ridzik, un inspecteur grincheux pour éviter une déferlante de drogue sur la mère patrie. »

Double Détente n’est pas le meilleur film de Walter Hill. Mais je dois avouer que je prends beaucoup de plaisir à le revoir. L’ambiance est sympathique, typiquement années 80, et l’intrigue tient la route sans être extraordinaire. Dans le même temps, la construction du film reprenant le schéma du buddy movie en manquant d’originalité, l’ambiance fait parfois cliché, tout comme certaines scènes. Le film repose beaucoup sur son duo d’acteur, qui semblent s’amuser à l’écran et sont pour beaucoup dans le charme du film. James Belushi (La Petite Boutique des Horreurs) joue un énième flic rebelle amateur de poitrines bien fournies, et Arnold Schwarzenegger est parfait en capitaine russe psychorigide. Sérieusement, Schwarzie en montagne de muscles ruszkov… Quelle idée fabuleuse !

Plus que tout, Double Détente est un film inscrit dans son époque, et qui a vieilli. C’est ce qui lui donne son charme désuet quasi nanardesque parfois, et qui en fait mon film d’action préféré. Entre les lumières polluées de Chicago, les coupes de cheveux improbables, le cabotinage de certains acteurs, l’accent russe affreux d’Arnold et la VF caricaturale, le film est bourré de moments cultes. Il suffit de taper le titre du film dans la barre de recherche youtube pour en découvrir quelques-uns. Une scène a d’ailleurs été à l’origine d’un meme russe : dans le prologue, le capitaine Ivan Danko vient arrêter Viktor Rostiashvili (le dangereux criminel géorgien, donc) et ses comparses. Lorsqu’on lui en demande les raisons, il projette le malheureux détenteur d’une coupe mulet un mètre plus loin, et lui arrache sa jambe de bois remplie de poudre blanche avant de s’exclamer « Kokaïnum ! ». La faute de grammaire dans cette phrase serait un peu longue à vous expliquer, mais elle fait encore rire les russes trente ans après.

C’est donc un divertissement sans prétention que je vous propose de regarder. Il faut être un peu nostalgique de ces ambiances cinématographiques pré-années 2000 pour rentrer dans l’ambiance de Double Détente, et être amateur d’humour nanardesque. Mais tous les films ne peuvent pas se vanter d’avoir Arnold Schwarzenegger en uniforme de police soviétique. Rien que pour le principe, il faut lui consacrer 1h46 de votre temps ce mois-ci.

Les Peintures noires de Goya – chronique sur Nofrag (06/2018)

Vous attendiez tout particulièrement Agony ce mois-ci, curieux de voir le mariage entre création subversive et Enfer de Dante? Cet étron technique et artistique vous a déçu? Pas de problème, j’ai quelque chose pour vous. Je ne vous proposerai pas de simulateur de randonnée infernale ce mois-ci, ni un livre, ou un film, mais une vision d’un enfer. Celui d’un vieillard malade et mourant, exprimant ses chimères à travers son art, la peinture. Les Peintures Noires ont presque deux cent ans, mais elles auront toujours plus de gueule qu’un démon à mamelles modélisé avec le cul. En tous cas à mes yeux.

“Chéri, passe moi le sel!” Fig 1.

Pour la petite histoire, j’ai eu l’occasion de visiter le Musée du Prado à Madrid lorsque j’avais environ dix ans, avec mes parents. C’est lors de ce voyage que j’ai découvert la série. Comme on peut s’en douter, la petite fille que j’étais n’avait pas grand chose à faire de la peinture religieuse du dix-neuvième siècle…! Je parcourais donc les différentes salles le nez en l’air, avançant de toile en toile d’un œil plutôt distrait. Au bout d’une énième représentation du Christ sur la Croix, mon regard a tout de même été attiré par une série de peintures aux teintes très sombres, variant entre l’ocre et le noir. Je suis donc allée les contempler, et deux d’entre elles m’ont fait une forte impression. Deux vieillards mangeant de la soupe, en premier lieu, m’a mise mal à l’aise. On y voit ce qui semble être une vieille femme, au sourire édenté lui déformant un visage déjà laid. Son crâne est dégarni, sa face ridée, son nez crochu, et ses paupières rougeâtres. Elle tient maladroitement une cuillère, et fixe quelque chose hors du cadre avec des yeux fous, écarquillés. A côté d’elle, j’y ai vu ce qui m’a semblé être un cadavre en décomposition, dépourvu de cheveux, de nez, et de toute expression. Le fond de la composition est noir comme la nuit, et le manque de détails ne permet pas de situer la scène, ce qui donne une impression irréelle. Comme si elle était tirée d’un cauchemar.

“Chérie, passe moi le sel!” Fig. 2

Ensuite, Saturne mangeant l’un de ses enfants m’est resté en mémoire d’une manière très vivace. C’est encore aujourd’hui la Peinture Noire que je trouve la plus impressionnante. On y voit une espèce de titan au corps musculeux et à l’anatomie asymétrique. Ses cheveux sont gris, son regard dément. Il tient dans sa gueule un corps à moitié déchiqueté qu’il est apparemment en train de dévorer. De nouveau, le fond est noir comme dans un mauvais rêve.

Toutes les fresques de la série ne dégagent pas cette noirceur au premier abord. C’est sûrement pour cette raison qu’elles ne m’ont pas interpellée à l’époque, mon regard n’étant pas habitué à apprécier une œuvre picturale. Mais les autres Peintures Noires sont pourtant tout aussi glauques. Lorsqu’on prend le temps de les détailler, on remarque des visages grimaçants, des corps déformés, tout une foule de petits détails qui transforment une scène de pèlerinage en une procession carnavalesque de gueux à moitié fous. L’analyse d’un mouvement fait penser à un meurtre, une petite tâche anodine s’avère être une traînée de sang. Une femme semblant apaisante au premier abord se révèle être sur le point de décapiter un homme suppliant. Ce qui semble être une veillée nocturne innocente est en fait dirigée par un bouc au corps humanoïde… Toutes les fresques ne sont pas aussi évidentes que Saturne, mais la série dégage en elle-même un sentiment de morbidité, de noirceur et de pessimisme. L’œuvre d’un homme déprimé, explorant sa psyché par le biais de son art.

Les Peintures Noires sont donc un ensemble de quatorze fresques peintes par Francisco de Goya (1746 – 1828), l’un des plus grands peintres espagnols. Cette série de fresques a été réalisée entre 1819 et 1823, à la fin de sa vie. L’artiste, qui fut aussi un graveur/peintre renommé pour la Couronne, est considéré comme l’un des pères de la peinture moderne: par plusieurs ruptures de ton dans sa manière de peindre, il a notamment initié des mouvements comme l’expressionnisme ou le romantisme.

Après une formation longue sur sa terre natale, la province de Saragosse, Goya devient peu à peu un peintre coté, réalisant de grosses commandes pour différentes communautés religieuses ou personnalités de la noblesse. En 1775, il déménage à Madrid pour devenir peintre royal. Tandis que Francisco assoit son statut social d’année en année, il fait montre cependant d’un grand intérêt pour l’esprit des Lumières. Il se permettra progressivement de prendre des libertés dans ses créations, allant à contre courant du style qu’on lui imposait d’un point de vue idéologique et politique.

Portrait du peintre Francisco de Goya, Vincente Lopez Portana (1826)

En 1793, Goya tombe gravement malade. Il est alité pendant longtemps, partiellement paralysé, et gardera des séquelles de sa pathologie qui le rendront définitivement sourd. Si je parle de “maladie”, c’est qu’on ne sait pas vraiment ce qu’a contracté le peintre. Encore aujourd’hui, des recherches se font pour essayer de diagnostiquer définitivement ce qu’on suppose être un cas de saturnisme, soit une intoxication progressive au plomb, utilisé à l’époque dans la composition de certains pigments. Toujours est-il que le mal qui frappa Goya aura des conséquences radicales sur son art. Il s’était déjà essayé à peindre des sujets sombres et graves, mais le ton de ses peintures devient globalement très politique, glauque et terrifiant. En témoigne le tableau Goya et son médecin, qui laisse songeur sur l’espoir qu’il nourrissait quant à l’évolution de son état physique. Une partie de sa santé retrouvée, il démissionnera d’une bonne partie de ses obligations et se met à peindre ce qu’il souhaite, en toute liberté de supports, de thèmes et de ton.

Les Peintures Noires arrivent donc à la fin de sa vie, suivant cette fracture artistique. A l’époque, le peintre vit dans une villa surnommée La Quinta Del Sordo (La maison du sourd). Il entretient une relation avec Leocadia Weiss, une femme plus jeune que lui et mariée avec un autre. Il peindra donc les quatorze fresques en guise de décoration de sa maison, auxquelles il ne donnera aucun titre. Elles furent transférées sur toile après la mort de l’artiste, entre 1874 et 1878. On ne sait pas vraiment ce qui a motivé l’artiste à réaliser cette série, même si on suppose qu’une crise liée aux conséquences de sa maladie l’y aurait poussé. Peindre des compositions aussi déprimantes n’est évidemment pas anodin et constitue une démarche très personnelle (qui s’amuserait à peindre des vieillards décharnés et des boucs au dessus de son lit ? ), mais les historiens d’art ont fini par émettre des hypothèses pour ce qui est de l’analyse des Peintures Noires. Certains affirment que les fresques de Goya constituent en elles-mêmes les prémisses de l’expressionnisme, puisque tous s’accordent à dire qu’elles figurent son état psychologique, ses pensées, ses obsessions liées à la période où il les a peintes. Et c’est donc cela, la question. Qu’avait-il en tête ? Rien de très bucolique, en tous cas.

Une manola : Léocadie Zorrilla, 1819-1823, Francisco de Goya

Si l’on prend la Léocadia en exemple, on y observe un portrait d’une jeune femme que l’on suppose être son amante de l’époque. Elle est belle, songeuse, et figurée dans des teintes pâles qui lui donnent un air poétique. Léocadia porte un voile, des habits de deuil, et son coude repose sur un monticule de terre sur lequel on peut voir une grille en fer forgé dont on entourait généralement les tombes. Le peintre s’imagine mort, et figure une représentation de son amante affligée par le deuil de sa propre perte.

Judith et Holofernes, 1819-1823, Francisco de Goya

Dans Judith et Holopherne, on peut voir une femme habillée de façon modeste, tenant un couteau. Le tableau est très sombre, et les jeux de lumière sont très restreints, se concentrant particulièrement sur le visage et la poitrine de la femme. Judith se tient au-dessus d’un homme en position de prière, dans la pénombre. Elle a un couteau dans la main. Pour ceux qui ne connaîtraient pas le mythe de Judith et Holopherne, il raconte la manière dont Judith de Béthulie réussit à sauver son village d’une attaque en séduisant le général Holopherne pour ensuite le décapiter. Le tableau est en général interprété comme une allégorie du pouvoir castrateur de la femme sur l’homme, et en particulier celui de la jeune Léocadia sur le peintre, qui se sait proche de la mort et en décrépitude sexuelle.

Deux vieux, 1819-1823, Francisco de Goya

Outre Deux vieux mangeant de la soupe, l’un des thèmes que l’on retrouve dans l’analyse des Peintures Noires est celui de la vieillesse. Les vieux peints par Goya sont tordus, souffreteux, défigurés par l’âge, ou torturés par mille et uns maux. Deux vieuxreprésente un homme vénérable, pourvu d’une grande barbe blanche, habillé en moine et reposant sur une canne. Son regard est triste, mais digne. Le fond de la toile est noir, à l’exception d’un personnage dessiné à l’image des satyres que le peintre avait pu représenter sur d’anciennes toiles. Il a la bouche grande ouverte près de son oreille, comme s’il lui criait quelque chose. Cela donne l’air au vieux de subir le harcèlement de la créature, comme si prendre de l’âge ne pouvait pas signifier un repos et une tranquillité gagnée pour l’artiste, mais plutôt de nouveau maux à affronter. Pour certains, la créature serait aussi une allusion à la surdité liée à la maladie du peintre, dans une représentation grotesque de son handicap.

Pour finir, La procession à l’Ermitage de Saint Isidore fait partie de ces tableaux que l’on estime représentatifs de l’œil que Goya portait sur ses semblables, à l’image du Duel au gourdin. A l’époque de Goya, une lutte politique fait rage entre libéraux et absolutistes, qui se prolonge au dix-neuvième siècle pour déboucher sur la guerre civile espagnole. Le pays est déchiré. Sur cette Peinture Noire, ce qui devait être un pèlerinage rassemblant toutes les classes sociales est présenté comme une foule déshumanisée, rétrécissant pour se confondre avec les collines à l’arrière plan. Les visages sont déformés, torturés pour certains, animaux pour les autres, ce qui donne l’impression de voir une foule sortie d’un asile psychiatrique. Le peintre représente ses semblables comme des fous angoissants, peut-être à l’image de l’inquiétude qu’il se fait pour son pays en pleine crise politique.

La procession à l’ermitage Saint Isidore, 1819 – 1823, Francisco de Goya

Sur les murs de sa villa, Francisco de Goya a peint son enfer. Le monde d’un vieillard malade, déprimé, diminué physiquement, frustré sexuellement, inquiet des bouleversements que vit son pays, et angoissé à l’idée de sa mort prochaine. Si je trouvais intéressant d’en parler, c’est que personnellement c’est celle-là, l’horreur qui me plaît. La peur constitue l’un des sentiments les plus complexes et les plus profonds chez l’homme, et donc l’un de ceux qui restent les moins évidents à faire ressentir via une œuvre d’art. La peur, la terreur qui me parle, c’est celle qui est cathartique. L’horreur qui a un intérêt, c’est celle qui transcende son média pour faire appel à nos angoisses profondes, nos tabous, ce qui nous perturbe. Elle nous permet de mieux nous connaître, par l’exploration de notre psyché, de nos limites. Si Goya exprime par ses toiles son sentiment de douloureuse mortalité, l’homme a par exemple toujours transcrit son angoisse de l’inexplicable à travers les contes populaires. On pourrait aussi parler de Maupassant, dont la folie torturante causée par un cas de syphilis (vilain garnement) a influencé nombre de ses nouvelles. Plus récemment, le film Babadook aborde de manière intéressante la thématique du deuil, Get out celui de la discrimination positive, et j’espère que le tout jeune film Hérédité arrivera à aborder la thématique du déterminisme au sein d’une famille avec brio.

Ce que je veux dire, c’est que les sujets que l’on peut aborder sont légion. Mais ils nécessitent un travail de réflexion sur le fond et la forme. Pourquoi choisir de placer un effet à un endroit bien précis, pour quelle raison? Pourquoi construire un tableau d’une certaine manière, ou concevoir un monstre d’une façon ou d’une autre? C’est la différence entre un bon film/livre/jeu vidéo d’horreur et un nanar selon moi. En quoi est-ce subversif d’écraser des bébés à coups de tatane? Qu’est-ce qui justifie le viol d’une succube bonasse à grands coups de poutrelle? L’horreur bien construite n’est qu’imagerie, conglomérat de symboles qui font sens une fois assemblés. Et pas une surenchère de monstruosités pour le plaisir de montrer des trucs gore. Ce sont peut-être des questions qu’auraient dû se poser les développeurs d’Agony. Que voulez-vous, tout le monde n’a pas le talent de Goya, qui a réussi deux cent ans après sa mort à capter le regard d’une petite fille étrangère, qui n’avait pas grand chose à faire de la peinture espagnole.

Once I was a teenager – Silly Poetry

Ainsi s’égrène la chanson de celles qui marchent sur la route 

Vie ballotée de néant à néant
Vie dispersée au gré des quatre vents
J’ai l’âme d’un vagabond qui s’en va en voyage
En quête de la magnificence de nouveaux paysages
La douleur sourde des muscles courbaturés est mon lot
La courbe de ma vie file telle l’eau d’un ruisseau

Longue l’onde des pensées qui abondent
Prairies vertes et doux sous-bois!
Je m’en vais vers la mer et vers l’écume blonde
M’enivrer du doux, du chaud parfum du chez-soi.

Ô amant de toujours! Ô amis de beuverie!
Ô véritable famille! Ô rues dépourvues de gris!
Comme votre présence m’enchante et me réjouit
Au sein de ce train dont les rails chantent l’infini…
Âme expatriée, n’oublie jamais d’où tu viens!

Epilogue-Monologue 

Où est ce qu’ils courent, tous ces gens,
La mine froide, et le coeur absent?
Accrochés à leurs horaires comme à la vie futile;
L’esprit tout plein de chiffres et d’argent;
Eh, passant! Qu’as-tu laissé là bas?
Sur le quai de la gare et sur ton bureau blanc?
Une envie, un rêve, un sourire d’enfant;
Ta vie?

Délaissée au profit d’un travail éreintant?
De quoi as tu peur, passant?
Quelles sont tes angoisses étouffées,
Pourquoi cours-tu ainsi?
Qu’est-ce que tu fuis,
La vie?

N’as-tu rien oublié?
Penses-y, essaie du moins;
Ramène un sourire sur ce visage éteint.
Quels étaient tes rêves, dis-moi?
Qu’as-tu donné au Dieu-Système,
Divinité Suprême?
Ne regrettes-tu rien?
Raconte-le moi,
Raconte-le moi, de Rien…

Citylights poetry 

La nuit radioactive scintille de mille lumières
Horoscope linéaire de nos vies consumées
Je sens ce « feu sous mes pas qui décalquent les pavés »
Nuance inutile de ces amours stellaires
Cette nuit sera la dernière, je le sens dans mes veines
Equation-bilan aux éléments éternels
Dernier poème
Dernière Utopie
Face au Montre soufflant sur nos esprits de paille
Sur cette mélodie acide racontée chaque soir
Au sein d’un Tout désincarné, physiquement ineffable.
Nous sommes au bord du Gouffre, mes Amis!
Dansons encore jusqu’aux dernières forces,
Embrassons-nous, aimons-nous d’Apocalypse,
Et ainsi les poètes auront raison de l’Être.