Urbexplos de voyage en terres cachées – La fonderie #1

Illustration d’Antonin Briand

A l’heure du coronavirus, à l’heure du couvre-feu, nos deux compères Stélan et Aya vivent leur vie tant bien que mal, comme tout le monde. Mais est ce la situation actuelle et les privations de liberté? Est ce leur passion commune pour l’errance et la découverte? Dans le coeur de nos deux amis vrûle toujours cette flamme du voyage. De l’échappatoire. Stélan travaille, et se consacre entièrement à la rénovation de sa future maison. Pour pouvoir mieux partir en voyage, il souhaiterait avoir un pied-à-terre, où construire une vie vers laquelle retourner. Pour mieux s’élever, il est plus sage d’ancrer ses racines…
Aya, quant à elle, a installé son couple avec ce jeune géorgien dont elle est tombée amoureuse. Ils ont un enfant qui aura bientôt trois mois, elle travaille avec des mineurs isolés étrangers. Elle écrit toujours, attendant la possibilité de découvrir la Géorgie.

Stélan et Aya vivent donc leur vie tranquillement, malgré les lois restrictives qui font se resserrer l’étau de la dystopie sur les âmes assoiffées de liberté. Pourtant, aussi riche et beau que soit leur quotidien, il leur manque une chose. Repartir. Ressentir de nouveau ce frisson de la nouveauté et de la découverte, si important à leur équilibre. Ils décidèrent alors qu’aucun contexte politique dictatorial, aucune précaution sanitaire nécessaire ne pourraient les empêcher de continuer l’Aventure.

Ce frileux weekend de janvier, ils partirent faire un urbex. Peu leur importait finalement le premier lieu qui verrait leur nouvelle expédition. Ce samedi matin, ils partirent deux heures après celle qu’ils avaient initialement prévue, oublièrent la moitié de leur matériel, mais tout ce qui comptait était de se retrouver à l’avant du camion de Stélan, la route face à eux.

Aux alentours de Rennes se trouve une fonderie de métal abandonnée. Le lieu est connu, squatté de nombreuses fois, mais tant pis. Ce sera une première destination intéressante pour leurs envies d’évasion. Ils firent escale sur le petit parking de la gare de S., non loin de la localisation de l’ancienne fonderie. C’est parti. Après une petite cigarette de circonstance, leurs pas les menèrent quelques centaines de mètres plus loin face à un grand portail fermé. C’est là. Reste à trouver un moyen de rentrer.

Sentant une petite montée d’adrénaline, ils contournent le mur encerclant le lieu, en tentant de se faire discrets. Cette précaution leur sera bien inutile, la fonderie ayant un vis à vis direct sur plusieurs maisons, les deux explorateurs du dimanche sont tout sauf discrets de jour… Qu’à cela ne tienne. Après quelques pas dans un bois, Stélan avise un pan de mur qui lui semble moins haut. D’un geste aisé, il passe la muraille et saute de l’autre côté. Aya se sent moins à l’aise, elle n’est pas aussi sportive et n’arrivera pas à se hisser comme son ami vient de le faire. C’est pourtant le seul moyen qu’ils ont trouvé pour passer : un peu plus loin, il y a un à-pic qui donne sur les rails. Stélan repasse le mur, et fait la courte échelle à la jeune femme. Elle s’asseoit à cheval sur la muraille, et son compagnon la réceptionne de l’autre côté.

Ca y est, ils sont entrés. L’usine en friche leur fait face, son squelette de métal envahi par la végétation alentour…

{A suivre…]

Le fil de cette aventure sera à suivre le 9 de chaque mois…

Illustration d’Antonin Briand

Chroniques de rando #1 – Brocéliande et son Château de Trécesson

Illustration d’Antonin Briand

Est ce que vous aimez marcher? Randonner? Simplement vous balader?
Vous est-il déjà arrivé de découvrir des lieux étranges, étonnants, beaux, émouvants lors de vos expéditions?
Laissez-moi vous conter mes petites et grandes découvertes pour vous permettre, à votre tour, de partir à l’aventure… 

On le sait, la Forêt de Brocéliande est avant tout une terre de Légendes, mais c’est aussi une zone très, très touristique de la Bretagne. Et c’est vrai qu’il y a de quoi satisfaire beaucoup de monde : randonnées fabuleuses, légendes arthuriennes et histoires de fantômes raviront petits et grands en quête de Merveilleux. Pourtant, très souvent, lorsqu’un visiteur de la Forêt raconte son parcours, on peut découvrir qu’il s’est limité à deux localisations. L’Arbre d’Or, et le Val Sans Retour. Le premier est une installation artistique destinée à rendre hommage au travail des pompiers qui maîtrisèrent un incendie dans les environs il y a plusieurs dizaines d’années. Rien à voir, donc, avec le Mythe Arthurien. Le Val quant à lui vaut le détour, surtout en automne, lorsque les arbres se parent de couleurs chamarrées. Mais il est de mon point de vue dommage de se limiter à cette seule visite, quand Brocéliande compte autant de localités intéressantes. Et le Château de Trécesson en est l’une d’elles.

Situé non loin du camp de Coëtquidan, le château aurait été la demeure des seigneurs de Ploermël et Campénéac, dès le VIIIe siècle. Mais son architecture actuelle daterait du XVe siècle, période à laquelle il appartenait à la famille Trécesson. Le premier représentant connu de cette maison était le chevalier Jean de Trécesson. La demeure passera ensuite de famille en famille jusqu’à ses propriétaires actuels, les de Prunelé.
D’aspect étonnant, la bâtisse construite en schiste rougeâtre est entourée d’un lac sur lequel elle semble flotter. On ne peut le visiter, sauf lors des journées du patrimoine. Mais peu importe, car ce n’est ni son histoire, ni son architecture qui sont pour moi les plus intéressants. Car le Château de Trécesson est lié à plusieurs légendes.

La plus connue reste celle de la Dame Blanche, dont je vous épargnerai le récit (il est facilement trouvable au moyen d’une petite recherche Google…). On raconte par ailleurs qu’un curé sans tête rôderait autour du Château, ou encore que le Comte de Trécesson faillit perdre son domaine au jeu, mais réussit à le recouvrer en misant le Pied d’Ânon, une cabane en bois insignifiante, perdue dans un coin de ses terres.
Cependant, mon histoire préférée restera celle des Joueurs de cartes fantômes. On raconte qu’au temps de la famille Trécesson, un ami chevalier vint séjourner au château. Lors du repas, on lui raconta la légende attachée à une chambre du deuxième étage, où personne ne dormirait jamais. En effet, tous ceux qui y auraient passé la nuit se seraient sauvés, en proie à une terreur sans nom. Le chevalier décida d’y dormir, pour pouvoir témoigner sur la teneur de la hantise liée à cette pièce.
Vers minuit, un grand bruit le réveilla. A côté de son lit, il y avait une table autour de laquelle quatre silhouettes fantomatiques s’étaient assises pour jouer aux cartes. L’un d’entre eux avait frappé sur le bois, semblant se disputer avec l’homme en face de lui. Le chevalier comprit qu’il avait probablement dû tricher, et à raison car le fantôme sortit une arme, et tira sur le mauvais joueur qui s’écroula. L’instant d’après, tous avaient disparu, comme si rien ne s’était passé. Seule une bourse restait sur la table, remplie de pièces d’or.
Le lendemain, le chevalier vint voir le comte de Trécesson pour lui raconter son aventure, présentant la preuve. Le maître des lieux lui réclama alors le contenu de la bourse, l’événement s’étant passé chez lui, il lui revenait donc de droit. L’invité refusa, estimant que l’argent devait lui appartenir, puisqu’il fut le seul assez courageux pour dormir dans la chambre.
Le comte et le chevalier en discutèrent, se disputèrent, en vinrent aux mains et ne purent trouver un accord. L’histoire raconte que l’affaire fut portée jusqu’au Parlement de Bretagne, à Rennes, où on trouverait dans les archives une trace de ce procès destiné à trouver qui était le propriétaire de la bourse fantomatique…

Un mois à Jérusalem – #3 – Tirs sur l’Esplanade des Mosquées

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14/07/2017 :
J’écris ces lignes sous le figuier de la terrasse du Home, avec un café, en fumant des Kent (mes cigarettes israéliennes favorites). Nous sommes le 14 juillet 2017. Pour la fête Nationale, le consulat français ainsi que plusieurs ordres chrétiens assisteront à une messe spéciale, dans une église dont j’ai oublié le nom. J’aurais bien aimé que les bénévoles y soient aussi invités, je suis curieuse de voir à quoi ressemble cette célébration! On ne peut pas dire que la Révolution française ait été l’événement le plus religieux de notre histoire… En attendant, la journée se déroule comme d’habitude. Petit-déjeûner, messe, discussions. Trois séminaristes catalans sont censés arriver cet après-midi, pour se joindre à notre équipe de bénévoles. Distribution de boissons, discussions. Nous apprenons par les nouvelles sur une chaîne d’information arabe que des palestiniens ont attaqué des flics israéliens ce matin.

Boom.
La nouvelle me fait l’effet d’un coup de massue. Dans le Home, les personnes âgées sont paniquées, tristes, inquiètes. Le personnel palestinien est mortifié, abattu. Certains réagissent à peine, mais semblent encore plus fatigués qu’à l’ordinaire. Je parle avec une infirmière pour qu’elle me traduise les nouvelles. Apparemment, un policier israélien a été tué, je suppose que c’est à l’arme blanche. Les deux jeunes se sont échappés dans les rues jusqu’à l’Esplanade des Mosquées, au milieu de croyants en prière. Ils étaient poursuivis par des militaires, qui n’ont pas hésité à tirer sur la foule présente sur l’Esplanade. J’ai cru comprendre qu’ils ont été tués, ainsi que deux autres personnes.
« It happens every day, we are used to it. It’s not a life, but it’s our life.« 
Je parle avec des Soeurs de l’ordre des Petites Soeurs de Jésus, très en colère. Jérusalem est complètement fermée, les israéliens ne laissent plus entrer personne dans la vieille ville. On a les informations au compte-goutte, c’est rageant. Les militaires israéliens ne donnent que très peu d’informations à la télévision palestinienne. La messe est annulée, ou reportée. Les chrétiens ne souhaitent pas faire de ce jour une célébration, vu les événements qui viennent de se passer. Les Soeurs restent donc au Home, et nous conseillent très fortement de ne pas sortir de la maison aujourd’hui. Nous ne mettons pas de difficultés à accepter, ce doit être le chaos dehors.

Lors du repas, l’ambiance est étrange. Les personnes âgées ne cessent de nous poser des questions, et nous tentons de les rassurer du mieux que nous pouvons. Je me sens ailleurs. J’interroge à mon tour le personnel, pour avoir des nouvelles. On en sait pas beaucoup plus, Jérusalem sera probablement bloquée pour quelques jours. Deux membres du personnel vont dormir sur place ce soir, par sécurité. On s’inquiète pour les séminaristes qui doivent arriver aujourd’hui, pourvu que leur route ne leur réserve pas trop de difficultés…

On entend des détonations autour du Home de temps en temps. J’espère que ce sont des célébrations du 14 juillet ou du vendredi.
Au service du soir, une question tourne sans cesse dans ma tête :  » Comment peut-on tuer quelqu’un sur un site sacré? »

On aura probablement plus d’informations sur l’attaque dans le journal de demain. Le soir, l’habituelle cigarette accompagnée d’une bière sur la terrasse apaise un peu mes inquiétudes.

« Alors, tout à coup, du haut de la petite citadelle solitaire, la voix du Muezzin s’élève, une voix haute et claire, qui a le mordant triste et doux des hautbois, qui fait frissonner et qui fait prier, qui plane dans l’air d’un grand vol et comme avec un tremblement d’ailes […]. Devant ces magnificences de la terre et du ciel, dont l’homme est confondu, la voix chante, chante, psalmodie au Dieu de l’Islam, qui est aussi le Dieu des grands déserts. » Pierre Loti

15/07/2017 :

Pas de service le matin. Nous sommes assez de bénévoles dans l’équipe, nos emplois du temps seront organisés en demi-journées désormais. Charlie et moi prenons notre petit-déjeûner et partons marcher dans Ras Al-Hamud jusqu’à l’Eglise de Toutes-Les-Nations.

L’Eglise se situe en dehors des remparts de la vieille ville, et donc loin des barrages militaires les plus problématiques. Les rues sont calmes en effet, et on pourrait presque penser que l’attaque d’hier n’a pas eu lieu, si nous n’avions pas passé un checkpoint gardé par un fourgon blindé et une dizaine de militaires aimables comme des portes de prison. Le soleil est écrasant sur la route, et l’air charrie de la poussière. Un peu partout, des morceaux de pita abandonnés sèchent à l’air libre. Est-ce pour nourrir les oiseaux ou les chats errants?

L’église est construite sur l’emplacement où Jésus aurait passé sa dernière nuit avant d’être arrêté. Juste à côté, nous visitons le jardin de Gethsémani (pressoir à huile en araméen) et ses oliviers. Ils sont vieux de 2000 ans environ, et donnent encore des olives…!

Nous faisons ensuite escale à l’Eglise russe orthodoxe de Marie-Madeleine, au milieu d’un jardin tenu par des soeurs qui ont fait voeu de silence. Elle a été construite sur ordre du tsar Alexandre III de Russie en hommage à sa mère, l’impératrice Maria Alexandrovna. Nous y rentrons. Je la trouve plutôt sobre pour une église orthodoxe: dans mon imaginaire je me représente toujours les lieux de culte orthodoxes très chargés en décorations. Autour de l’autel, les enfants du tsar sont exposés dans des tombeaux ouverts… Brrr.

Avant de rentrer, nous buvons une limonada au café de Toutes-les-nations. Cette boisson est un peu un passage obligé pour un touriste qui se respecte, et elle est plutôt bienvenue. Certains cafés en font une espèce de smoothie citron-sucre-glace-menthe et franchement, c’est délicieux.
Au retour, service à 14h et entretien du jardin.

Le soir, après le service, nous mangeons entre bénévoles et accueillons deux nouvelles venues. Pas plus de nouvelles qu’hier, Jérusalem est encore fermée. J’espère que les choses vont se tasser.

A suivre… 

Pour aller plus loin :

  • Fête au Home Notre Dame des Douleurs 1/03/2008
  • Adhan (appel à la prière musulman) : 
  • Article de Libération sur l’attaque
  • Article du Monde sur l’attaque