Pourquoi j’ai décidé de quitter le social

J’ai tendance à me dire que le travail que l’on fait sur soi est un travail de toute une vie. Et je pense que je suis sur la bonne voie de l’alignement avec moi-même. Quand j’étais petite et que l’on me demandait ce que je voulais devenir plus tard, je répondais invariablement « écrivain ». Mais une fois passé l’enfance et l’adolescence, lorsque vint le temps de choisir les études vers lesquelles j’allais me tourner, un sentiment de non-légitimité ainsi qu’une pression paternelle pour choisir un métier « stable » me fit me détourner de cette voie.

J’ai choisi la voie du social parce que je savais que j’aimais aider les autres, et que ce serait un métier qui m’apporterait beaucoup. Et bien que ce choix de vie professionnelle était un second choix, je ne le regrette aucunement. Mon métier m’a forgée, renforcée, enrichie de nombreuses rencontres et appris à dépasser nombre de difficultés. J’ai rencontré beaucoup de gens de différentes cultures, aux parcours passionnants, aux histoires de vie bouleversantes. Aussi bien chez mes collègues que les personnes que j’ai accompagnées. Et si je me définis volontairement en tant que travailleuse sociale et non éducatrice spécialisée, comme le mentionne mon diplôme, c’est aussi parce que j’ai travaillé en tant qu’animatrice, directrice de séjour, garde d’enfant à domicile, agente d’hébergement en EHPAD, surveillante, éducatrice technique, monitrice éducatrice, intervenante d’action sociale, accompagnante éducative et sociale… Et que toutes ces expériences comportent une part de travail social qui a été riche d’enseignements pour moi. Tout autant que mes expériences en tant qu’éducatrice spécialisée.

Mais le social s’est aussi révélé être un puissant vecteur de charge mentale, de stress, et de difficultés liées aux conditions de travail qui se sont révélées être de plus en plus difficiles à supporter. J’en ai déjà parlé sur ce blog, mais depuis que je suis maman d’une merveilleuse petite canaille, je vois la vie autrement. A trente ans, je connais le burn out, le harcèlement sexuel et moral au travail, la violence institutionnelle, le manque de moyens… Et pour moi qui ai déjà craint pour mon intégrité physique au travail (comme énormément d’autres travailleurs sociaux, le danger fait partie du métier), je peux dire que cet état de fait est encore plus difficile à vivre que celles liées à l’essence de notre travail : nous accompagnons des personnes indésirables, instables, en souffrance. Ces difficultés-là, on nous y prépare à l’école. Et nous sommes là pour les gérer, et il faut les affronter pour accompagner la personne vers un mieux-être qui permettra une ré/insertion sociale sereine, une construction de l’autonomie… On l’oublie parfois, mais les travailleurs sociaux se battent pour une société plus harmonieuse, plus heureuse, plus saine. Peu importe tes différences, ton parcours, ton origine. Chacun a droit à une place. Et nous sommes là pour aider à re/trouver la leur à celles et ceux qui sortent du lot. Mais dans une société qui prône de plus en plus la répression à la place de la prévention, il devient de plus en plus difficile d’exercer notre métier. Le social part à vau-l’eau, et notre système social est de moins en moins protecteur. Et à vrai dire, les difficultés grandissantes en termes de conditions de travail, qui m’empêchent d’exercer comme je l’entends sont encore plus difficiles à vivre que celles liées aux publics accompagnés. Je ne supporte plus de travailler sans pouvoir garder mon éthique comme boussole. Je regrette de le dire aussi, mais je pense que notre système social va vers la banqueroute. Ça sera terrible quand ça arrivera, et quand ça arrivera je ne veux ni ne peux voir ça. Et je ne veux ni ne peux assumer la responsabilité de cette future crise sur nos fragiles bénéficiaires et la société toute entière.

Alors il m’a fallu faire un choix. Rester et souffrir, ou alors partir et construire autre chose. Je ne nie pas que je pourrai revenir vers le social, mais pas dans les conditions actuelles. J’ai décidé de me reconvertir, et changer de métier. Et c’est en pensant à la petite fille que j’étais que j’ai décidé de me reconvertir pour vivre de ma plume. Par une amie, j’ai entendu parler du métier de rédactrice web, et j’ai décidé de me former pour travailler à mon compte. En organisant mon emploi du temps comme je l’entends, en étant mon propre chef, je pourrai consacrer mon temps à ce qui compte vraiment. Ma famille, mes proches, mes amis. Mes projets d’écriture. Et cerise sur le gâteau : je me suis mariée à un homme d’origine étrangère, et en travaillant sur le web nous pourrons partir aussi longtemps que nous le souhaiterons auprès de sa famille aussi. Il me faudra juste une connexion Internet pour continuer à travailler !

Je ne sais pas de quoi sera fait l’avenir, mais je sais où je vais. Tout est à construire, mais j’ai hâte de découvrir ce que va m’apporter cette nouvelle vie ! Que je ne manquerai pas de partager sur ce blog.

À bientôt pour de nouvelles aventures !

Aya, la plume vagabonde.

3 réflexions sur “Pourquoi j’ai décidé de quitter le social

  1. Super article, super interessant, je vous connait des pyjbleus, dans un avenir plus ou moins proche j’aurais peut être un projet à vous soumettre si ca vus intéresse, sachant que tout travail mérite salaire,

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