Mon journal de reconversion #20

Mais ces jeunes souffrent des conditions dans lesquelles ils sont hébergés, et malgré tout le travail abattu par l’équipe, c’est le foyer qui devient générateur de problématiques. Et cette violence institutionnelle, elle devenait beaucoup plus difficile à supporter pour moi que les situations rencontrées au travail. Et c’est là qu’est le problème. Je sais pertinemment que ce mal-être généralisé, je ne suis pas la seule à le ressentir dans le milieu. Il vient du fait que les politiques publiques sont en train de déliter notre système social, qui était pourtant unique. Et s’occuper d’indésirables, ce n’est pas une préoccupation pour ce gouvernement qui veut faire des économies partout. Sans entrer dans des considérations politiques, c’est pourtant en travaillant à insérer les personnes laissées-pour-compte par notre système que l’on arrivera à créer une société plus juste et plus stable, et à terme qui serait plus viable pour tout le monde. Un sdf qui se réinsère, c’est un travailleur de plus, un pouvoir d’achat de plus, et donc de l’argent de généré. Mais ce ne sont pas les préoccupations du gouvernement, qui privilégie la rentabilité immédiate plutôt qu’autre chose. Et ça n’est pas prêt de s’arranger, en tous cas je n’y crois pas. C’est un fait.

Alors le choix est à faire. Continuer à se battre telle Don Quichotte contre ses moulins à vent, en gardant en tête qu’une personne réinsérée sur cent c’est toujours ça de pris. C’est la petite pierre à l’édifice. Ou alors renoncer.

D’un point de vue plus personnel, lorsque je regarde mon parcours, je sais que les choses ont changé. Avant, j’aurais continué de me battre. Parce que malgré tout j’aime mon métier, si dur et si beau à la fois. Mais je sais que les choses ont changé. Depuis que j’ai mon fils, j’ai à la fois expérimenté une nouvelle forme de fatigue mentale et physique, et j’ai une nouvelle vision de la vie. Je sens que je ne suis plus capable de déployer autant de force sur du long terme dans un environnement chaotique pour essayer d’y changer quelque chose. Je sens aussi que je supporte de moins en moins de travailler dans un environnement qui va à l’encontre de mes valeurs et mon éthique professionnelle. Je suis fatiguée, c’est un fait. Et enfin, j’ai à presque trente ans le souhait de me consacrer un peu à moi-même, pour me réaliser dans le sens de mes rêves. A la fois pour approcher la personne que j’ai toujours voulu être, mais aussi pour que mon fils s’inspire de cette idée. J’ai besoin de me consacrer à ma relation avec mon mari, d’accompagner mon père, d’être plus avec ma mère, et être présente pour mes amis. Je veux de l’énergie et du temps pour voyager, et me nourrir de ce qui reste de beau en ce monde autant que possible. Et concilier tout cela avec un travail dans le social à plein temps, ce n’est pas envisageable. J’ai envie de me battre pour moi et pour ceux qui me sont chers.

Je n’ai plus la force de me battre pour les autres. Qui sait, peut-être que cette force me reviendra. Mais en l’état actuel des choses, avec de telles conditions de travail, je sais que je n’en veux plus.

Je me rappelle de ces pensées que j’avais quand je passais le diplôme. Que le travail social serait un merveilleux job alimentaire le temps que je puisse vivre de mon art. Peut-être est-ce le temps de rallumer cet autre feu qui m’a toujours habité, pour autre chose. Et laisser ce parcours tellement riche de côté, pour me reconvertir. Je suis cassée. Il est temps de me réparer.

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