Mon journal de reconversion #18

Les premiers à pâtir de la surcharge et du rythme de travail, ce sont bien évidemment les résidents. Lorsqu’on doit gérer la toilette de huit à dix personnes par matinée, sans compter une douche, un coup de main à donner aux collègues, les toilettes en commun pour les résidents les plus dépendants, les accompagnements à la restauration, l’aide au repas… Tout le reste passe à la trappe. On reste dans le soin, le ménage, la manutention, sans plus.

Et c’est bien ce qui m’a fait mal au coeur, à travailler au sein de cet EHPAD. Je n’avais le temps de rien, et le fait que je travaille avec des personnes humaines passait au second plan. Je consacrais parfois seulement quinze minutes à la toilette d’une personne, qui tentait de discuter avec moi car elle avait besoin de contact humain. Mais le rythme m’imposait d’avoir toujours en tête mon organisation qui se devait d’être irréprochable. Il me fallait absolument éviter d’être en retard, car je risquais de mettre mes autres collègues en difficulté elles aussi. Mais je le voyais bien, la plupart des personnes âgées s’ennuyaient ferme. La plupart du temps, ils restaient cloîtrés dans leur chambre, à attendre la fin de la journée, le repas, en espérant une éventuelle visite. Certains regardaient la télévision, ou lisaient (pour ceux qui n’étaient pas trop malades). Mais leur quotidien était globalement très répétitif. Peu d’activités étaient proposées, ou du moins qui auraient pu convenir à la totalité des résidents. Et je voyais très bien que cette situation n’était pas le fait de mes collègues. Pour ce qui était de l’écrasante majorité de l’équipe, elles étaient toutes attachées aux résidents et soucieuses de leur bien-être. Non, encore une fois le coupable était le manque de moyens et de personnel, allié à la difficulté de recruter.
Ayant moi-même un père fatigué par le temps, je l’ai imaginé au sein de ces murs. Et mon coeur s’est brisé une nouvelle fois à l’idée d’envisager une orientation un jour. Etre amené par la force des choses à terminer sa vie ainsi, seul entre quatre murs, ce n’est pas juste.

Une chose que je retiendrai pourtant de cette expérience professionnelle que je n’avais pas encore vécue, c’est le rapport à la mort. Lors de mes trois mois et demi de CDD, il y eut quatre décès. Deux à cause du Covid, et deux de mort naturelle. Vivre ça m’a encore fait grandir, et je ne regrette absolument pas cette expérience pour le savoir faire que j’y ai appris, les rencontres que j’ai fait, mais aussi la gestion de cette étape de la vie, à la fois taboue et par laquelle chacun doit passer.

Dans tous les cas, se présenta un nouveau problème. J’avais pour objectif, initialement, de me trouver un travail qui ne soit pas trop chronophage afin de mener ma réflexion sur la suite que je voulais donner à mon parcours professionnel à côté. Mais les services se sont révélés être de plus en plus harassants. On me demandait même de travailler sur mes jours de repos à cause du manque de personnel, alors que j’étais déjà à temps plein. Alors j’ai fait un choix que je n’avais encore jamais fait auparavant, celui de prendre la décision de partir. J’ai demandé à ne pas renouveler mon CDD, et en avril 2022, j’ai quitté l’EHPAD.

[A suivre…]

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