Mon journal de reconversion #15

A partir de cet article, je ne mentionnerai plus les noms des structures concernées par mon parcours. En partie parce que mes dernières expériences sont très récentes. J’ai beaucoup de choses à en dire, surtout de celle où j’ai exercé auprès de mineurs isolés étrangers, mais d’abord et avant tout par égard pour le public et mes anciens collègues, je ne nommerai pas le foyer directement. Ça desservirait le travail qu’ils y effectuent malgré les conditions plus que difficiles, pour lequel j’ai beaucoup de respect.

Ce foyer accueille donc des adolescents étrangers, et les accompagne dans le cadre d’un projet éducatif lié à leur hébergement. L’équipe éducative travaille à leur intégration sociale, leur régularisation, leur implication dans un projet scolaire puis professionnel parfois, puis plus globalement sur tous les aspects de leur vie (suivi santé, autonomie au quotidien, démarches administratives diverses, suivi de la scolarité et notamment des absences, loisirs, démarches liées à l’aide sociale à l’enfance…). Ensuite, comme partout l’idée est d’assurer une cohésion sur le collectif des jeunes, de monter des projets, de gérer la bonne tenue des appartements dans lesquels les jeunes sont hébergés, d’être présents à des réunions diverses… J’ai tout de suite été passionnée par mon lieu d’exercice ainsi que le travail effectué avec les jeunes. Je n’avais jamais travaillé avec des MNA auparavant, et force est de reconnaître que c’est un public extrêmement étonnant et attachant. Tous les jeunes que j’ai rencontrés là bas ont tous à leur manière une force et une détermination incroyable au regard de leurs traumatismes ou de leur parcours. Quel ado de 17 ans en France tannerait sa famille pour aller travailler ? Car mes jeunes avaient tous trois mots à la bouche : « papiers, études, travail ». C’est à la fois impressionnant et triste d’ailleurs, car les MNA sont forcés de grandir trop vite pour beaucoup. Mais leur détermination à s’en sortir à un si jeune âge force le respect.

J’avais enfin la possibilité de construire un suivi sur la durée. Et je me suis plongée dans le travail corps et âme. J’avais enfin la possibilité de mettre en place des projets, de travailler la construction d’une relation éducative sur la durée, au sein d’une équipe passionnée et militante. Je me suis rapidement sentie comme un poisson dans l’eau au sein de cette structure, qui avait un je-ne-sais-quoi de l’humanité que je recherchais au sein de mon lieu de travail. Mais malheureusement, ce foyer a fini d’installer chez moi une grande fatigue généralisée qui a précipité ma décision de me reconvertir.

Car bien évidemment, il y avait un hic. Le foyer compte environ 80 jeunes. Les missions que j’ai décrites sont assurées par 13 educs, deux maîtresses de maison, deux animateurs, deux coordinateurs, une infirmière, une secrétaire, une agente d’entretien à mi-temps et un agent technique pour… Une seule cheffe de service ! Là se dessine la première des difficultés : en tant qu’educ, prendre en charge huit jeunes (voire plus, comme lorsque son binôme est en congé par exemple) sur tous les aspects de leur vie dont ceux les plus cruciaux comme la régularisation ou les démarches liées à l’aide sociale à l’enfance, tout en préparant des projets, trois heures de réunions par semaine, tout en gérant le collectif, les permanences, les rendez-vous, la bonne tenue des appartements, les entretiens individuels liés aux suivis des jeunes, en traitant des dizaines de mails par jour, en sortant les poubelles deux fois par semaine (oui), tout en allant au self avec les jeunes une fois par semaine… Tout ça sur une semaine de quarante heures ? Ça n’est pas possible. Personne ne peut faire tout ça en quarante heures par semaine, sauf en accumulant un grand nombre d’heures supplémentaires et une tonne de stress au passage. En arrivant sur le foyer, malgré la bienveillance et les encouragements de l’équipe, la charge de travail m’a parue incroyable et m’a donné l’impression d’être jetée dans le grand bain sans autre forme de procès. Aucune animosité dans mes propos : personne n’avait le temps d’accorder aux nouvelles venues un accueil serein, à cause du rythme et de la charge de travail. Alors par la force des choses, on a été jetées dans le grand bain.

[A suivre…]

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