Quand on va entrer en scène – En Attendant Godot, de Samuel Beckett

L’une des sensations les plus jouissives que je connaisse, c’est celle qu’apporte le trac avant d’entrer en scène. Globalement, mes expériences théâtrales resteront parmi mes souvenirs les plus vivaces, les sentiments vécus parmi les plus intenses. Et j’ai envie aujourd’hui de raconter ce qui précéda notre première d’En attendant Godot, au Diapason à Rennes. Nous avions travaillé cette pièce pendant des mois, et avons été jusqu’à la présenter au Festival d’Arts de la rue d’Aurillac. Je dois dire que je suis plutôt fière du travail accompli! Et ce jour-là, en cet instant T, nous nous apprêtions à récolter les fruits de mois de préparation, pour la première représentation.

Gogo est allongé par terre, devant la scène. Didi, le petit garçon, Pozzo et moi, Lucky, sommes dans les coulisses. Et le public commence à rentrer. La scène du Diapason est vide, son parquet noir brille doucement sous les lumières de la salle. Le brouhaha des spectateurs monte, alors qu’ils s’installent. Nous sommes aux aguets, observant quelques têtes connues qui sont venues nous voir. Notre famille et nos amis sont au rendez-vous. Ca y est, j’ai le trac. Mon estomac se noue, une excitation teintée d’appréhension monte jusqu’à mon coeur. On va bientôt commencer à jouer, j’ai hâte. Mes muscles se tendent, mes sens sont en alerte, je me concentre. Je répète mon monologue une nouvelle fois dans ma tête. Même si personne ne se rendra compte que j’ai fait une erreur dans la récitation de ce texte absurde de trois pages, je n’ai pas envie d’en oublier une ligne. On se jette un regard, en proie au même sentiment. Peu à peu, les conversations se calment, et enfin les lumières s’éteignent.

Le temps se suspend, pendant quelques instants. Ce moment précis, avant chaque représentation, je l’affectionne tout particulièrement. On dirait qu’il est éternel, qu’il ne se terminera jamais. Le noir fait corps avec la scène, le public se tourne vers elle. Il y a une énergie incroyable dans ce moment qui précède le début du jeu.

On se regarde, complices. Les lumières s’allument. C’est parti.

Ca fait très longtemps que je ne suis plus montée sur scène. Mais mon amour du théâtre lui, est toujours en vie!

2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. As-tu vu un Triompse avec Kad Merad? Un Godot mis en abyme

    J'aime

    1. fabreminuit dit :

      Non pas vu! Merci du conseil 🙂

      J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s