Brocéliande – Ma première nuit dans la forêt

J’ai toujours aimé Brocéliande. La petite fille que j’étais et dont la voix résonne toujours en mon coeur se nourrissait de contes et légendes de toutes sortes, en particuliers issus de la tradition bretonne : les bois constituaient un merveilleux miroir de mes rêves d’enfant. Ils devinrent, plus tard, le terreau qui donna naissance à ma spiritualité. Brocéliande représente beaucoup pour moi. Ses arbres charrient des souvenirs de beuverie, de contemplation, d’expériences hors du rationnel, du raisonnable.

Et ma première nuit à faire du camping sauvage en est un très bel exemple. Toute jeune femme, j’avais soif d’aventure et d’échappées belles. Avec mon frère de jeu, Charley, on avait décidé de dormir en tente non loin de la fontaine de Barenton. A l’issue d’une longue marche, on a commencé par se désaltérer à l’eau de la source, avant de trouver une clairière où nous pourrions poser notre sac. Sans laisser une vieille peur ancestrale de l’obscurité nous rattraper à l’approche de la nuit, on a bu, mangé, ri ensemble et divagué comme à notre habitude avant de nous glisser dans nos sacs de couchage. Nous avions établi notre campement à 40 ou 60 mètres de la Fontaine.

Charley s’endort, et je reste à écouter les bruits apaisants de la forêt, planant dans un demi-sommeil tout à fait agréable. La nuit est complètement tombée désormais, mais la Lune permet de voir quelques ombres.

Soudainement, j’entends des pas dans les feuilles. Je pense d’abord rêver, et mon état somnolent me maintient dans cet état d’esprit. Pourtant, les pas se rapprochent de notre tente, et s’arrêtent près de nous avant de repartir. Je me dis que ce n’est probablement qu’un sanglier, même si cela ressemble très fortement à des pas d’humain. Dans tous les cas, c’est parti. Je me replonge dans ma communion nocturne avec la mélopée sylvestre.

Quelque vingt minutes plus tard, je suis réveillée par un nouveau bruit. Des tambours rituels résonnent, provenant de la direction de la fontaine. Il est minuit. Face à l’improbabilité de la situation, je réveille Charley.

« Tu entends?  » Nous prêtons l’oreille au phénomène, et c’est alors qu’un homme et une femme se mettent à chanter une litanie cérémonielle au son des tambours. Il y a de la curiosité dans les yeux de mon compagnon de route : « On va voir? » Non! D’un coup, j’ai peur de ne pas savoir qui je vais déranger en plein milieu de ce rituel. On reste dans la sécurité toute relative de notre tente. On se laissa plutôt aller au son des percussions chamaniques nocturnes, dont la transe nous fit planer, cette fois-ci, vers les bras de Morphée au creux desquels mon ami et moi nous sommes installés pour de bon.

Et ce fut ainsi que j’assistai (presque) à la tenue d’un rituel païen de la fertilité en plein milieu de la forêt de Brocéliande, à minuit passées.

3 commentaires Ajouter un commentaire

  1. vangophil dit :

    très jolie post, je n’ai jamais été attiré par l’ésotérisme », j’ai par contre vécu une experience para normal très grave et longue…dns un lieu sacré, dommage que la seule réponse de la société soit l’hp, au plaisir de vous lire, vous avez une plume

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    1. fabreminuit dit :

      merci beaucoup! 🙂 j’espère que ça va de ce côté là dans ce cas…

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