Lettre à mon ex

Mon très cher ex…


Je ne sais plus où j’ai lu ça, mais je me souviens de cette idée. C’est lorsque tout va bien qu’il faut écrire sur ce qui n’allait pas. C’est au moment où tout va bien qu’il faut prendre du recul sur ce qui s’est passé. Et pardonner, surtout. Par où commencer ?
Non, ce n’est pas une lettre d’excuse. Ni une lettre d’insultes. Encore moins une lettre d’amour. Manquerait plus que ça. Je ne regrette pas une seconde de t’avoir quitté, et je suis bien plus heureuse aujourd’hui que je ne l’étais hier.


Une lettre d’adieu, peut-être. Oui, c’est ça. Une lettre pour tirer un trait sur le mal, garder en mémoire le bien, et conclure quelque chose. C’est de ça dont j’ai besoin. En l’absence de possibilité de te parler, et d’être entendue.


Par où commencer, donc ? Neuf années de relation, ça ne se raconte pas comme ça. On s’est connus jeunes. A une période où je découvrais les joies de la transgression. On s’est aimés ainsi, très fort. En tous cas je t’ai aimé. Dans un univers d’alcool et de drogues. Et à l’époque ça me convenait. Par la suite, on a traversé beaucoup d’épreuves. Trois ans à distance, des décès. Envers et contre tout, on tenait bon. On s’est fait mille promesses d’éternité. J’y ai cru, très fort. Je me suis accrochée à cette vision de nos enfants qu’on aurait un jour. Une fois que tout irait mieux. Et telle cette coquille de noix dans la tempête, notre couple n’a pas sombré. Et j’avais mille et une idées de projets. Il fallait attendre. Alors j’attendais.
Et puis il y a eu la suite. Mon retour auprès de toi, mon diplôme en poche. Au début tout allait bien, entre nous. J’étais dans l’euphorie de mon retour dans ma ville, puis vinrent les difficultés pour trouver un travail, un nouveau décès. Et on a habité ensemble, après avoir été hébergés deux ans par mes parents.


C’est alors que je partis en voyage, deux mois. Quand je revins, ma vie se bouleversa. Bénévolat auprès de demandeurs d’asile, amour libre, rencontre d’un jeune géorgien dont je tombai amoureuse. Et cette rencontre agit comme un électrochoc pour moi. Je me réveillai comme d’un long sommeil, et me rendis compte que ça n’allait plus. J’étais face à un choix. Assumer mon cœur, et partir. Rester, et faire comme si tout allait bien alors que je m’étais rendue compte que je n’étais pas heureuse. Et je choisis d’aller vers cet avenir, vers cette femme que je voulais devenir, et je te quittai.


Car non, ce n’est pas notre relation de neuf années qui fut le problème. Ce sont nos dernières années. Et j’ai réalisé que beaucoup de choses entre nous étaient toxiques, et qu’on ne se faisait pas de bien. On a construit en parallèle nos vies, sans que tu t’impliques dans la mienne. Tu n’as jamais voyagé avec moi, ne t’es pas intéressé à mon travail, ne voulais jamais écouter mes histoires. Et l’avenir était flou, nous n’avions pas de projet commun. Il fallait toujours attendre une échéance nébuleuse, à l’issue de laquelle notre vie démarrerait. Plus tard, on vivrait. Plus tard, on voyagerait. Plus tard, on ferait des projets. Ce qui fait qu’on avait pas d’avenir. On était dans l’attente. Et c’est pour ça que j’ai vécu de mon côté. Je n’aurais pas pu t’attendre neuf années pour construire ma vie, et voyager.
Globalement, à la fin de notre relation, nous n’avions pas de quotidien en commun, en général on passait notre temps sur notre ordi sans rien partager, on baisait de temps en temps et on se bourrait la gueule avec nos potes. Tu ne faisais jamais le ménage, et moi vraiment peu souvent parce que j’en avais marre d’être la seule à le faire. Je ne pouvais rien affirmer lorsqu’on discutait sans que tu remettes mes connaissances en doute, j’avais perpétuellement tort. Et lorsqu’on se disputait, c’était un schéma théâtral qui recommençait, perpétuellement. Le manque de communication qu’on avait me faisait vriller, ma colère prenait le dessus, je hurlais pendant une heure, partais pleurer pour me calmer, culpabilisais, revenais la queue entre les jambes et on revenait sur la crise en blaguant. Oui, c’était mon petit pétage de plombs mensuel, de toutes façons c’était rien. Et il y avait cette phrase, qui m’est restée : « T’es tellement folle que de toutes façons personne d’autre que moi ne pourra te supporter. ». On a quand même décidé de se fiancer. Je me suis rendue compte que je n’en avais pas vraiment envie, et que le moment où tu me l’as demandé (soirée, bonne ambiance, pas envie de casser l’ambiance…) a fait que j’ai accepté. Je pensais que je t’aimais encore, mais je me sentais seule. J’assumais tes démarches administratives, notre vie. A part des sorties cinéma, c’est moi qui organisais notre vie. Sans soutien de ton côté. Tu avais un certain besoin de cette relation d’aide, qui allait bien avec mon complexe du sauveur, et me faisait de plus en plus avoir un rôle de maman pour toi. Et ce n’était pas sain. Cette situation faisait que je me sentais vidée, triste. Et pour tout cela, je t’ai quitté.


Malgré tout, briser neuf années de relation comme ça, c’est dur. Ca a été la décision la plus difficile de ma vie. Je ne pouvais pas encore assumer la culpabilité de briser nos promesses, notre passé, tout ce que nous avions traversé ensemble. C’est pour cela que je me suis dit à moi-même que ce que je voulais, c’était une pause de six mois. Mais en réalité, c’était la solution la plus douce pour ne pas avoir à gérer toute cette culpabilité que je ressentais. J’ai quand même essayé de faire les choses bien, t’expliquer tout ce qui n’allait pas. Pendant de longues soirées, des discussions qui ont duré des heures, j’ai essayé de te faire comprendre ce qui n’allait pas. Rien n’a marché. Il y a eu des pleurs, des supplications, des insultes, des paroles violentes. Et au bout de tout cela, j’ai fait une crise de nerfs qui a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Après cela, je ne voulais plus entendre parler de toi, je ne voulais plus que tu me touches, plus rien.

C’était fini. Je suis partie.
J’ai refait ma vie.


Et je suis bien plus heureuse comme cela.
Malgré tout cela, j’étais disposée à ce qu’on se revoie, plus tard. Qu’on garde une relation d’amitié. Rayer quelqu’un de ma vie avec qui j’ai passé neuf années, c’était dur. Tu as marqué ma vie, et je n’avais pas envie de renier cela. Mais j’ai appris tellement de choses, tu as mis en place tellement de choses qu’au jour d’aujourd’hui, je suis en colère contre toi. Et je n’ai plus envie de te revoir. Tu as craché sur notre relation, tu as craché sur ce que j’ai fait pour toi, ce qu’on a traversé ensemble. Et tu n’as mis aucune difficulté à le faire. Et pour cela, je suis en colère contre toi. Entre les insultes, l’argent que tu me dois encore, le chantage au suicide, le harcèlement, les mensonges, la culpabilisation, les remarques, les accusations, les tentatives de me discréditer auprès de nos amis, même de ma mère, ça fait beaucoup. Beaucoup trop. Je commence même à me demander si tu m’as aimée un jour.


Alors je conclurai cette lettre ainsi. L’homme que tu es aujourd’hui, je ne veux plus le voir. C’est fini. Peut-être si tu décides de me rembourser, et seulement à cette condition. Mais je sais que tu ne le feras pas.


L’homme que tu as été, avec qui j’ai traversé tant de choses, je garderai toujours une affection profonde pour lui. Et c’est à lui que je m’adresse. Même si aujourd’hui je suis heureuse, que j’ai construit une nouvelle vie, complètement différente, je veux lui dire au-revoir. La femme que je suis, que j’aime, elle a pu se construire en partie grâce à toi. Merci, pour ce que je suis. Je n’oublierai jamais ce qu’on a vécu, les bons moments et les grandes joies, les difficultés et l’amour qu’on a partagé. Je ne regrette pas une seconde vécue avec toi, même si tout n’a pas été facile. Et je te souhaite d’être heureux, de retrouver l’amour et de réaliser les projets que tu rêves de faire, et pour lesquels je ne doute pas que tu aies le talent qu’il faut.


Bon vent à toi, et que la vie te soit douce.
Aya.

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