Chroniques de rando #1 – Brocéliande et son Château de Trécesson

Illustration d’Antonin Briand

Est ce que vous aimez marcher? Randonner? Simplement vous balader?
Vous est-il déjà arrivé de découvrir des lieux étranges, étonnants, beaux, émouvants lors de vos expéditions?
Laissez-moi vous conter mes petites et grandes découvertes pour vous permettre, à votre tour, de partir à l’aventure… 

On le sait, la Forêt de Brocéliande est avant tout une terre de Légendes, mais c’est aussi une zone très, très touristique de la Bretagne. Et c’est vrai qu’il y a de quoi satisfaire beaucoup de monde : randonnées fabuleuses, légendes arthuriennes et histoires de fantômes raviront petits et grands en quête de Merveilleux. Pourtant, très souvent, lorsqu’un visiteur de la Forêt raconte son parcours, on peut découvrir qu’il s’est limité à deux localisations. L’Arbre d’Or, et le Val Sans Retour. Le premier est une installation artistique destinée à rendre hommage au travail des pompiers qui maîtrisèrent un incendie dans les environs il y a plusieurs dizaines d’années. Rien à voir, donc, avec le Mythe Arthurien. Le Val quant à lui vaut le détour, surtout en automne, lorsque les arbres se parent de couleurs chamarrées. Mais il est de mon point de vue dommage de se limiter à cette seule visite, quand Brocéliande compte autant de localités intéressantes. Et le Château de Trécesson en est l’une d’elles.

Situé non loin du camp de Coëtquidan, le château aurait été la demeure des seigneurs de Ploermël et Campénéac, dès le VIIIe siècle. Mais son architecture actuelle daterait du XVe siècle, période à laquelle il appartenait à la famille Trécesson. Le premier représentant connu de cette maison était le chevalier Jean de Trécesson. La demeure passera ensuite de famille en famille jusqu’à ses propriétaires actuels, les de Prunelé.
D’aspect étonnant, la bâtisse construite en schiste rougeâtre est entourée d’un lac sur lequel elle semble flotter. On ne peut le visiter, sauf lors des journées du patrimoine. Mais peu importe, car ce n’est ni son histoire, ni son architecture qui sont pour moi les plus intéressants. Car le Château de Trécesson est lié à plusieurs légendes.

La plus connue reste celle de la Dame Blanche, dont je vous épargnerai le récit (il est facilement trouvable au moyen d’une petite recherche Google…). On raconte par ailleurs qu’un curé sans tête rôderait autour du Château, ou encore que le Comte de Trécesson faillit perdre son domaine au jeu, mais réussit à le recouvrer en misant le Pied d’Ânon, une cabane en bois insignifiante, perdue dans un coin de ses terres.
Cependant, mon histoire préférée restera celle des Joueurs de cartes fantômes. On raconte qu’au temps de la famille Trécesson, un ami chevalier vint séjourner au château. Lors du repas, on lui raconta la légende attachée à une chambre du deuxième étage, où personne ne dormirait jamais. En effet, tous ceux qui y auraient passé la nuit se seraient sauvés, en proie à une terreur sans nom. Le chevalier décida d’y dormir, pour pouvoir témoigner sur la teneur de la hantise liée à cette pièce.
Vers minuit, un grand bruit le réveilla. A côté de son lit, il y avait une table autour de laquelle quatre silhouettes fantomatiques s’étaient assises pour jouer aux cartes. L’un d’entre eux avait frappé sur le bois, semblant se disputer avec l’homme en face de lui. Le chevalier comprit qu’il avait probablement dû tricher, et à raison car le fantôme sortit une arme, et tira sur le mauvais joueur qui s’écroula. L’instant d’après, tous avaient disparu, comme si rien ne s’était passé. Seule une bourse restait sur la table, remplie de pièces d’or.
Le lendemain, le chevalier vint voir le comte de Trécesson pour lui raconter son aventure, présentant la preuve. Le maître des lieux lui réclama alors le contenu de la bourse, l’événement s’étant passé chez lui, il lui revenait donc de droit. L’invité refusa, estimant que l’argent devait lui appartenir, puisqu’il fut le seul assez courageux pour dormir dans la chambre.
Le comte et le chevalier en discutèrent, se disputèrent, en vinrent aux mains et ne purent trouver un accord. L’histoire raconte que l’affaire fut portée jusqu’au Parlement de Bretagne, à Rennes, où on trouverait dans les archives une trace de ce procès destiné à trouver qui était le propriétaire de la bourse fantomatique…

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