Ma grossesse et mon accouchement 3/3

Les heures passent. Dix-sept heures. J’en profite pour dormir et récupérer un maximum. Dix-huit heures. Dix neuf heures. Vingt heures. La sage femme vient régulièrement vérifier la dilatation de mon col. Il faut qu’il soit ouvert à dix centimètres pour pouvoir accoucher et me mettre à la poussée. Ca se calcule en doigts, mais je n’ai pas bien retenu le nombre! A chaque fois qu’elle vérifie, elle en profite pour voir où en est mon enfant, s’il est bien descendu. Et à chaque fois qu’on lui touche le haut du crâne, il s’agite comme s’il n’aimait pas ça. Ca nous fait rire toutes les deux.

La soirée avance et se fait tardive. Je continue à dormir mais je me sens mieux, j’ai repris des forces. Les contractions se sont accélérées, mais pas encore assez. Il faut que j’en aie toutes les cinq minutes. Je ne les sens plus, grâce à la péridurale que je peux doser quand j’en ai besoin. Apparemment, le surdosage n’est pas possible mais par principe je ne m’en sers pas trop: l’idée n’est pas de ne plus rien ressentir, simplement de gérer la douleur.
On me place dans la position latérale de Gasquet, censée aider le bébé à bien se placer. On m’injecte en intraveineuse un produit qui va aider les contractions à s’accélérer. Je dors encore. Minuit passe. Une heure. La sage-femme repasse. Je suis assez dilatée. Le bébé est bien placé. Ca y est, c’est le moment. Wouah…
J’appelle Zaza, sorti fumer une cigarette. Je suis étrangement calme. Les sage-femmes, en tenue stérile, sont face à moi. Je suis en position gynécologique. Zaza est à côté de moi, ma main est dans la sienne. A moi de jouer. Il s’agit d’attendre l’arrivée d’une contraction, et de l’accompagner en poussant. Je me sens réveillée, prête. Concentrée.

Une contraction arrive. Je me rappelle des conseils qu’on m’a donnés, pousser comme si j’étais aux toilettes en m’aidant de ma respiration. Je pousse. Une fois. Deux fois. Trois fois. Les sage-femmes m’encouragent. Me félicitent. Zaza serre fort ma main. Je me relâche. Souffle. On attend la contraction suivante. Pendant ce temps, on discute un peu. Ca arrive de nouveau. Rebelote. Une fois. Deux fois. Trois fois. Je sens l’entrée de mon vagin s’étirer de plus en plus.

Dans le calme, on discute de nouveau. Puis encore une contraction. C’est bien Madame. C’est très bien ce que vous faites. On voit le haut de sa tête, vous voulez voir? Non, je n’ai pas envie de voir à quoi ressemble mon corps dans cet état, ni de toucher. C’est reparti. Une fois, deux fois, trois fois. En quelle langue vous parlez avec votre conjoint? Le russe? Ah, c’est intéressant! Encore une contraction. Mon col est tellement étiré que je me dis qu’il va craquer. Une fois. Deux fois. Trois fois. Une fois, deux fois, trois fois, quatre fois.
Et puis soudain, d’un coup d’un seul, on sort de moi une petite chose qui se met à crier. La sage-femme lui passe un bonnet et le met sur moi, recouvert d’un linge blanc.
Difficile de décrire ce que j’ai ressenti à ce moment là. Je me souviens avoir pensé en quasi-monosyllabes : « Woh, déjà? Oh… » Et puis tout a disparu autour de moi. Plus rien n’existait à part moi, Zaza et cette petite crevette nommée Vladimer. Je n’oublierai jamais l’expression de Zaza à cet instant précis. Moi, j’étais trop occupée à le regarder, et partager ma joie avec mon amoureux. Je lui ai donné le sein et mon fils a bu le colostrum. On dit que ce premier lait est le meilleur, et qu’il est plein de bonnes choses pour les nouveaux-nés.

Tout cela nous a tellement obnubilés que je n’ai même pas remarqué que j’avais fait une hémorragie et que l’une des sage-femmes était en train de me recoudre. En passant, la petite crevette m’a déchirée jusqu’à atteindre mes muscles pelviens. Mais je m’en foutais, j’étais trop occupée à le trouver beau.
On a fait un temps de peau à peau, et c’est vrai que c’est un moment très doux et tendre à passer avec son enfant. Les sage-femmes ont coupé le cordon et l’ont pesé. Puis Zaza l’a pris sur lui. Il a dormi, contre la peau de son père. De mon côté, on m’a conseillé d’essayer d’aller aux toilettes. Il faut le faire dans les 4 à 6 heures qui suivent l’accouchement, et le plus tôt est le mieux. Je me lève, marche en canard, m’asseois… et fais un malaise. On me rallonge, et on m’injecte le produit censé faire passer la baisse de tension. Ca va mieux.

Il faut savoir qu’aller aux toilettes est non seulement nécessaire après un accouchement (c’est important de faire retravailler cette région du corps!), mais aussi un sacré challenge. Non seulement c’est douloureux, d’autant plus quand on a subi une épisiotomie/déchirure, mais ça demande aussi de solliciter des organes/muscles/sphincters insensibilisés, presque paralysés par le travail et la péridurale. On se retrouve obligées de conceptualiser quelque chose de naturel, comme si on ne savait plus le faire…! J’ai mis environ six heures à y arriver après la naissance de Vladimer.

Une fois mon malaise géré, les sage femmes prennent congé malheureusement. Merci à elles pour le merveilleux travail qu’elles ont fait auprès de nous. Un brancardier prend le relais, même si je suis plus vaillante je serais bien incapable de marcher la distance qui nous sépare du service où je vais être hospitalisée quatre jours.
Les néons du plafond défilent devant mes yeux, de couloirs en couloirs. J’ai une pensée fugitive pour le film L’Echelle de Jacob. Est-ce dans ce film que j’ai vu ce plan…? Ou dans Resident Evil?
Zaza suit avec le berceau de Vladimer, derrière nous. On nous installe dans une chambre, au bout d’un couloir. Un petit déjeuner sera servi un peu plus tard. C’est le matin, déjà. Mon amoureux rentre se reposer, il reviendra plus tard.

Mon fils dort à côté de moi. De mon côté je somnole, affamée. Ca fait vingt quatre heures que je n’ai rien avalé. Je repense à ce que je viens de vivre. Beaucoup d’émotions fortes, de beaux changements sont encore à venir dans ma vie.

Mais ça y est. Je suis Maman.

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