Ma grossesse et mon accouchement 1/3

Depuis quelques années, les langues se délient sur notre condition. Que ce soit les violences faites aux femmes, sexuelles ou non, l’endométriose, le plaisir féminin, le clitoris, beaucoup de sujets ont trouvé une lumière qui leur était refusée auparavant. Et il est sain, tellement libérateur de pouvoir s’exprimer librement sur notre intimité, et permettre à tout un pan de la population de mieux comprendre de quoi sont faites nos vies. Car l’essence du vivre ensemble n’est-il pas une mutuelle et totale compréhension?

De grand pas sont faits chaque jour, même en ces temps troublés, vers une plus grande égalité. Et il est un sujet dont j’aimerais parler, puisque je viens de le vivre intimement. Être enceinte, et accoucher. Car sur cet événement majeur de la vie d’une femme (pas indispensable au fait d’être une femme accomplie, j’entends, mais majeur dans l’importance qu’il prend dans la vie d’une femme lorsqu’elle fait ce choix), il plane aussi beaucoup de tabous dont on commence à percer la bulle idéalisée. Et je voudrais participer à briser cette image d’Epinal.

Pour commencer, ce n’est pas un bonheur de chaque instant, d’être enceinte. En tous cas, je ne l’ai pas vécu comme tel. Que ce soit le regard que l’entourage de la personne concernée pose sur elle, ou encore dans les (très) nombreux changements que cet état inflige au corps, le fait d’être enceinte n’est pas le bonheur absolu que l’on m’avait décrit lorsque j’étais petite. Vous savez, je pense à ces femmes qui parlent de leur accouchement comme étant un peu douloureux hein, mais bon on oublie tout lorsqu’on nous met le bébé sur le ventre. Ou encore qui affirment s’être senties rayonnantes, et plus belles qu’à l’accoutumée. Ces phrases, que tout le monde a entendu au moins une fois, sont pour moi symptomatiques du tabou qui subsiste concernant l’accouchement et la grossesse. Puisque faire un enfant est une joie immense, indescriptible, transcendante d’amour, il est mal vu de jeter une quelconque ombre au tableau. Et c’est bien dommage, car on se sent souvent perdue lorsqu’on vit tout cela pour la première fois.

Physiquement parlant, ça fait quoi d’être enceinte? C’est dur à décrire, mais il y a quelques petites choses dont on peut parler. La sensation que j’ai préféré, c’est celle de sentir mon enfant dans mon ventre. Les coups qu’il donne, le fait de le sentir bouger, réagir à ma voix, à mes gestes, à ceux de son père… C’est la plus belle sensation, le plus beau sentiment que j’ai vécu pendant ces neuf mois. Et de très loin.
En revanche, physiquement parlant, il m’a été difficile de vivre un certain nombre de choses. La prise de poids, même si elle est normale, m’a faite angoisser. Vais-je réussir à tout perdre? Est-ce que je prends normalement du poids? Est ce que je peux me permettre de manger plus que d’habitude? On ne se sent pas légitime à en parler d’ailleurs, de ces questionnements. Car être enceinte va avec un certain nombre de jugements, mais je vais y revenir.
Je me suis sentie particulièrement fragile en étant enceinte, et c’est une sensation que je n’ai pas du tout appréciée. C’est lié à ma psyché, mais je ne supporte pas d’être vulnérable. Et cet état met le corps à rude épreuve. Plus le terme approche, et plus le corps est douloureux, les jambes lourdes, il devient difficile de se baisser, d’accomplir un certain nombre de gestes du quotidien… Même manger et respirer, vers la fin, devient compliqué dans certaines positions, les poumons et l’estomac ayant moins de place pour se déployer entre le ventre distendu, et les seins alourdis. Tout cela m’a fait attendre impatiemment la fin de ma grossesse, car on a peu à peu cet étrange désir de « retrouver son corps » comme s’il ne nous appartenait plus vraiment, mais au bébé à naître. Mon corps me pesait, m’encombrait. Je me suis sentie empâtée, de plus en plus mal dans ma peau. Pataude. Et cette sensation accentuait la hâte que je ressentais d’arriver à mon accouchement.

Une chose que je peux dire pourtant, c’est que ma grossesse s’est plutôt bien passée, car je n’ai pas eu beaucoup de problèmes de santé. Pas d’oedème, de cystite, pas de diabète gestationnel, pas de toxoplasmose, pas de varices… Le plus gros problème auquel j’ai dû faire face, ce sont des crises hormonales. On rit souvent des femmes enceintes en disant qu’elles sont émotives, et c’est peu dire dans mon cas. Une chose à laquelle je ne m’attendais pas, c’est au fait que les hormones de grossesse rendent idiote. Plus le terme approchait, plus je planais, et parfois tellement que je ne comprenais pas tout de suite ce que l’on me disait lorsqu’on me demandait quelque chose. Réfléchir devenait parfois compliqué, j’avais des difficultés à me concentrer longtemps sur quelque chose, et je suis effectivement devenue extrêmement émotive le dernier mois. Et dire émotive serait un euphémisme. J’ai fait mes premières crises d’angoisse en étant enceinte. Je manquais d’énergie, de plus en plus, j’avais perpétuellement envie de dormir, et la moindre contrariété me faisait pleurer. Et lorsque je m’angoissais, je perdais le contrôle de mes émotions et je finissais par hyperventiler, pleurer, et enchaîner les quintes de toux jusqu’à en vomir. Ces crises, je mettais plusieurs heures à m’en remettre. C’était à la fois épuisant physiquement et émotionnellement. <br>Pour finir, une chose difficile à gérer avec la grossesse, c’est le regard de l’entourage. Sans le vouloir forcément, on devient l’objet de beaucoup de jugement, et c’en devient lourd. Il y a d’abord ces femmes qui se sentent légitimes à nous raconter comment elles, elles ont vécu la chose. Sans que forcément on ait envie de connaître leur expérience. Il y a ceux qui s’inquiètent perpétuellement de notre fatigue, comme si nous étions des petites choses fragiles, ou tout simplement incapables de formuler nos besoins. Enfin, il y a tous ceux qui ont des idées arrêtées sur la grossesse, et qui remettent en question notre manière de la vivre. Cigarette, repos, alimentation, habitudes de vie… Tout cela part de bonnes intentions, mais toutes ces petites choses m’ont faite me sentir perdue, illégitime, fragile dans cette idée que je menais correctement ces neuf mois dans l’intérêt de mon petit bonhomme à naître.

Être enceinte, ce n’est ni facile, ni agréable. Ce n’est ni sécurisant, ni drôle, ni léger. C’est lourd de sens, et de responsabilités. Ca éveille beaucoup de choses, et force à en mettre beaucoup d’autres de côté. On pourrait croire que je regrette d’avoir conçu mon fils, après toute cette négativité. Pourtant, et pour reprendre la phrase toute faite que j’avais entendu sur les douleurs que l’on oublie après l’accouchement, j’ai compris ceci : non, on oublie pas toutes ces difficultés. Non, on oublie pas les douleurs après l’accouchement. En tous cas, je ne les ai pas oubliées. Mais tout cela en vaut la peine, tellement la joie et l’amour qui s’ensuivent sont immenses.

[A Suivre…]

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s