The Haunted World of El Superbeasto – chronique culturelle sur Nofrag (8/04/2018)

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Ce mois-ci, je vous propose de vous munir de biĂšres pour une soirĂ©e film. On va parler d’un dessin animĂ© bien particulier. Et puisque je n’ai pas envie de me fouler pour introduire cette chronique, je commencerai par une petite question. Vous-ĂȘtes vous dĂ©jĂ  demandĂ©s ce que pourraient donner des zombies nazis, des stripteaseuses, satan, des catcheurs mexicains et un robot Ă©rotomane rassemblĂ©s dans un film ? Moi non plus. Mais Rob Zombie a tout de mĂȘme la rĂ©ponse.

Vous connaissez Rob Zombie ? Allez, on va dire que non. DerriĂšre ce nom digne d’un chasseur de monstres tout droit sorti d’un film Z, il y a un chanteur/compositeur de mĂ©tal, issu de la scĂšne indus amĂ©ricaine. Il a crĂ©Ă© le groupe White Zombie, pour ensuite se faire connaĂźtre avec le groupe qui porte son nom. Mais l’artiste est aussi connu pour son attrait plutĂŽt prononcĂ© pour le cinĂ©ma de genre, les slashers et autres films de monstres. Il compte aussi une carriĂšre de rĂ©alisateur, scĂ©nariste, acteur de doublage, rĂ©alise ses clips et de temps en temps des pubs. Il compte sept longs-mĂ©trages Ă  son actif. Il a rĂ©alisĂ© notamment un remake d’Halloween (le classique de John Carpenter), des slashers sympathiques (31La Maison des 1000 Morts), dĂ©peint des univers plutĂŽt sombres (Lords of Salem) et aime globalement nous offrir des longs-mĂ©trages volontairement gore et transgressifs. Son film culte s’appelle The Devil’s Rejects (2005), et fait suite Ă  La Maison des 1000 morts. Dans une ambiance trĂšs road-movie, il raconte la cavale meurtriĂšre de la famille Firefly, une bande de tueurs psychopathes dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s. LĂ  oĂč le film a marquĂ© les fans de Robbie, c’est dans sa narration. Le point de vue d’identification du spectateur est inversĂ© pendant le dĂ©roulement de l’histoire, et nous amĂšne Ă  nous attacher Ă  des personnages abjects. Le rĂ©alisateur le fait d’une maniĂšre trĂšs subtile, en jouant avec l’imagerie d’identification normalement rĂ©servĂ©e aux hĂ©ros au cinĂ©ma.
Mais je ne suis pas lĂ  pour faire une review de la filmographie de Rob Zombie ! Si vous ne connaissez pas son univers, je vous invite Ă  le dĂ©couvrir Toutes ses rĂ©alisations valent le coup d’oeil, et comptent parmi elles quelques petites surprises un peu moins connues.
Si j’aime beaucoup Rob Zombie, c’est en grande partie pour sa libertĂ© de ton. Qu’on aime ou pas sa musique et ses films, le rĂ©al s’est toujours dĂ©brouillĂ© pour raconter ce qu’il voulait, quelles que soient les circonstances. Tous ses films font la part belle Ă  l’ultraviolence, au sexe explicite et globalement Ă  un bon nombre de transgressions morales tout en rendant hommage Ă  un large pan du cinĂ©ma de genre, Ă  un tel point qu’on pourrait se dire que son vĂ©ritable art a toujours Ă©tĂ© d’arriver Ă  raconter ce qu’il voulait en passant outre les barriĂšres des bonnes moeurs. Peut-ĂȘtre faudrait-il rappeler qu’il s’est coupĂ© de beaucoup de producteurs hollywoodiens en se fĂąchant avec les frĂšres Weinstein ? A l’époque prĂ© #metoo, il fallait en avoir dans le caleçon.
AuprĂšs du grand public, ses rĂ©alisations ne font pas l’unanimitĂ©. Et c’est souvent cette violence dĂ©complexĂ©e qui lui est reprochĂ©e. Mais cantonner l’artiste au genre du torture porn serait une erreur, et The Devil’s Rejects en est un exemple type par son concept osĂ© et malaisant. Il est un peu plus qu’une espĂšce de sadique visant Ă  choquer son audience par tous les moyens. Qu’on aime ou pas les histoires de psychopathes dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s et de sorciĂšres sataniques, son univers reste sans concession mais sincĂšre. A prendre ou Ă  laisser !

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The Haunted World of El Superbeasto (2009) est un dessin animĂ© scĂ©narisĂ© par Rob Zombie et Mr Lawrence, acteur de doublage sur le dessin animĂ© Bob l’Eponge. Il est basĂ© sur un comics Ă©crit par le chanteur. A sa sortie aux USA, il a Ă©tĂ© interdit en salles aux mineurs, pour son contenu violent et sexuellement explicite. Sa recette est en effet trĂšs simple : du sexe, des filles, des zombies nazi, du sang, des rĂ©fĂ©rences cinĂ©matographiques au quintal, un singe libidineux, des scĂ©naristes qui assument le dĂ©lire jusqu’au bout, et une bonne grosse dose d’humour dĂ©bile. Personnellement, il n’en faut pas plus pour me plaire !

“Il Ă©tait une fois, dans le monde des films d’horreur, un catcheur mexicain star du X, nommĂ© El Superbeasto. Il manie aussi bien ses poings que la drague lourdaude, qu’il pratique tous les soirs dans son club de striptease prĂ©fĂ©rĂ©. Suzy X, sa soeur, est une espionne internationale “tueuse de sacs Ă  merde”, excellant dans l’art de la dĂ©capitation de zombies nazi. Elle est la crĂ©atrice de Murray, un robot Ă©rotomane.
Tout bascule le soir oĂč ‘Beasto assiste Ă  une danse de la stripteaseuse Velvet von Black. Elle qui “est plus addictive qu’une montagne de crack”, et qui “vous rend plus dur qu’un cours de maths”, fait un effet boeuf au catcheur qui (a soudain furieusement envie de se la faire) en tombe amoureux. Mais le Dr Satan la fait kidnapper par son singe domestique: la belle possĂšde LA marque impie (un tatouage 666 sur la fesse droite), qui lui permettra d’accomplir une prophĂ©tie censĂ©e le rendre surpuissant. Il doit pour cela s’unir avec elle, et en faire sa femme. Notre duo hĂ©roĂŻque se lance alors Ă  la poursuite des ravisseurs, pour tenter de sauver le monde ! ”

Comme d’habitude avec le rĂ©alisateur, le dessin animĂ© n’est pas apprĂ©ciĂ© de tous, mĂȘme parmi ses fans. Les principales critiques pointent un humour lourdaud et gratuit, tant dans son cĂŽtĂ© Ă©rotique que dans son univers inspirĂ© du cinĂ©ma de genre. Et c’est vrai qu’on peut admettre que Robbie s’est lĂąchĂ©. DĂšs les cinq premiĂšres minutes, on a droit Ă  une scĂšne de sexe Ă  la sauce tomate pour le moins Ă©trange, qui donne le ton pour le reste du film ! Du coup, point de sous-texte philosophique sur la noirceur de l’ñme humaine ici : il ne faut pas chercher un sens, il n’y en a pas ! Le film est un dĂ©lire du rĂ©al qui en assume complĂštement la vacuitĂ©, et va jusqu’à prĂ©venir son spectateur : dans une scĂšne d’ouverture reprise quasiment mot pour mot de celle du Frankenstein de 1931, on met le spectateur au parfum. Ce qu’il s’apprĂȘte Ă  visionner est violent, idiot, gore et salace. « Mr Rob Zombie pense qu’il serait un peu mĂ©chant de prĂ©senter ce film sans un lĂ©ger avertissement. Â». Le spectateur est prĂ©venu, Ă  lui de choisir s’il suit les conneries du rĂ©al, ou pas.

Mais plus qu’un dĂ©lire/dĂ©fouloir Ă©rotico-horrifique, The Haunted World of El Superbeasto reste attachant et hilarant Ă  mes yeux. Outre sa multitude de gags, ce qui me plaĂźt le plus dans ce film tient Ă  sa rĂ©alisation. Le rythme est trĂ©pidant, ne laisse aucun rĂ©pit au spectateur, dĂ©fonçant le quatriĂšme mur un nombre incalculable de fois jusqu’à en devenir imprĂ©visible, sauvant par la mĂȘme occasion ses vannes des Ă©cueils graveleux dans lesquels il aurait pu tomber en crĂ©ant une surprise sans cesse renouvelĂ©e. Superbeasto s’assume complĂštement de A Ă  Z (peut-ĂȘtre devrait-on dire de X Ă  Z), et recherche en permanence l’interactivitĂ© avec son spectateur Ă  la maniĂšre d’un Bugs Bunny sous amphĂ©tamines. Que ce soit dans les chansons ou les dialogues, les scĂ©naristes prennent sans cesse du recul sur ce qu’ils ont Ă©crit pour entrer en connivence avec le public : dans une scĂšne trĂšs fortement inspirĂ©e de Carrie de Stephen King, une voix off dĂ©nonce le plagiat “Depuis que le film a commencĂ©, cette partie est la plus dĂ©bile”. C’est facile, mais on t’avait prĂ©venu ! Peut-ĂȘtre que c’est cette honnĂȘtetĂ© qui fait que la recette du film marche ? Toujours est-il que j’ai pris un plaisir mi-nanardesque mi-dĂ©fouloir Ă  regarder The Haunted World of El Superbeasto, qui m’a fait passer un excellent moment. Et j’ai ri. Beaucoup.

Pour ceux qui connaissent Zombie, on retrouve son univers et ses rĂ©fĂ©rences dans ce film, de son amour pour les loups-garous au culte qu’il voue au postĂ©rieur de sa femme. Puisqu’il est un Ă©norme fan de films de genre, le rĂ©alisateur a surchargĂ© Superbeasto d’une mĂ©gatonne de rĂ©fĂ©rences. Le style graphique est trĂšs cartoonesque, l’animation largement inspirĂ©e du style Nickelodeon, et le film grouille de camĂ©os plus ou moins gratuits. Entre autres, on aura droit Ă  Jack Torrance qui donne un coup de hache Ă  la mouche de Cronenberg, la CrĂ©ature du Lagon Noir en train de faire un cunilingus Ă  la FiancĂ©e de Frankenstein, Captain Spaulding pelotant les fesses de Suzy X, Edward aux Mains d’Argent qui fait la queue pour entrer en boĂźte, Michael Myers en victime d’accident de la route
 De quoi remarquer des petits dĂ©tails Ă  chaque visionnage.

Les acteurs se mettent au diapason du dĂ©lire avec un plaisir trĂšs manifeste. Ils sont tous excellents, et la muse Sheri Moon (sa femme, donc) ne fait pas exception. La BO du film comporte elle aussi quelques perles : mention spĂ©ciale Ă  la chanson qui accompagne le combat entre Suzy X et Velvet, durant laquelle on apprend que se lustrer le champignon sur un animĂ© c’est ok, les japonais le font tous les jours. L’ensemble est d’ailleurs agrĂ©able Ă  Ă©couter, et accompagne trĂšs bien le rythme du film.

PassĂ© le premier abord d’humour gras, c’est donc un dessin animĂ© trĂ©pidant, drĂŽle et bien fait que je vous propose de regarder ce mois-ci. J’y mettrai un bĂ©mol : si vous n’aimez pas le cinĂ©ma de genre, je ne pense pas que ce film vous plaira. Mais de mon point de vue, il est Ă  voir au moins une fois ! Pour ĂȘtre tout Ă  fait franche, l’écriture de cette suggestion a Ă©tĂ© compliquĂ©e. C’est difficile d’expliquer pourquoi un film aussi borderline est gĂ©nial, mais je l’ai personnellement adorĂ©. The Haunted World of El Superbeasto est trĂšs peu connu en France, mĂȘme pour les fans de Rob Zombie. Et je pense qu’il gagnerait Ă  l’ĂȘtre.
Que vous dire de plus ? Si toutefois vous aimez le cinĂ©ma de genre, l’humour gras, les zombies nazi, les pin-up capables d’assommer un importun d’un coup de sein bien placĂ©, le jeu Twister, trouver mille et unes maniĂšres de qualifier un vagin, les chĂąteaux gothiques, Dr Jekyll et la famille Firefly, Goldorak, les ailes de poulet Ă©picĂ©es et les catcheurs mexicains, procurez-vous le film ! (promis, on ne dira rien si vous le tĂ©lĂ©chargez
) Quitte Ă  avoir une indigestion de rĂ©fĂ©rences pop-culturelles, ce sera toujours mieux que Ready Player One !