The Mitchi Bitchi Bar – où alcoolisme, années 30 et swing font bon ménage

C’est alors que l’été se rapproche doucement que je viens vous proposer un petit voyage dans le temps. Je ne pense pas me tromper en affirmant que certains d’entre vous ont pour habitude d’écumer les festivals l’été, alors pour vous accompagner doucement vers ces torrents de soleil, d’alcool et de musique, permettez moi de vous faire partager une de mes découvertes de festival. Ô lecteurs exigeants et autres afficionados de la science infuse culturelle, c’est à vous que je m’adresse : fermez tous vos gueules, j’ai quelque chose à vous raconter. 

Laissez-moi d’abord vous conter une histoire. Un jour parmi tant d’autres, je m’étais perdue dans le fin fond de la Mayenne une bière à la main. Tout arrive, vous en conviendrez. Mes pas m’avaient conduite dans un petit festival sans prétention, entourée de compagnons de beuverie. Passablement éméchés, nous nous dirigeâmes vers une scène quelconque, d’où provenaient des accords de boogie woogie plutôt intéressants. Sur le plateau, un bar des années trente, pourvu d’un serveur en costume qui préparait des cocktails. Face au public, huit hurluberlus jouaient un crazy swing du plus bel effet, l’un d’entre eux arpentant le public pour offrir des shots de bourbon aux festivaliers. Nous nous joignîmes aux fêtards et plongèrent quasiment cent ans en arrière. D’un coup, un ruszkov en tenue de la marine se mit à se battre avec un new-yorkais endimanché. Le barman les sépare, et le chanteur à la voix rocailleuse réconcilie tout le monde. On balance des roses rouges dans le public, nouvelle distribution de shots. S’ensuit un blues de contrebande qui enflamme le parterre. Ce fut pour moi une belle gueule de bois, et une excellente découverte musicale. 

ibis

Le ramassis d’alcooliques que j’avais vu jouer ce soir-là se fait appeler The Mitchi Bitchi Bar, et provient de Montpellier. Avec deux albums à son actif, le groupe propose un style crazy swing ambiance années folles américaines, avec pour devise « One Bourbon, one song ». Pour les écouter, je ne vous ferai pas de dessin. Il faut aimer les crooners, Charlie Parker, Muddy Waters, Jerry Lee Lewis et autres John Lee Hooker. Leurs influences et compositions voyagent du blues au rock, du boogie au jazz en passant par le swing dans une ambiance de cabaret poussiéreux. Quant aux paroles, elles décrivent l’univers scénarisé du groupe, et narrent des histoires de voyage, de coucheries, d’escroqueries et autres racontars de comptoir à la manière des grands noms de l’époque. Les morceaux valent le coup, sont pêchus, entraînants, bien interprétés, et la voix rocailleuse du chanteur vaut le détour. Sur scène, ils mêlent musique, jeu scénique et acrobaties, je ne saurai donc trop vous conseiller d’aller les voir si l’occasion se présente.Le spectacle vaut son pesant de cacahouètes. 

Mais ce qui fait l’originalité et surtout la personnalité du Mitchi Bitchi Bar, c’est son côté théâtralisé, ses chroniques et les personnages interprétés par les membres du groupe. Si comme moi l’ambiance des bars miteux de ces décennies, grouillant de gangsters du dimanche en costume bon marché et de femmes aux portes-cigarettes/rouge à lèvres tape à l’oeil vous plaît, le délire vous siéra de même. Si l’on se fie à leur site, les larrons ne viendraient pas de Montpellier, mais de New-york. François, le tenancier, nous raconte leur histoire : Mitchi, le chanteur, serait un habitué de la première heure. Lui, sa bouteille de scotch et ses yeux bleus interdits auraient planté sa femme le jour des noces, en partant avec la Cadillac louée pour l’occasion. Ce genre d’enfoiré. 

Bitchi, on ne sait pas trop d’où il vient. Probablement orphelin, assurément doué au piano, il ne parle pas mais s’exprime par gestes. Il aurait rencontré Mitchi dans un bordel, où ils se seraient mis à improviser tous les deux. Et là, c’est toute la clientèle à poil qui aurait dansé et forniqué à un rythme endiablé, jusqu’au petit matin.

C’est au fil de petites arnaques et de contrebande qu’ils auraient rencontré le reste des musiciens. Le Smith d’abord, les frères Cobb ensuite. Un avocat, un ouvrier. « L’un qui tape, l’autre qui flûte. Batterie et saxo. ». Don Juan Batista Enrico Manuel Alvarez de la Barra, un réfugié cubain aux dents blanches et aux costumes impeccables qui restait évasif sur ses origines. Enfin, le petit Little et son talent à la trompette les rejoignirent avec Yuri, un marin russe à peine débarqué qu’il était déjà plongé dans un trafic de whisky artisanal. 

« Il faut le dire, je crois que j’étais tombé amoureux… Pas de eux hein, mais de ce «jazz» du diable ou du bon dieu qu’ils faisaient jaillir de leurs instruments. Quelque chose de mystique, sacré, je ne sais pas, en tout cas un truc qui nous dépasse… C’est compliqué, je veux dire, tous les soirs, quand ils suaient sur scène, qu’ils remplissaient mon bar et vidaient mes réserves pour recracher l’alcool… l’alcool en flots de musique. Et qu’après ils naviguaient dessus, comme si ils pouvaient mourir et que c’était ça, le jeu. Jouer avec la foutue mort qui nous tenait les tripes, à nous, à  tout les gens dans le noir de la salle. Et eux, ils faisaient monter les vagues toujours plus haut, à diriger à moitié leur navire cinglé.
Ils étaient devenus complètement libres. Libres de mourir le soir, renaître le matin. Libres de traverser le monde. De brûler dans les bras des femmes, se noyer dans le whisky. Libres de plus avoir peur. Et ce courage là, ils te l’envoient en pleine gueule. Et t’as pas le choix. J’étais tombé amoureux de ça. Comme une drogue. »

En bref, The Mitchi Bitchi Bar, c’est un beau bordel  issu de la prohibition, porté par 9 musiciens fiévreux et un peu alcooliques. Ca tient du boogie, du blues, du jazz, du rock, de l’improvisation, du théâtre et encore du boogie. Il y a des filles, un saxo, des guitares et un piano flanqué d’un chanteur à la voix cassée par la cigarette. Sur scène ça déménage, ainsi que dans les oreilles. Un petit tour par leur site pour aller découvrir tout ça? 

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