Painkiller Black Edition – nouvelle critique sur Culture MĂ©tal !

20180123233300_1

Painkiller, ou antalgique en anglais, est le titre d’une chanson de Judas Priest et Depeche Mode, mais pas uniquement. C’est aussi un chouette petit FPS tout droit venu de l’Est, dĂ©veloppĂ© par les polonais de People Can Fly. Sorti en 2004, il propose un mode solo et multijoueur avec son comptant de monstres Ă  l’IA psychopathe et un gameplay bourrin bien comme il faut, le tout servi par un level design absolument dĂ©licieux.

Dans Painkiller, vous incarnez Daniel Garner, soit un Ă©niĂšme badass mal rasĂ© Ă  la Max Payne. Notre Danny, donc, n’a pas de chance: le soir de l’anniversaire de sa femme Catherine, il se tue avec elle dans un accident de voiture. Depuis, notre luron erre dans les limbes, seul et on l’imagine, triste comme les pierres. Mais c’était sans compter sur les plans du TrĂšs-Haut! Un jour, un Ă©missaire du Paradis vient le voir avec une proposition « toute simple »: aller dĂ©foncer l’armĂ©e, les gĂ©nĂ©raux et les princes de l’Enfer pour lui. En Ă©change, on lui rendra la vie, sa femme, tout en lui assurant une place au Paradis. Non parce que vous comprenez, Daniel Garner a des compĂ©tences, qui intĂ©ressent Dieu. Evidemment. Ni une ni deux, notre Rambo accepte, et s’en va dĂ©fourailler de la crĂ©ature diabolique Ă  coups de fusil Ă  pompe. Qui est l’envoyĂ© du Seigneur? Va-t-il retrouver sa femme? Est-elle en enfer aussi? Comment va se passer sa quĂȘte?

La rĂ©ponse est simple: on s’en fout. Tout comme l’idĂ©e d’un quelconque background Ă  cette histoire. Pour quelqu’un comme moi, qui suis attachĂ©e Ă  un scĂ©nario fouillĂ©, profond et Ă©crit d’une main de maĂźtre, celui de Painkiller est franchement nul Ă  chier, il faut ĂȘtre honnĂȘte. Les ressorts de l’histoire sont aussi passionnants que ses personnages sont originaux, les dialogues sont plats, l’univers vide, les localitĂ©s incohĂ©rentes
 En bref, je me suis retrouvĂ©e trĂšs vite Ă  m’ennuyer devant les cinĂ©matiques qui ponctuent les chapitres. Mais au final, si on considĂšre le jeu d’un point de vue diffĂ©rent, on se rend vite compte que ce qui intĂ©ressait les dĂ©veloppeurs rĂ©side dans l’architecture des niveaux et le gameplay, et que l’intrigue n’était qu’un prĂ©texte pour justifier le fait de mettre bout Ă  bout tout un tas d’idĂ©es gĂ©niales. Lorsque j’ai compris cela, ce petit dĂ©faut s’est vite transformĂ© en un fabuleux vecteur d’absurditĂ©s qui ne rendaient que plus jouissives les sensations de gameplay. Car les dĂ©veloppeurs, il me semble, ont dĂ©cidĂ© de nous faire exploser n’importe qui, un peu n’importe oĂč (mais surtout aux sources du genre du FPS), pour notre plus grand plaisir.

20180121235911_1
TUER DES SOSIES OBÈSES DU PUNISHER DANS UNE RECONSTITUTION DISCOUNT DE VENISE? 

Buter des pestifĂ©rĂ©s qui te balancent des bouts de chair putrĂ©fiĂ©e Ă  coups de lance-pieux dans une ville moyenĂągeuse? Check. DĂ©foncer des ninjas Ă  la sulfateuse dans un opĂ©ra-fantĂŽme? Check. Exploser des soldats-zombies de la premiĂšre Guerre Mondiale ET des hitmen steampunk au fusil Ă  pompe, le tout dans la gare de Zurich? Check. (ne me demandez pas pourquoi CETTE gare-lĂ  prĂ©cisĂ©ment, hein) A moins que vous ne prĂ©fĂ©riez des moines dĂ©froquĂ©s maniant la hache comme des flĂ©chettes? Ou des fous dans un asile psychiatrique? Des sorciĂšres? Vous l’aurez compris, cet univers n’a aucun sens scĂ©naristique, et c’est gĂ©nial car l’ambiance est trĂšs rĂ©ussie.
Painkiller rappelle les classiques du genre dans son gameplay: Serious Sam, en l’occurence (en pas drĂŽle). Au fil des niveaux, le studio se laisse la libertĂ© de construire une grande variĂ©tĂ© d’ambiances glauques, gothiques, sombres et tristes, servies par une bande son qui alterne entre les chants religieux pervertis et du heavy metal de circonstance (le travail du groupe Mech ne plaira pas aux amateurs de black metal, mais m’a personnellement fait passer de bons moments Ă  rĂ©pandre les tripes des gĂ©nĂ©raux de satan sur les murs!). L’ambiance sonore, l’esthĂ©tisme des niveaux et la grande variĂ©tĂ© de patterns des assaillants servent donc admirablement un gameplay simple, mais efficace et bourrin.

MENTION SPÉCIALE POUR LE NIVEAU DE LA VILLE, AU CHARME BUCOLIQUE ADMIRABLEMENT PEUPLÉ DE PESTIFÉRÉS, ZOMBIES ET AUTRES SORCIÈRES HURLANTES SUR LEURS BALAIS VOLANTS
 

Le jeu est divisé en cinq chapitres composés de plusieurs niveaux à parcourir de maniÚre linéaire. Tous comportent leur lot de hordes de monstres, boss gigantesques et bonus cachés/secrets à découvrir, et on les traversera en purgeant chaque zone de ses ennemis, avant de passer à la suivante. Pour finir, chaque niveau permet de débloquer des cartes de tarot qui octroient des bonus au joueur pour la suite.
Le tout pourrait paraĂźtre lassant racontĂ© ainsi, mais la rĂ©alisation des niveaux et le feed-back des tirs font qu’il n’en est rien. Les lieux sont grandioses, gigantesques, grouillent d’élĂ©ments interactifs, les ennemis explosent en repeignant les murs en rouge, les boss font s’écrouler les murs, et les ennemis dĂ©busquent le joueur en ne lui laissant aucun rĂ©pit. Jamais on ne s’ennuie, mĂȘme si le fil des niveaux peut paraĂźtre rĂ©pĂ©titif aujourd’hui, contrairement Ă  la mise en scĂšne de Doom par exemple.

Mais le nerf de l’assassinat en bonne et due forme, c’est l’arme! Le jeu nous en propose cinq, pour dix modes de tirs en tout. Les ennemis offrent des sensibilitĂ©s diffĂ©rentes, et les niveaux sont pensĂ©s pour varier les modes de tirs et les munitions choisies, en fonction de l’environnement et des assaillants rencontrĂ©s. Face Ă  une harpie ou Ă  un guĂ©rillero dĂ©guisĂ© en arlequin, il faudra ĂȘtre rĂ©actif. Heureusement, le jeu permet de switcher rapidement entre les diffĂ©rents Ă©quipements et mĂȘme de combiner les tirs, avec un peu d’adresse. Petit bonus, chaque suppĂŽt de satan abattu lĂąchera une Ăąme. Lorsque le joueur en ramassera 66, Danny se transforme en dĂ©mon capable de dĂ©truire n’importe qui d’un simple regard. Pratique contre les boss, ou contre les grandes hordes d’ennemis. Mais revenons Ă  nos moutons.

Le Painkiller (l’arme de base), une espĂšce de hachoir, s’avĂšrera trĂšs pratique pour dĂ©membrer vos ennemis au moindre contact! (youpi) Le fusil Ă  pompe (mon prĂ©fĂ©rĂ©) est efficace Ă  courte portĂ©e surtout, et permet aussi d’immobiliser vos ennemis en les congelant. Le lance-pieux n’est pas l’arme la plus facile Ă  maĂźtriser du fait de la trajectoire des projectiles, mais c’est l’une des plus efficaces. En second mode de tir, elle permet de jeter des grenades. Le lance-roquettes vous servira aussi de mitrailleuse. Infligeant des dĂ©gĂąts lourds, il est trĂšs efficace face Ă  des groupes d’ennemis. Enfin, le Lance-shuriken peut se muter en tazer. Il est possible par exemple de lancer des shuriken Ă©lectriques, ou d’allonger la trajectoire des grenades en tirant un pieu au bon endroit. En bref, il existe mille et une maniĂšres de mettre en charpie les assaillants, au joueur de laisser parler sa crĂ©ativitĂ© en matiĂšre de meurtre! (youpi)

L’ASILE EST AUSSI L’UN DE MES NIVEAUX PRÉFÉRÉS. L’AMBIANCE ET PARTICULIÈREMENT RÉUSSIE, ET LA FAUNE COMPOSÉE D’HOMMES-TRONCS SE JETANT LAMENTABLEMENT SUR LE JOUEUR ET DE PENSIONNAIRES RENDUS UN POIL NERVEUX PAR LES ANNÉES D’ÉLECTROCHOCS RESTERA PARMI LES PLUS CHOUETTES À RÉDUIRE EN CHARPIE! 

En bref, Painkiller est un classique du genre, bourrin et crade bien comme il faut, simple mais bien dosĂ© et offrant un rythme soutenu. La BO ne plaira pas Ă  tout le monde, mais l’esthĂ©tique et l’architecture des niveaux ne vous laissera pas indiffĂ©rent : le dernier niveau, par exemple, a Ă©tĂ© saluĂ© comme offrant une vision de l’enfer originale, et marquante. (je vous laisse le dĂ©couvrir
) L’équipe de People Can Fly sait distiller des idĂ©es simples, mais vous les balancer dans la gueule comme un coup de batte cloutĂ©e, et on en redemande! Painkiller jouira d’une bonne durĂ©e de vie dans la bibliothĂšque de tout bon sociopathe qui se respecte. Entre les vingt-quatre niveaux Ă  boucler en solo et son mode multijoueur, m’est avis que son ambiance glauque saura vous dĂ©fouler pendant un bon moment, si vous ĂȘtes amateur de FPS au sens le plus propre du terme : en vue subjective, on tire. La psychopathe qui est en moi, en tous cas, est satisfaite.

Fabre Minuit 

Mon site : http://anachroniques-pendulaires.wordpress.com

Pour aller plus loin :