News TsT – Atelier th√©√Ętre termin√©!

2008-01Pano86

Comme nous vous l’avions annonc√© en d√©but d’ann√©e, l’association Tr√©teaux sur Trottoir a mis en place un atelier de th√©√Ętre d’improvisation en direction des jeunes de l’EREA Magda-Hollander Laffon, √† Rennes. Impro √† l’EREA √©tait un projet d’initiation √† la pratique th√©√Ętrale et au th√©√Ętre d’improvisation, qui s’est d√©roul√© de janvier √† mai 2018, en partenariat avec des professionnels de la structure. Cet atelier th√©√Ętre avait pour but, sur toute l’ann√©e, de proposer une initiation √† la pratique th√©√Ętrale et au th√©√Ętre d’improvisation. Ceci implique l’initiation aux bases de la pratique th√©√Ętrale, la constitution et l’entra√ģnement d’une √©quipe pour disputer un match d’improvisation √† la fin de l’ann√©e avec l’√©quipe d’improvisation de l’association th√©√Ętrale de l’ASCREB, une association √©tudiante de pratique th√©√Ętrale.
L’√©quipe a vis√© la constitution d’un groupe de huit personnes maximum, compos√© de coll√©giens et de lyc√©ens. La conception, la conduite et le d√©roul√© des s√©ances a √©t√© men√© en recueillant le plus possible l’adh√©sion et l’implication des √©l√®ves concern√©s, pour leur permettre de s’impliquer dans le choix des exercices en vue de faire leurs propres exp√©rimentations, selon les principes de la m√©diation √©ducative. Cet atelier th√©√Ętre avait pour objectifs de travailler le rapport au corps, l’estime de soi, la valorisation des capacit√©s des √©l√®ves et de leur imaginaire, la coh√©sion de groupe, l’esprit d’√©quipe, la confiance, le rapport √† l’autre, le l√Ęcher-prise, l’implication dans la dur√©e sur une r√©alisation de groupe, ainsi que la solidarit√©. L’objectif ici n’√©tait pas d’organiser un atelier d’initiation pure et dure, mais aussi de m√©nager de l’espace √† l’expression des √©l√®ves, et leur donner les moyens de s’exprimer via leur imaginaire, et par cet espace de libert√©. L’improvisation th√©√Ętrale, et plus largement la pratique du th√©√Ętre en elle-m√™me, pr√©sente de nombreux effets positifs. Elle permet d’aborder des sujets difficiles, d√©tourn√©s par le biais du jeu. L‚Äôimprovisation th√©√Ętrale fait appel √† l’imagination du com√©dien tout en puisant dans ses propres ressources et en les partageant avec celles des autres. La pratique du th√©√Ętre permet d‚Äôeffectuer un travail en profondeur sur soi-m√™me en faisant appel au l√Ęcher prise, soit le fait d’arriver √† √™tre spontan√© sans prendre en compte le jugement des autres, accepter ses propres id√©es, Le th√©√Ętre apprend √† se faire confiance mais aussi faire confiance aux autres. Mais √™tre sur sc√®ne, c’est aussi un travail d’√©quipe dans lequel chacun est indispensable ! Tous se doivent donc d’oser et apporter des id√©es pour faire avancer l’histoire improvis√©e de mani√®re constructive. Une r√®gle est fondamentale : lorsque quelqu’un propose quelque chose, on y adh√®re. On ne refuse pas. Dans cette dynamique commune, tous les acteurs se doivent de faire preuve d’attention aupr√®s des uns et des autres pour pouvoir d√©cider de ce qui est utile √† la cr√©ation d’une histoire qui tient debout. Chacun peut alors apprendre √† √™tre plus tol√©rant envers soi et les autres, car toutes les personnalit√©s sont diff√©rentes, et chaque com√©dien a sa propre imagination ! Sachant cela, on peut ais√©ment comprendre qu’un environnement favorisant la pratique th√©√Ętrale et l’improvisation facilite la bienveillance entre les partenaires de jeu, la solidarit√©, et le contr√īle de soi. Par ailleurs, les com√©diens devant se l√Ęcher ont besoin d’un espace de jeu o√Ļ r√®gne une bonne ambiance pour pouvoir se surpasser, g√©rer son stress et oublier le regard des autres. Entre autres choses, le th√©√Ętre est un merveilleux outil d’apprentissage de la vie en communaut√©, et de r√©apprentissage du contact de l’autre. Ce sont ces valeurs et ces nombreux bienfaits que nous souhaitions transmettre aux √©l√®ves via la conduite de ce projet, tout en leur permettant de s’√©tonner eux-m√™mes… !

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Une fois le projet mis en route, nous nous sommes rapidement rendus compte que la pr√©sence des trois intervenants √©tait non seulement un plus pour l’encadrement et l’accompagnement des √©l√®ves, mais aussi n√©cessaire pour g√©rer les diff√©rentes personnalit√©s des participants et les √©ventuelles perturbations. Il a rapidement √©t√© clair que le fait de fid√©liser un groupe de huit, m√™me de cinq personnes (en dessous de cinq la constitution d’une √©quipe n’est pas possible) serait tr√®s compliqu√©. De ce fait, nous avons d√©cid√© de nous focaliser sur l’aspect cathartique de la pratique th√©√Ętrale, afin de permettre aux √©l√®ves de s’impliquer sur une s√©ance au moins. Le travail que nous voulions faire avec les jeunes ayant trait √† l’implication sur un travail commun de plusieurs mois n’a donc pas √©t√© possible. Cependant, m√™me si nous n’avons pas pu organiser le match d’improvisation, cet aspect du projet Impro √† l’EREA nous a permis d’exp√©rimenter beaucoup de choses avec les √©l√®ves. La formule de l’atelier d’exp√©rimentation th√©√Ętrale a sembl√© leur plaire, car un petit noyau a fini par se fid√©liser, malheureusement trop tard pour envisager l’entra√ģnement. Les √©l√®ves nous ont manifest√© plusieurs fois leur int√©r√™t pour ce que nous leur proposions, et certains se sont dit ¬ę passionn√©s ¬Ľ par nos s√©ances. L’implication des √©l√®ves dans le projet a eu lieu, d’une mani√®re diff√©rente que celle que nous recherchions : le fait de participer aux jeux de sc√®ne et de revenir d’eux-m√™mes aux s√©ances nous ont permis d’exp√©rimenter divers exercices avec eux, et de nombreux sujets d’improvisation. A travers des exercices tels que le Jeu de la bouteille (exercice de confiance), le Je t’aime/Je te hais, nous avons souhait√© faire passer les √©l√®ves √† travers un prisme d’√©motions que seule la pratique th√©√Ętrale permet de vivre. En faisant sortir les participants de leur zone de confort, nous les avons confront√© √† un autre rapport √† leur prochain : comment se place-t-on pour dire ¬ę Je t’aime ¬Ľ √† quelqu’un ? Ou encore lorsqu’on se rend compte que l’on doit compter sur son partenaire de jeu pour avancer ? Au fil des exercices et de nos remarques post-improvisations, leur mani√®re d’appr√©hender le jeu en commun a √©volu√© pour certains. L’int√©r√™t n’est plus de jouer avec les copains, mais de choisir un sujet d’improvisation qui nous inspire, peu importe la personne avec qui on va jouer. De cette mani√®re, les com√©diens en herbe se sont retrouv√©s face √† cette n√©cessit√© qui constitue l’un des fondements de la pratique th√©√Ętrale : il faut se faire confiance, √† soi et son partenaire de jeu, pour pouvoir construire une histoire coh√©rente ensemble. L’improvisation et le sport en √©quipe, m√™me combat : si on joue ensemble, on gagne ! Nous n’avons pas eu l’occasion d’observer une √©ventuelle coh√©sion de groupe construite hors de l’atelier, mais √† l’exception de quelques perturbations, l’ambiance g√©n√©rale s’est adoucie √† mesure que les participants apprenaient √† se conna√ģtre sur sc√®ne. Les √©l√®ves les plus √† l’aise ont souvent pris le parti de pousser les plus timides √† se lancer, par exemple. Ceci a permis √† certains de se l√Ęcher un peu plus, d√©passer la peur du ridicule pour certains, et d’oser jouer un peu plus. Ce fut manifeste notamment lors des exercices de cri (un √©l√®ve a √©t√© impressionnant), et ceux impliquant une √©motion forte telle que la col√®re. Cette dynamique install√©e a permis l’√©mergence de l’imaginaire de certains (une √©l√®ve nous a notamment surpris lors de l’exercice des M√©tiers Imaginaires), et nous a laiss√© le champ libre pour un travail un peu plus pouss√© sur le jeu d’acteur, l’√©coute, la voix, l’adresse, la construction d’une histoire et le placement par rapport √† un public. Nous avons port√© une attention toute particuli√®re √† la valorisation des propositions des participants et √† leur implication dans les exercices propos√©s. Des improvisations th√©matiques nous ont permis de parler de plusieurs sujets sensibles sous l’angle de la m√©diation √©ducative. Entre autres, nous avons mis en jeu les participants sur des sujets tels que la parentalit√©, l’enfance, le sexe, le rapport √† l’autre, le couple, l’alcool, ou encore la violence verbale. Je prendrai pour exemple l’improvisation sur la pornographie. Le sujet portait sur la d√©couverte de deux parents d’un magazine pornographique dans la chambre de leur fils. Trois jeunes filles en CAP ont jou√© les parents et l’ado. Elles ont improvis√© une histoire sur ce th√®me pendant trois minutes, √† l’issue de laquelle nous avons ouvert le d√©bat : en quoi est-ce mal de regarder du porno ? En quoi est-ce bien ? Que peut-on apprendre d’un tel visionnage ? Quelle image de la femme v√©hicule cette industrie ? Nous avons permis aux √©l√®ves de donner leur avis, et parler librement de ce sujet. L’int√©r√™t d’une telle d√©marche est d’aborder un sujet sensible, voire douloureux, d√©tourn√© par le biais d’un m√©dia pour pouvoir le d√©dramatiser et lib√©rer la parole du public vis√© dans une volont√© d’apprentissage, de pr√©vention, ou d’accompagnement en vue d’une th√©rapie par exemple.

M√™me si notre objectif premier n’a pas √©t√© atteint, ce fut une exp√©rience riche, aussi bien pour nous que pour les √©l√®ves! Si toutefois l’√©tablissement d√©cide de monter un projet similaire l’ann√©e prochaine, nous serions heureux de p√©renniser le partenariat √©tabli.

A septembre pour de nouvelles aventures, et bel été à tous !

Fabre