Doppelgänger – micronouvelle

45e96e7377ca6b4f12981f63f37d237b

Je ne sais pourquoi je me réveillai cette nuit-là. Ma chambre, plongée dans un noir quasi-complet, me sembla aussi paisible qu’à l’accoutumée. Mes lourds rideaux de taffetas laissaient passer un léger rai de lumière, probablement lunaire. Comme à chaque fois que je me réveillais en plein milieu d’un rêve, je pris le temps de détailler ce qui m’entourait, en espérant que je serais assez détendu pour me rendormir ensuite. Ma manière à moi de compter les moutons, en somme.

A droite de ma fenêtre, je reconnus l’ombre de ma grande armoire de manufacture normande, en chêne massif. Devant, je pouvais imaginer les motifs de mon tapis persan. A sa droite, un petit bureau. En face de mon lit à baldaquin se trouvait une petite table surmontée d’un gramophone. Derrière elle, la porte de ma chambre. A droite de mon lit, se trouvait ma table de chevet… et une ombre.

Une silhouette, sombre. Et qui pourtant se détachait du reste, tant elle m’apparut plus noire que l’ombre de la nuit elle-même. Cette silhouette avait forme humaine. Instinctivement, elle me parut familière. Sans qu’un détail puisse me faire comprendre pourquoi.

« Monsieur? » Mon sang ne fit qu’un tour. La voix de mon domestique résonna dans le silence. Que faisait-il là, près de mon lit? M’avait-il observé dormir?
« Monsieur? » Non. Définitivement non. Quelque chose clochait, je ne reconnaissais pas cette présence que je côtoyais pourtant depuis plus de dix ans.
« Monsieur? » Était-ce bien lui? Étais-je en train de rêver? Que me voulait-il, à la fin?
« L’heure est venue. » Je le vis lever ses bras, comme pour m’attraper. Il allait me sauter dessus?! Je plongeai sous mes couvertures, comme un enfant qui veut se protéger du monstre résidant sous son lit.

« Monsieur? » Pas de coup. Pas d’attaque. Rien.
« L’heure est venue de se lever. » A la fois intrigué et inquiet, je jetai un oeil hors du cocon protecteur de mes draps. Le jour inondait la pièce.
« L’heure est venue de se lever, Monsieur. » Mon domestique, planté face à la fenêtre avec un sourire chaleureux bien que distancié, venait visiblement d’ouvrir les rideaux.

« Je vais vous préparer votre petit-déjeuner. » Alors qu’il sortait de la pièce, je jetai un oeil à la droite de mon lit. Personne.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s