Médecine alternative – micronouvelle

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J’ai eu beau chercher un médecin, un chirurgien, un thérapeute compétent, rien n’a marché. Je ne pouvais me départir de ce foutu mal de dos. On m’a donné de la codéine, rien n’y fit. On m’a dit que c’était psychosomatique, mais au bout d’un an de thérapie, rien n’avait changé. C’est alors qu’on m’a parlé des médecines alternatives. Un pote m’a conseillé d’aller voir Régine, une praticienne. Pour lui, elle avait fait des miracles. J’y suis donc allé. Lors de la prise de rendez-vous au téléphone, sa voix m’avait semblé étrange. Mais on peut être médecin et avoir un cancer de la gorge… Je ne me suis pas arrêté à cette première impression.

Le jour de la séance, j’avais eu de grosses douleurs dans la nuit, et j’avais très mal dormi. C’est peut-être pour cela que la saleté de son cabinet ne m’a pas étonné. Elle me reçut dans une petite pièce sombre et humide, dont les murs étaient de couleur verdâtre (probablement les spores des champignons qui parsemaient la moquette), et recouverts de plantes grimpantes d’un aspect étrange. C’était une femme plutôt jolie, la quarantaine, habillée sobrement mais avec classe. Un rat énorme aux yeux rouges était juché sur son épaule gauche.

Elle me demanda de m’asseoir sur un tabouret vermoulu, situé devant un bureau parsemé d’immondices et de scolopendres, avec une voix de fumeuse sexagénaire. Je lui expliquai mon problème brièvement. Elle m’invita ensuite à m’allonger sur un brancard qui dût être blanc, il y a longtemps. Je fermai les yeux, alors qu’elle mettait à brûler un encens qui enfuma rapidement toute la pièce. L’atmosphère était irrespirable, mais pas pour elle. Je l’entendis pousser des cris gutturaux, entonner des chants dans une langue inconnue, et danser autour de moi. Elle plaça ses mains à différents endroits de mon corps, et je me mis à avoir des convulsions qui s’intensifièrent avec ses cris. La praticienne se mit à hurler comme un cochon qu’on égorge, et soudainement je sentis une douleur intense dans mon flanc gauche. J’ouvris les yeux, et la vis retirer un scalpel de ma hanche, et se diriger avec un flegme olympien vers son bureau.

« Voilà, je vous laisse vous relever quand vous le sentez.  » Avec difficulté, je passai à la station debout. Mon sang gouttait sur le mucus de la moquette.
« Ca fera soixante-dix euros s’il vous plaît. Toutes taxes comprises. Vous pouvez me régler en chèques ou en espèces, comme vous voulez. »

Mes mains tremblaient, mais je réussis à sortir mon chéquier. Alors que j’écrivais le montant, je la vis me décocher un sourire lumineux. Son rat se gratta l’oreille, avant de lui lécher la joue.
« Je peux avoir votre carte vitale? Vous serez remboursé à hauteur de 20%.
– Ah, c’est sympa.  » Ma voix peina à sortir de ma gorge. Je me sentais de plus en plus faible.

Après avoir passé ma carte sur le lecteur, elle me salua:
« L’hôpital le plus proche est à cent mètres de mon cabinet. N’hésitez pas à revenir, si vous en avez besoin!
– Merci. » J’avais de plus en plus de mal à respirer.

« Au-revoir, prenez soin de vous!
– Au-revoir. »

***

Url de la photo : http://urbexfrance.fr/photographie/hopitaux/urbex-7-lieux-abandonnees-a-voir-absolument-en-italie/

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