Posons un décor – micronouvelle

roy4[1]

Roy Lichtenstein In the car 1963

Voici un couloir feutré d’hôtel de luxe. Des tapisseries rayées verticalement dans des tons carmins, des centaines de portes blanches identiques sur les murs, et un interminable tapis rouge sang.

Les deux portes en imitation acajou s’ouvrent silencieusement, glissant sur des rails invisibles, pour découvrir une cage d’ascenseur bordée de miroirs. Un son de clochette se faire entendre et la cabine s’immobilise, attendant pendant une durée définie l’entrée de son passager.
C’est un homme, sous son chapeau qui lui donne l’air d’un Dom Juan suffisant. Il porte un long imper beige et une petite moustache qu’il a pris soin de gominer longuement, tout comme ses cheveux. Tout cela donne une impression grasse. Mais son oeil ironique jusqu’à en être énervant n’a pas l’air de s’en rendre compte.
L’homme regarde devant lui. Il se prépare à entrer, esquissant un pas de sa chaussure cirée comme un miroir, quand soudain il se fige.

Dans l’ascenseur attend une femme, abandonnée dans une pose à la fois nonchalante et terriblement sensuelle. C’est le genre de femme que l’on nomme Fatale. Le genre de femme qu’on ne rencontre qu’une seule fois dans sa vie, mais qu’on n’oublie pas. Le genre de magnifique créature qu’on arrivera jamais à cerner, comme le bonheur. Fatale.
L’homme a perdu toute sa supériorité. Il tente de regarder avec un oeil mal assuré cet objet que sa portée de petit séducteur prétentieux n’arrivera jamais à saisir. Même pas en rêve. Et en ce moment précis, il se dit qu’il aimerait vraiment être celui qui lui a offert cet énorme vison blanc, ces gants montants noirs, ces bottes sombres, et cette rivière de diamants. Même ce porte-cigarette qu’elle est en train de porter à sa bouche.
Encore  un petit coup d’oeil.

La femme a un air de bourgeoise ruinée, de pute de luxe qui se donne à qui elle veut, une aura de déchéance superbe. Et en cet instant, elle a l’air de s’amuser de son air de petit enfant intimidé. Pour finir de l’achever, elle s’applique à le troubler en portant sa longue cigarette à sa bouche pulpeuse et recracher sa fumée lentement, de façon à créer un brouillard, qui troublera ses traits un instant. Elle lui jette des regards appuyés en faisant battre ses faux cils comme un coeur, et forme une moue ennuyée de sa bouche rouge jurant avec ses cheveux blonds décolorés. Non. Vraiment. Trop peu intéressant pour elle.

Pas un mot n’est échangé. Quelques secondes plus tard, l’ascenseur s’arrête pour s’ouvrir sur un étage identique au précédent. La femme souffle sa fumée sur le visage de l’homme, avant de rire un peu. Lui s’arrêtera de respirer en la regardant partir de sa démarche lente et chaloupée.
Les portes se referment. L’homme soulève son chapeau pour s’essuyer le front, et souffle comme s’il soupirait de soulagement.
Ne reste que les relents d’une senteur entêtante et musquée.

Le parfum de la Femme.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s